Le rêve du papillon : comment savoir que je ne rêve pas ?
Le rêve de Zhuangzi ; l'argument du rêve ; Zhuang Zhou rêve qu'il est un papillon
Je ne peux être certain de la réalité de ce que je perçois : il faut tenir mes certitudes avec réserve.
En rêve tout paraît réel, et rien dans l'expérience du moment ne prouve que je suis éveillé plutôt que rêveur.
« Le rêve du papillon : comment savoir que je ne rêve pas ? » est un argument de Zhuangzi (Zhuangzi, chapitre 2 (IVe siècle av. J.-C.), 300 av. J.-C.) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : impossible de savoir). Sa thèse : Je ne peux être certain de la réalité de ce que je perçois : il faut tenir mes certitudes avec réserve. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un matin, tu te réveilles soulagé : « Ce n'était qu'un rêve. » Mais pendant ce rêve, tu étais sûr que c'était réel. Qui te garantit que tu n'es pas, en ce moment, en train de rêver encore ? Zhuangzi raconte, il y a plus de deux mille ans, qu'il a rêvé qu'il était un papillon, et qu'à son réveil il ne savait plus s'il était un homme qui avait rêvé d'être un papillon ou un papillon qui rêvait d'être un homme. Attention : Zhuangzi ne présente pas de preuve en bonne et due forme. La forme P1 à C ci-dessous est notre reconstruction de l'argument du rêve, tel que la tradition philosophique l'a développé à partir de ce récit. Zhuangzi lui-même en tire autre chose, comme le montre la première objection.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, on peut accepter P1 et P2 et continuer à croire que la table devant soi est réelle : on reconnaît seulement qu'on ne peut pas le démontrer. Beaucoup de philosophes disent que la probabilité, ou une bonne raison de croire, suffit pour savoir.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Zhuangzi (la fin du passage) 300 av. J.-C. · attaque la conclusionLe texte ne se termine pas sur « je ne peux pas savoir ». Zhuangzi ajoute qu'entre Zhuang Zhou et le papillon il y a pourtant une différence, et que ce passage de l'un à l'autre s'appelle « la transformation des choses » (wuhua). Il ne dit pas que la réalité est introuvable. Il veut montrer que nos distinctions (moi et papillon, veille et rêve, vie et mort) ne sont pas fixes : les choses se changent les unes dans les autres. Le sage n'en tire pas l'angoisse du doute, mais la souplesse de suivre la transformation. Le papillon sert donc à relâcher l'attachement à nos points de vue, pas à démontrer qu'on ne sait rien.
sans réponse
Le texte ne se termine pas sur « je ne peux pas savoir ». Zhuangzi ajoute qu'entre Zhuang Zhou et le papillon il y a pourtant une différence, et que ce passage de l'un à l'autre s'appelle « la transformation des choses » (wuhua). Il ne dit pas que la réalité est introuvable. Il veut montrer que nos distinctions (moi et papillon, veille et rêve, vie et mort) ne sont pas fixes : les choses se changent les unes dans les autres. Le sage n'en tire pas l'angoisse du doute, mais la souplesse de suivre la transformation. Le papillon sert donc à relâcher l'attachement à nos points de vue, pas à démontrer qu'on ne sait rien.
René Descartes 1641 · attaque la prémisse 2Descartes avait lui-même posé le doute du rêve dans la première Méditation. Dans la sixième, il pense l'avoir levé : la veille se distingue du rêve parce que la mémoire peut relier les événements éveillés à toute la suite de la vie, alors qu'elle ne peut jamais relier les songes entre eux et à notre vie. Si quelqu'un apparaissait puis disparaissait d'un coup, sans que je voie d'où il vient ni où il va, je le prendrais pour un fantôme. Quand je peux lier ce que je perçois au reste de ma vie, je suis sûr d'être éveillé. Il y a donc bien un critère : la cohérence.
sans réponse
Descartes avait lui-même posé le doute du rêve dans la première Méditation. Dans la sixième, il pense l'avoir levé : la veille se distingue du rêve parce que la mémoire peut relier les événements éveillés à toute la suite de la vie, alors qu'elle ne peut jamais relier les songes entre eux et à notre vie. Si quelqu'un apparaissait puis disparaissait d'un coup, sans que je voie d'où il vient ni où il va, je le prendrais pour un fantôme. Quand je peux lier ce que je perçois au reste de ma vie, je suis sûr d'être éveillé. Il y a donc bien un critère : la cohérence.
JJohn L. Austin 1962 · attaque la prémisse 2Austin, philosophe du langage ordinaire, conteste que rêver et être éveillé soient deux expériences impossibles à distinguer. Nous savons très bien, en général, faire la différence : c'est ce qui donne un sens à l'expression « ce n'était qu'un rêve ». Et on ne peut pas douter de tout à la fois : un doute n'a de sens que s'il existe une raison précise de douter dans la situation. Le sceptique, selon lui, abuse de nos mots (« rêve », « réel ») en les privant du contexte qui leur donne un sens.
sans réponse
Austin, philosophe du langage ordinaire, conteste que rêver et être éveillé soient deux expériences impossibles à distinguer. Nous savons très bien, en général, faire la différence : c'est ce qui donne un sens à l'expression « ce n'était qu'un rêve ». Et on ne peut pas douter de tout à la fois : un doute n'a de sens que s'il existe une raison précise de douter dans la situation. Le sceptique, selon lui, abuse de nos mots (« rêve », « réel ») en les privant du contexte qui leur donne un sens.