QuestionsSommes-nous libres ?La pierre qui se croirait libre
Sommes-nous libres ?Pas de libre arbitre

La pierre qui se croirait libre

Baruch Spinoza 1632 · 1677Dieu, c'est-à-dire la Nature : tout suit de nécessité.
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Ce qu'il soutient

Le libre arbitre n'existe pas, et notre sentiment d'être libres ne prouve rien : ceux qui croient agir par un libre décret de l'esprit « rêvent les yeux ouverts ».

Pourquoi

Chaque volonté a une cause, et nous nous croyons libres seulement parce que nous ignorons les causes de nos désirs.

En bref

« La pierre qui se croirait libre » est un argument de Baruch Spinoza (Lettre 58 ; Éthique I, appendice ; II, prop. 48) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : pas de libre arbitre). Sa thèse : Le libre arbitre n'existe pas, et notre sentiment d'être libres ne prouve rien : ceux qui croient agir par un libre décret de l'esprit « rêvent les yeux ouverts ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Lettre 58 ; Éthique I, appendice ; II, prop. 48
Valide avec une prémisse implicite

Nous sentons que nous choisissons librement. Spinoza soutient que ce sentiment est une illusion : il vient de ce que nous connaissons nos désirs, mais pas leurs causes. Pour lui, la vraie liberté n'est pas de choisir sans cause, mais d'agir par la seule nécessité de sa propre nature.

P1Toute chose singulière est déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d'une manière précise.
P2L'esprit humain ne fait pas exception, il n'est pas « un empire dans un empire » : chacune de nos volontés est déterminée par une cause, elle-même déterminée par une autre, à l'infini.
P3Le libre arbitre, ce serait un « libre décret » : une volonté que rien ne détermine.
P4Les hommes ont conscience de leurs désirs mais ignorent les causes qui les déterminent : c'est de là seulement que vient leur sentiment d'être libres.
P5 · prémisse impliciteUn sentiment qui s'explique entièrement par l'ignorance des causes ne prouve pas ce qu'il semble montrer.
Donc le libre arbitre n'existe pas, et notre sentiment d'être libres ne prouve rien : ceux qui croient agir par un libre décret de l'esprit « rêvent les yeux ouverts ».

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où le sentiment de liberté naît de l'ignorance des causes, et où il prouve pourtant quelque chose : la conclusion complète ne suit plus.
Avec P5, la conclusion suit. Les trois premières prémisses suffisent déjà à nier le libre arbitre ; P4 et P5 servent à désarmer le meilleur argument adverse, le témoignage de la conscience. Sans P5, on pourrait dire : notre sentiment vient peut-être de l'ignorance, mais il pourrait quand même être vrai. C'est là que Descartes et Tschirnhaus attaquent.
Analogie. L'image est de Spinoza lui-même. On lance une pierre. Imaginez qu'en vol elle puisse penser et sente son effort pour continuer : elle se croirait parfaitement libre, persuadée de voler parce qu'elle le veut. Elle ignore seulement la main qui l'a lancée.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

T
Tschirnhaus 1674 · attaque la prémisse 4

Ma conscience me dit le contraire : qui pourrait nier, sans contredire sa propre conscience, que je peux penser que je veux écrire, ou que je ne veux pas écrire ?

Spinoza répond
Spinoza
De quelle conscience parle-t-il, sinon de celle de la pierre ? Dans un rêve, nous n'avons pas le pouvoir de vouloir ou de ne pas vouloir écrire, et pourtant nous croyons le vouloir. Et l'esprit n'est pas toujours également apte à penser à un même objet : cela dépend de l'état du corps.
T
Tschirnhaus 1674 · attaque la conclusion

Si nous étions contraints par les causes extérieures, personne ne pourrait acquérir la vertu, et toute méchanceté serait excusable.

Spinoza répond
Spinoza
Qui a dit que la fermeté de l'âme ne peut venir que d'un libre décret ? Et les méchants ne sont pas moins à craindre ni moins nuisibles quand ils sont méchants par nécessité.
Descartes 1644 · attaque la prémisse 5

Que notre volonté soit libre est si évident que c'est l'une des notions les plus claires qui soient en nous. Même en doutant de tout, nous sentions que nous pouvions refuser de croire ce qui n'était pas certain : rien n'est plus sûr que cette expérience.

Spinoza répond
Spinoza
Nous n'avons pas de libre pouvoir de suspendre notre jugement. Suspendre son jugement, c'est seulement voir qu'on ne perçoit pas la chose adéquatement : c'est une perception, pas une libre volonté.
Kant 1788 · attaque la conclusion

Appeler « liberté » le fait d'agir selon sa propre nature, tout en étant entièrement déterminé, c'est la liberté d'un tourne-broche : une fois remonté, il tourne tout seul. Sans une vraie liberté, indépendante des causes naturelles, il n'y a plus de responsabilité morale.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1788, après sa mort (1677).