La mauvaise foi : nous sommes libres, et nous fuyons cette liberté
Le garçon de café (Sartre)
Nous sommes toujours libres. La mauvaise foi ne supprime pas la liberté : elle la fuit, et seule une liberté peut la fuir.
On ne peut fuir que ce qu'on connaît : celui qui se cache sa liberté sait donc qu'il est libre.
« La mauvaise foi : nous sommes libres, et nous fuyons cette liberté » est un argument de Jean-Paul Sartre (L'Être et le néant, 1943 (Ire partie, chap. I et II ; IVe partie, chap. I), 1943) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : le libre arbitre). Sa thèse : Nous sommes toujours libres. La mauvaise foi ne supprime pas la liberté : elle la fuit, et seule une liberté peut la fuir. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 6 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un serveur de café marche un peu trop vite, se penche un peu trop poliment, porte son plateau comme un funambule. Que fait-il ? Sartre répond : il joue à être garçon de café. Il ne l'est pas comme un encrier est un encrier. Il pourrait, ce matin, rester au lit et se faire renvoyer. Mais il se comporte comme si son métier le déterminait entièrement, comme s'il n'avait pas le choix. Pour Sartre, c'est la mauvaise foi : une manière de fuir sa liberté en se faisant passer pour une chose. Et cette fuite prouve la thèse. On ne peut fuir que ce que l'on connaît : nous savons donc que nous sommes libres, et nous ne sommes pas libres de cesser de l'être.
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Sans la prémisse implicite : Sans P6, on peut tout accepter et soutenir quand même que nous sommes victimes d'une illusion universelle : nous sentons tous que nous sommes libres, nous le savons même quand nous le fuyons, mais ce sentiment pourrait être une illusion produite par notre cerveau ou notre société. C'est l'objection de Spinoza, de Nietzsche ou de Bourdieu.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Maurice Merleau-Ponty 1945 · attaque la conclusionIl n'y a jamais ni déterminisme ni choix absolu : je ne suis jamais une chose, mais jamais non plus une pure conscience. Naître, c'est naître du monde et naître au monde : nous sommes à la fois agis par le monde et ouverts à une infinité de possibles. La liberté est donc « située », et l'on ne peut pas isoler la part de la situation et la part de la liberté.
Sartre répond
Il n'y a jamais ni déterminisme ni choix absolu : je ne suis jamais une chose, mais jamais non plus une pure conscience. Naître, c'est naître du monde et naître au monde : nous sommes à la fois agis par le monde et ouverts à une infinité de possibles. La liberté est donc « située », et l'on ne peut pas isoler la part de la situation et la part de la liberté.
Pierre Bourdieu 1972 · attaque la conclusionLes conditions de classe produisent des habitus : des dispositions durables, intériorisées, qui engendrent nos pratiques et nos représentations. Même quand une conduite semble guidée par un projet libre, elle est déterminée par l'anticipation implicite de ses conséquences, donc par les conditions passées qui ont produit l'habitus, et elle tend à reproduire les structures objectives dont elle est le produit.
sans réponse
Les conditions de classe produisent des habitus : des dispositions durables, intériorisées, qui engendrent nos pratiques et nos représentations. Même quand une conduite semble guidée par un projet libre, elle est déterminée par l'anticipation implicite de ses conséquences, donc par les conditions passées qui ont produit l'habitus, et elle tend à reproduire les structures objectives dont elle est le produit.
La psychanalyse freudienne (telle que Sartre la présente) 1943 · attaque la prémisse 4On peut se cacher quelque chose sans le savoir. La psychanalyse remplace la mauvaise foi par l'idée d'un mensonge sans menteur : le moi est séparé de l'inconscient par une censure, et l'on est ainsi trompé sans se tromper soi-même. Une fuite devant la liberté n'exigerait donc pas de savoir qu'on est libre.
Sartre répond
On peut se cacher quelque chose sans le savoir. La psychanalyse remplace la mauvaise foi par l'idée d'un mensonge sans menteur : le moi est séparé de l'inconscient par une censure, et l'on est ainsi trompé sans se tromper soi-même. Une fuite devant la liberté n'exigerait donc pas de savoir qu'on est libre.