QuestionsPeut-on être certain de quelque chose ?Savoir qu'on ne sait pas : une vie sans examen
Peut-on être certain de quelque chose ?Il faut douter

Savoir qu'on ne sait pas : une vie sans examen

L'ignorance socratique

Socrate v. 470 av. J.-C. · v. 399 av. J.-C.Je sais que je ne sais rien.
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Ce qu'il soutient

Une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue.

Pourquoi

Personne ne sait vraiment l'essentiel ; la seule sagesse humaine est de ne pas croire savoir, ce que l'examen de soi permet.

En bref

« Savoir qu'on ne sait pas : une vie sans examen » est un argument de Socrate (Platon, Apologie de Socrate, 21d, 23a-b, 29a, 38a (Socrate selon Platon)) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : il faut douter). Sa thèse : Une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Platon, Apologie de Socrate, 21d, 23a-b, 29a, 38a (Socrate selon Platon)
Valide avec une prémisse implicite

Au procès, Socrate raconte qu'il a voulu vérifier l'oracle de Delphes, qui l'avait déclaré le plus sage des hommes. Il interroge des hommes réputés savants et conclut qu'ils croient savoir ce qu'ils ignorent. Sa « sagesse » est de ne pas se croire savant. C'est la version de Platon ; nous n'avons pas de témoin direct. La célèbre formule « je sais que je ne sais rien » n'est pas dans ce texte. La forme P1..P4 → C est notre reconstruction. Classement : nous rangeons l'argument dans « Il faut douter » pour son point de départ (personne ne sait vraiment ce qui est beau et bon) ; c'est un doute limité aux grandes questions, pas le doute complet des sceptiques antiques, et la conclusion porte sur la façon de vivre.

P1Sur ce qui compte le plus (le beau, le bon, le juste, la mort), personne ne sait vraiment : ni l'homme réputé savant, ni Socrate. La sagesse humaine vaut peu de chose, ou rien.
P2Dans ces conditions, la seule sagesse humaine est de ne pas croire savoir ce qu'on ignore. Celui qui se croit savant sans l'être n'a donc pas la sagesse humaine.
P3 · prémisse impliciteQuand on ne s'examine pas, on garde ses croyances sans les mettre à l'épreuve et on se croit savant sans l'être. (Exemple donné par Socrate : craindre la mort comme si l'on savait que c'est un mal.)
P4 · prémisse impliciteUne vie sans la seule sagesse accessible à l'homme ne vaut pas la peine d'être vécue : le plus grand bien est de s'entretenir chaque jour de la vertu en s'examinant soi-même et les autres.
Donc une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'on n'a pas la sagesse humaine et où la vie vaut pourtant la peine d'être vécue : les prémisses restent vraies, la conclusion tombe. On peut objecter que beaucoup de gens vivent heureux sans s'examiner ; dans l'Apologie, Socrate ne discute pas ce cas, il affirme P4 comme une conviction.
L'argument est valide : sans examen, on se croit savant (P3) ; or, comme nul ne sait vraiment (P1), se croire savant fait perdre la sagesse humaine (P2) ; et sans elle la vie ne vaut rien (P4). P3 et P4 sont ajoutées par charité. P4 est un jugement de valeur : Socrate le lance à ses juges comme une conviction, pas comme une démonstration. Autre point à garder en tête : dans le même texte, Socrate affirme savoir une chose (qu'il est mal de faire le mal, 29b). Son ignorance est donc limitée aux grandes questions, pas totale.
Analogie. Un élève qui ne relit jamais ses copies reste persuadé de n'avoir fait aucune erreur. Un autre les relit et trouve ses fautes. Le second sait peu de choses, mais il sait qu'il peut se tromper : c'est ce que Socrate appelle être un peu plus sage.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Ménon (Platon, Ménon) 385 av. J.-C. · attaque la conclusion

Si tu ne sais pas du tout ce qu'est la vertu, comment la chercheras-tu ? Et si tu la rencontrais, comment saurais-tu que c'est elle ? L'enquête perpétuelle de Socrate serait impossible : on ne cherche pas ce qu'on ignore entièrement.

Socrate répond
Socrate Socrate (selon Platon, dans le Ménon)
Socrate répond par ce qu'il dit tenir de prêtres et de poètes : l'âme a déjà tout appris avant cette vie. Chercher et apprendre ne sont donc que se ressouvenir. Il ajoute qu'il ne faut pas croire le raisonnement de Ménon, qui nous rendrait paresseux.
Le débat continue (notre résumé) Cette réponse (la réminiscence) est surtout une thèse de Platon, que le Socrate historique n'a peut-être jamais tenue. Les lecteurs se partagent : pour certains, c'est une sortie par le mythe ; pour d'autres, une vraie thèse sur l'apprentissage, que Socrate met aussitôt à l'épreuve en faisant trouver à un jeune esclave, par de simples questions, une vérité de géométrie (Ménon 82b-85d).
Confucius (Entretiens 2.17, comparaison) 479 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

Confucius pose lui aussi que le savoir consiste à reconnaître ce qu'on ignore. Mais il ajoute le premier terme : savoir qu'on sait ce qu'on sait. Pour lui, certaines choses se savent, et les vertus s'apprennent des anciens. Socrate, lui, dit que personne ne sait ce qui est beau et bon. Les deux sages ne se sont jamais connus.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Socrate dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Les deux hommes ne se sont pas connus : Confucius est mort vers 479 av. J.-C., Socrate avait environ dix ans. Il n'y a donc pas de réponse historique, seulement une comparaison. Elle montre que la position de Socrate est plus radicale, et que ses propres paroles (« je sais qu'il est mal de faire le mal ») la rapprochent de Confucius plus qu'on ne le dit.