L'existence précède l'essence : nous sommes condamnés à être libres
Le coupe-papier et « condamné à être libre » (Sartre)
L'homme est libre et responsable de tout ce qu'il fait, sans excuse. Il est « condamné à être libre » : condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même ; libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il répond de tout.
Sans Dieu pour concevoir l'homme, il n'y a pas de nature humaine : l'homme existe d'abord et se définit ensuite.
« L'existence précède l'essence : nous sommes condamnés à être libres » est un argument de Jean-Paul Sartre (L'existentialisme est un humanisme (conférence de 1945), §6-11 ; L'Être et le Néant, IV, 1, I (1943)) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : le libre arbitre). Sa thèse : L'homme est libre et responsable de tout ce qu'il fait, sans excuse. Il est « condamné à être libre » : condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même ; libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il répond de tout. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 6 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un coupe-papier est fabriqué par un artisan qui sait d'avance à quoi il servira : sa définition (son essence) existe avant lui. Sartre demande : en est-il de même pour un être humain ? Si Dieu était l'artisan, oui : chacun serait la réalisation d'un concept d'homme déjà pensé. Mais Sartre part du principe que Dieu n'existe pas. Alors aucun concept ne précède l'homme : il existe d'abord, et se définit ensuite par ce qu'il fait. Sans nature donnée, sans caractère ni passion qui le dispensent de répondre de lui-même, il n'a aucune excuse. Sartre appelle cela être « condamné à être libre ». Ce n'est pas un cadeau, c'est un poids. Attention : l'athéisme est ici une prémisse de départ, que Sartre ne démontre pas.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde sans Dieu ni nature humaine, où la passion et le tempérament n'expliquent rien, mais où les actes sont pourtant entièrement causés, par exemple par l'état du cerveau et par l'éducation reçue. Dans ce monde, on ne serait pas libre au sens de Sartre.
Objections
6Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Aristote 330 av. J.-C. · attaque la prémisse 2Il n'est pas nécessaire de passer par un Dieu artisan pour avoir une nature. Chez Aristote, la nature d'un être est la forme qui est en lui-même : l'homme est « par nature un animal politique », et le bien de l'homme tient à sa fonction propre. Aucun concepteur n'a fabriqué l'homme comme un coupe-papier. On peut donc supprimer Dieu et garder une nature humaine.
sans réponse
Il n'est pas nécessaire de passer par un Dieu artisan pour avoir une nature. Chez Aristote, la nature d'un être est la forme qui est en lui-même : l'homme est « par nature un animal politique », et le bien de l'homme tient à sa fonction propre. Aucun concepteur n'a fabriqué l'homme comme un coupe-papier. On peut donc supprimer Dieu et garder une nature humaine.
Arthur Schopenhauer 1839 · attaque la prémisse 4Le caractère est l'essence, reconnue par l'expérience, constante et immuable, d'une volonté individuelle. Chacun naît avec le sien. Un lâche, placé dans la même situation, agira donc de la même façon : il ne s'est pas fait lâche par ses actes, ce sont ses actes qui montrent ce qu'il était déjà.
Sartre répond
Le caractère est l'essence, reconnue par l'expérience, constante et immuable, d'une volonté individuelle. Chacun naît avec le sien. Un lâche, placé dans la même situation, agira donc de la même façon : il ne s'est pas fait lâche par ses actes, ce sont ses actes qui montrent ce qu'il était déjà.
Baruch Spinoza 1674 · attaque la conclusionCette liberté dont les hommes sont si fiers consiste seulement en ce qu'ils connaissent leur désir par la conscience, sans connaître les causes qui les déterminent. Comme une pierre lancée qui se croirait libre, nous prenons notre ignorance des causes pour de la liberté.
Sartre répond
Cette liberté dont les hommes sont si fiers consiste seulement en ce qu'ils connaissent leur désir par la conscience, sans connaître les causes qui les déterminent. Comme une pierre lancée qui se croirait libre, nous prenons notre ignorance des causes pour de la liberté.
Benjamin Libet et ses collègues (neurosciences) 1983 · attaque la prémisse 4Quand on demande à des sujets de plier le poignet quand ils le veulent, l'activité du cerveau qui prépare le geste commence avant qu'ils aient conscience de l'avoir décidé. Libet conclut que le déclenchement d'un acte « librement volontaire » peut commencer sans conscience. Si c'est vrai, nos actes sont causés par le cerveau avant d'être choisis.
sans réponse
Quand on demande à des sujets de plier le poignet quand ils le veulent, l'activité du cerveau qui prépare le geste commence avant qu'ils aient conscience de l'avoir décidé. Libet conclut que le déclenchement d'un acte « librement volontaire » peut commencer sans conscience. Si c'est vrai, nos actes sont causés par le cerveau avant d'être choisis.
Martin Heidegger, Lettre sur l'humanisme 1947 · attaque la prémisse 3Dire « l'existence précède l'essence » ne fait que renverser une phrase de la métaphysique (« l'essence précède l'existence ») sans sortir de la métaphysique. Et ce que Sartre appelle existence, un projet et un choix de l'homme, n'est pas ce que Heidegger entend par ce mot dans Être et Temps. La lettre, écrite en 1946 et publiée en 1947, discute explicitement la formule de Sartre.
sans réponse
Dire « l'existence précède l'essence » ne fait que renverser une phrase de la métaphysique (« l'essence précède l'existence ») sans sortir de la métaphysique. Et ce que Sartre appelle existence, un projet et un choix de l'homme, n'est pas ce que Heidegger entend par ce mot dans Être et Temps. La lettre, écrite en 1946 et publiée en 1947, discute explicitement la formule de Sartre.
Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage et le structuralisme 1962 · attaque la conclusionL'homme n'est pas la source libre de ses choix. Le langage, les règles de parenté, les mythes d'une société pensent à travers les individus plus que les individus ne les inventent. Partir d'un sujet qui se définit lui-même, c'est partir d'une illusion que les sciences humaines doivent expliquer, pas d'un fondement.
sans réponse
L'homme n'est pas la source libre de ses choix. Le langage, les règles de parenté, les mythes d'une société pensent à travers les individus plus que les individus ne les inventent. Partir d'un sujet qui se définit lui-même, c'est partir d'une illusion que les sciences humaines doivent expliquer, pas d'un fondement.