PhilosophesAugustin d'Hippone

Augustin d'Hippone

Croire pour comprendre : Dieu au plus intime de soi.

Augustinisme · Néoplatonisme354 – 430 AlgériePhilosophe et théologienPlatonicien chrétienÉvêque d'HipponePenseur du moi intérieur
Confessions I, 1 · IV, 9 · Le Libre Arbitre, II, 14

Le cœur sans repos

Ce qu'il soutient

Le vrai bonheur ne se trouve qu'en Dieu : « notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose pas en toi ».

Pourquoi

Tous les biens de cette vie peuvent se perdre malgré nous ; seul un bien éternel ne se perd pas, et notre désir de bonheur n'est pas vain.

Valide avec une prémisse implicite

Tout le monde veut être heureux : c'est le point de départ. Augustin a tout essayé (succès, plaisirs, amitié, philosophie) et a vu chaque bonheur menacé ou perdu, comme à la mort de son meilleur ami. Il en tire un raisonnement sur le bonheur lui-même : où peut-il se trouver, s'il doit être solide ?

P1Tout être humain veut être heureux ; personne ne veut le contraire.
P2On ne peut pas être tranquille, donc pleinement heureux, en possédant des biens qu'on peut perdre malgré soi.
P3Or tous les biens de cette vie (santé, plaisirs, amis, réussite, et même notre propre sagesse, qu'une maladie peut ôter) peuvent se perdre malgré soi.
P4Il y a deux sortes de biens : ceux du temps, et le bien éternel, Dieu, la vérité. Celui-là, personne ne le perd malgré soi : on ne le perd qu'en le quittant.
P5 · prémisse impliciteCe désir de bonheur, que tous partagent, n'est pas vain : il existe un bien capable de le combler.
Donc le vrai bonheur ne se trouve qu'en Dieu : « notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose pas en toi ».

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où tout le monde veut être heureux, où aucun bien de cette vie ne suffit, mais où le bonheur parfait n'est tout simplement pas possible : le cœur resterait inquiet pour toujours.
Valide avec P5. Sans elle, le raisonnement montre seulement qu'aucun bien de cette vie ne comble le désir, ce que beaucoup de non-croyants accordent. Pour conclure à Dieu, il faut supposer que ce désir a un objet réel. C'est le point le plus discuté : un désir prouve-t-il que son objet existe ?
Analogie. Tu construis ta maison sur le sable : elle peut être belle, mais tu dors mal, car la prochaine marée peut l'emporter. Augustin dit : cherche un terrain que la marée n'atteint pas. Le sceptique répond : et s'il n'existait que du sable ?

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

S
Stoïciens, épicuriens, péripatéticiens attaque la prémisse 3

Le sage peut être heureux dès cette vie, par ses propres forces : par la vertu, que rien d'extérieur ne peut lui ôter (stoïciens), ou par la tranquillité de l'âme et des plaisirs simples (épicuriens).

Augustin répond
Augustin
Vouloir être heureux ici-bas et par soi-même est une étrange vanité. La vertu elle-même, en cette vie, est une guerre sans fin contre nos vices ; la maladie peut ôter au sage jusqu'à sa raison ; et les stoïciens permettent au sage de se tuer quand ses maux deviennent trop lourds, aveu que cette vie n'était pas heureuse.
Nietzsche 1883 · attaque la conclusion

Chercher le bonheur dans un au-delà, c'est mépriser la seule vie que nous ayons. Il faut rester fidèle à la terre, et donner un sens à cette vie-ci plutôt que de la juger insuffisante.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1883, après sa mort (430).
Freud 1927 · attaque la prémisse 5

Désirer une chose ne prouve pas qu'elle existe. Une croyance née d'un désir profond (être consolé, protégé, comblé) est ce que Freud appelle une illusion : elle peut être vraie, mais le désir n'en est pas la preuve (L'Avenir d'une illusion).

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1927, après sa mort (430).