QuestionsSommes-nous libres ?Être libre, c'est pouvoir faire ce qu'on veut
Sommes-nous libres ?Libres sans libre arbitre absolu

Être libre, c'est pouvoir faire ce qu'on veut

Voltaire 1694 · 1778Écraser l'intolérance par la raison et l'ironie.
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Ce qu'il soutient

Notre volonté n'est pas libre, mais nos actions le sont : nous sommes libres chaque fois que nous pouvons faire ce que nous voulons, même si tout est nécessaire.

Pourquoi

Tout a une cause, donc ma volonté aussi ; mais je suis libre quand je peux faire ce que je veux.

En bref

« Être libre, c'est pouvoir faire ce qu'on veut » est un argument de Voltaire (Philosophe ignorant, 13 ; Dictionnaire philosophique, Liberté) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : libres sans libre arbitre absolu). Sa thèse : Notre volonté n'est pas libre, mais nos actions le sont : nous sommes libres chaque fois que nous pouvons faire ce que nous voulons, même si tout est nécessaire. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 5 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Philosophe ignorant, 13 ; Dictionnaire philosophique, Liberté
Valide

Jeune, Voltaire défendait le libre arbitre. Il change d'avis en lisant Locke et Collins, et le dit lui-même : « L'ignorant qui pense ainsi n'a pas toujours pensé de même. » Sa thèse finale est simple : tout a une cause, nos volontés aussi. Mais cela ne nous rend pas esclaves : être libre, c'est pouvoir faire ce qu'on veut, et nous l'avons souvent. « Votre volonté n'est pas libre, mais vos actions le sont. »

P1Rien n'arrive sans cause : un effet sans cause est un mot vide, et le « hasard » n'est que le nom de causes inconnues.
P2Il n'y a pas de milieu entre la nécessité et le hasard : s'il n'y a pas de hasard, tout ce qui arrive est nécessaire.
P3Nos volontés n'y échappent pas : je veux toujours en vertu de mon jugement, qui dépend de mes idées ; ce jugement est nécessaire, donc ma volonté aussi.
P4Être vraiment libre, c'est pouvoir : quand je peux faire ce que je veux, voilà ma liberté.
P5Nous avons souvent ce pouvoir : marcher quand je veux marcher, et que je n'ai pas la goutte.
Donc notre volonté n'est pas libre, mais nos actions le sont : nous sommes libres chaque fois que nous pouvons faire ce que nous voulons, même si tout est nécessaire.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide, sans prémisse cachée : P1, P2 et P3 donnent la première moitié (la volonté est nécessaire), P4 et P5 la seconde (les actions sont libres). Le débat porte donc sur les prémisses. Les défenseurs du libre arbitre contestent P2 (une cause qui incline sans forcer, une « nécessité morale ») et surtout P4 : pour eux, appeler « liberté » le simple pouvoir de faire ce qu'on veut, c'est changer le sens du mot. Remarque : Voltaire dit la même chose que Hobbes et Hume. Il n'est pas « déterministe dur » : il ne dit pas que la liberté est une illusion, il la redéfinit.
Analogie. Un train roule sur ses rails : il ne choisit pas sa voie. Pourtant on dit qu'il « roule librement » quand rien ne bloque la voie, et qu'il est arrêté quand un arbre est tombé dessus. Pour Voltaire, notre liberté est celle du train dont la voie est dégagée, pas celle d'un train qui inventerait ses rails.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

B
B, dans le dialogue de l'article « Liberté » attaque la prémisse 4

Si la liberté n'est que le pouvoir de faire ce qu'on veut, mon chien de chasse est aussi libre que moi : il veut courir après le lièvre et il le peut. Vous me réduisez à l'état des bêtes.

Voltaire répond
Voltaire A, dans le dialogue
Vous êtes mille fois plus libre que votre chien, car vous avez mille fois plus de pouvoir de penser. Mais vous n'êtes pas libre d'une autre manière que lui. Vous mangez et dormez comme lui : pourquoi voudriez-vous être libre autrement ?
Samuel Clarke (contre Collins) 1717 · attaque la prémisse 2

Il faut distinguer la nécessité physique, qui pousse une pierre, et la nécessité morale, qui incline un esprit sans le forcer. L'homme est un agent, il commence lui-même ses actions : ses motifs ne le contraignent pas comme une cause mécanique.

Voltaire répond
Voltaire
Voltaire juge que le prédicateur a étouffé le philosophe chez Clarke. Une reine d'Angleterre ne se déshabillera pas sur l'autel de son couronnement : on appelle cela une nécessité morale, mais c'est au fond une nécessité physique, aussi sûre que sa mort. La nécessité morale n'est qu'un mot : tout ce qui se fait est absolument nécessaire.
Kant (Critique de la raison pratique) 1788 · attaque la prémisse 4

Si notre liberté n'est que le pouvoir d'agir selon des désirs et des idées qui sont eux-mêmes déterminés, elle ne vaut pas mieux que celle d'un tournebroche qui, une fois remonté, tourne tout seul. C'est un « misérable subterfuge » : la morale exige une liberté qui ne soit pas le dernier maillon d'une chaîne de causes.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1788, après sa mort (1778).
Le débat continue (notre résumé) Un compatibiliste répond que Kant demande une liberté que personne ne peut concevoir : vouloir sans raison serait, comme dit Voltaire, « un effet sans cause ». Kant répond qu'il ne la conçoit pas dans la nature, mais qu'il doit la supposer dès qu'il se juge responsable. Le débat continue aujourd'hui.