Une affaire qui ne couvre pas ses frais
Le pessimisme de Schopenhauer
La vie est une affaire qui ne couvre pas ses frais : rien de ce que nous poursuivons ne vaut la peine que nous nous donnons.
Vouloir, c'est manquer, donc souffrir ; le plaisir n'est qu'un bref arrêt de cette souffrance, et la vie coûte plus qu'elle ne rapporte.
« Une affaire qui ne couvre pas ses frais » est un argument d'Arthur Schopenhauer (Le Monde comme volonté et comme représentation, I, §38 ; Suppléments, chap. 46 (1844), 1844) sur la question « La vie a-t-elle un sens ? » (réponse : l'absurde). Sa thèse : La vie est une affaire qui ne couvre pas ses frais : rien de ce que nous poursuivons ne vaut la peine que nous nous donnons. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Schopenhauer ne dit pas seulement que la vie est parfois dure. Il dit que sa structure même est un déficit. Vivre, c'est vouloir ; vouloir, c'est manquer de quelque chose ; manquer, c'est souffrir. Quand on obtient ce qu'on voulait, la souffrance s'arrête un instant, mais le plaisir n'est que cet arrêt, et un nouveau manque arrive. Il en conclut que la vie est une affaire qui ne couvre pas ses frais. Cette thèse place Schopenhauer dans le camp de l'absurde au sens large : la vie n'a pas de sens donné qui la justifie. Mais elle diffère de Camus : Schopenhauer ne demande pas qu'on tienne tête à l'absurde, il y voit une raison de se détourner du vouloir.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où tout vouloir est souffrance, où la satisfaction est brève et négative, et où la vie couvre pourtant ses frais : il suffit que le bilan ne soit pas un simple décompte de souffrances.
Objections
2Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Leibniz, Théodicée (avant Schopenhauer, qui le critique) 1710 · attaque la prémisse 4Dans la vie des hommes, il y a « incomparablement plus de bien que de mal », comme il y a incomparablement plus de maisons que de prisons. Compter surtout les maux est une faute des historiens. Si le bilan est positif, la vie couvre ses frais.
Schopenhauer répond
Dans la vie des hommes, il y a « incomparablement plus de bien que de mal », comme il y a incomparablement plus de maisons que de prisons. Compter surtout les maux est une faute des historiens. Si le bilan est positif, la vie couvre ses frais.
Nietzsche, Le Crépuscule des idoles 1888 · attaque la conclusionLes jugements sur la valeur de la vie, pour ou contre, ne peuvent jamais être vrais : ils ne valent que comme symptômes. Un vivant ne peut pas juger la vie, car il est partie, et non juge. Voir un problème dans la valeur de la vie est même, pour un philosophe, un manque de sagesse. Dire que la vie ne couvre pas ses frais, c'est donc exprimer un état de fatigue, pas une vérité.
sans réponse
Les jugements sur la valeur de la vie, pour ou contre, ne peuvent jamais être vrais : ils ne valent que comme symptômes. Un vivant ne peut pas juger la vie, car il est partie, et non juge. Voir un problème dans la valeur de la vie est même, pour un philosophe, un manque de sagesse. Dire que la vie ne couvre pas ses frais, c'est donc exprimer un état de fatigue, pas une vérité.