QuestionsFaut-il avoir peur de la mort ?L'ennui de l'immortalité (le cas Makropulos)
Faut-il avoir peur de la mort ?Rien à craindre

L'ennui de l'immortalité (le cas Makropulos)

Le cas Makropulos

Bernard Williams 1929 · 2003La chance joue dans ce dont on nous tient responsables : la morale ne peut pas l'ignorer.
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Ce qu'il soutient

Une vie sans fin, pour quelqu'un qui reste lui-même, serait insupportable : la mort n'est pas toujours un mal, et il peut être bon de ne pas vivre trop longtemps. (Williams ajoute : elle reste un mal quand elle arrive trop tôt.)

Pourquoi

Rien ne garantit qu'une vie sans fin reste intéressante pour quelqu'un qui garde son caractère et ses goûts.

En bref

« L'ennui de l'immortalité (le cas Makropulos) » est un argument de Bernard Williams (« The Makropulos Case: Reflections on the Tedium of Immortality », 1973) sur la question « Faut-il avoir peur de la mort ? » (réponse : rien à craindre). Sa thèse : Une vie sans fin, pour quelqu'un qui reste lui-même, serait insupportable : la mort n'est pas toujours un mal, et il peut être bon de ne pas vivre trop longtemps. (Williams ajoute : elle reste un mal quand elle arrive trop tôt.). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« The Makropulos Case: Reflections on the Tedium of Immortality », 1973
Valide avec une prémisse implicite

Dans une pièce de Karel Čapek, reprise en opéra par Janáček, Elina Makropulos a pris un élixir de longue vie. À 342 ans, sa vie sans fin est devenue ennui, indifférence et froideur, et elle refuse de la prolonger. Bernard Williams en tire une thèse : une vie immortelle serait insupportable pour quelqu'un qui reste lui-même. La mort n'est donc pas un mal à éviter à tout prix. Mais il ne dit pas que mourir n'importe quand est bon : mourir trop tôt reste un mal.

P1Pour qu'une vie sans fin ne devienne pas ennuyeuse, il faudrait que quelque chose y soit à chaque instant totalement absorbant : de quoi rendre l'ennui impensable.
P2Quand on garde un caractère, des goûts et des intérêts, il n'y a aucune raison de croire que quelque chose puisse être garanti totalement absorbant pour toujours. Faire disparaître l'ennui en supprimant la conscience de ce qui ennuierait, ce serait ne plus être la même personne.
P3 · prémisse impliciteUne vie que l'on ne peut garder intéressante qu'en cessant d'être soi-même est une vie que l'on ne peut pas vouloir vivre : elle est insupportable.
Donc une vie sans fin, pour quelqu'un qui reste lui-même, serait insupportable : la mort n'est pas toujours un mal, et il peut être bon de ne pas vivre trop longtemps. (Williams ajoute : elle reste un mal quand elle arrive trop tôt.)

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve quelqu'un dont la vie sans fin est ennuyeuse mais qui la supporte et veut continuer, par exemple parce qu'il garde d'autres projets.
Avec P3, la conclusion suit : si une vie sans fin ne reste pas intéressante sans cesser d'être soi (P1 et P2), et si une telle vie est insupportable (P3), alors elle est insupportable. P3 relie l'ennui à l'impossibilité de vouloir vivre, et un défenseur de l'immortalité la conteste : on pourrait supporter un peu d'ennui. La vraie discussion porte sur P2.
Analogie. Imagine une chanson que tu adores. Écoutée en boucle pendant mille ans, elle deviendrait insupportable. Pour continuer à l'aimer, il faudrait que tu changes tellement que tu ne serais plus celui qui l'aimait. C'est le choix que Williams voit pour l'immortel : s'ennuyer ou devenir quelqu'un d'autre.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

John Martin Fischer 1994 · attaque la prémisse 2

Fischer, dans « Why Immortality Is Not So Bad » (1994), répond à Williams. Certains plaisirs s'épuisent d'eux-mêmes, mais d'autres sont répétables : on peut les retrouver sans qu'ils lassent, surtout s'ils sont assez espacés. Une vie sans fin faite d'un mélange de tels plaisirs resterait donc agréable, sans que la personne cesse d'être elle-même.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Williams dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Williams n'a pas répondu à Fischer dans les textes que nous avons lus. Notre résumé de la suite : les partisans de Williams objectent qu'un plaisir répété peut devenir routinier et perdre ce qui lui donnait du sens, et que le mélange de plaisirs demande encore de rester le même sans s'ennuyer. Le désaccord de fond est ce qu'il faut pour avoir une raison de continuer à vivre : du plaisir, ou des projets qui sont les siens.
Où en est le débat (notre résumé)Débat ouvert : le désaccord porte sur ce qui rend une vie digne d'être prolongée et sur ce que « rester soi-même » exige. Pas de réponse largement acceptée.
Lucrèce (tel que Williams le présente) 55 av. J.-C. · attaque la conclusion

Selon Williams, Lucrèce soutient que la mort n'est jamais un mal : non seulement il n'y a personne pour qui mourir soit un mal, mais il n'y a aucun moment où mourir soit un mal. Alors mourir trop tôt n'est pas pire que mourir trop tard : tout revient au même.

Williams répond
Williams 1973 · Réponse de Williams
Williams écrit que nous sommes poussés vers une vie plus longue par des désirs « catégoriques » (des désirs qui nous donnent une raison de continuer à vivre). Ce que la vie promet doit donc répondre à ces désirs. C'est ce qui fonde l'espoir de continuer à vivre contre Lucrèce, et la raison de juger la mort prématurée comme un mal.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord porte sur la valeur de ce qu'on perd en mourant : pour Lucrèce, rien, puisque personne n'est là pour le regretter ; pour Williams, les désirs que nous avons maintenant comptent. Débat toujours ouvert.