PhilosophesMary Wollstonecraft

Mary Wollstonecraft

Les femmes ont la même raison : qu'on les éduque comme telles.

Lumières · Philosophie féministe1759 – 1797 Royaume-UniPhilosophe des LumièresPionnière du féminismePenseuse politiquePédagogue
Droits de la femme, ch. 2-4

On n'est pas faible par nature, on est élevée pour l'être

Ce qu'il soutient

La faiblesse apparente des femmes ne prouve pas que leur raison soit inférieure par nature. Pour le savoir, il faudrait d'abord leur laisser développer leurs facultés, et seulement ensuite juger.

Pourquoi

Les filles sont élevées pour plaire et non pour raisonner, et des hommes élevés de même montrent les mêmes défauts.

Valide avec une prémisse implicite

En 1792, presque tout le monde, y compris de grands philosophes, juge que les femmes ont moins de raison que les hommes : il suffit de regarder comment elles se conduisent. Wollstonecraft accepte le constat mais conteste la conclusion. Ce qu'on prend pour la nature des femmes est le produit de leur éducation. Attention : elle n'affirme pas que les deux sexes sont identiques. Elle accorde aux hommes la force physique et n'exclut pas une différence de degré ; elle dit seulement qu'on ne peut rien conclure tant que l'éducation est si différente.

P1Le caractère humain est formé par l'éducation et par les occupations de chacun : des facultés qu'on n'exerce pas restent émoussées.
P2Or on élève les filles pour plaire, pas pour raisonner : dès l'enfance, on leur apprend que la beauté est leur sceptre.
P3Des hommes élevés de la même façon, comme les officiers lancés dans le monde sans instruction solide, montrent exactement les mêmes défauts : coquetterie, goût de plaire, esprit superficiel.
P4 · prémisse impliciteQuand l'éducation suffit à expliquer une faiblesse, et que les hommes élevés de même la partagent, cette faiblesse ne prouve pas une infériorité naturelle.
Donc la faiblesse apparente des femmes ne prouve pas que leur raison soit inférieure par nature. Pour le savoir, il faudrait d'abord leur laisser développer leurs facultés, et seulement ensuite juger.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve une situation où tout est vrai (le caractère vient de l'éducation, les filles sont élevées pour plaire, les officiers ont les mêmes défauts) et où la faiblesse prouve quand même une infériorité naturelle : par exemple si deux causes s'additionnaient, l'éducation et la nature.
Valide avec P4, le principe qui fait le lien entre « l'éducation explique la faiblesse » et « la faiblesse ne prouve pas la nature ». Wollstonecraft l'applique partout sans l'énoncer en règle générale. L'argument est prudent : sa conclusion n'est pas « les femmes sont égales par nature », mais « on n'a pas le droit de dire qu'elles sont inférieures par nature ». Pour le rejeter, il faut nier P1 (le caractère vient surtout de la nature) ou P3 (la comparaison avec les officiers ne tient pas).
Analogie. Deux plantes de la même espèce : l'une pousse au soleil, l'autre dans une cave. Celle de la cave est pâle et frêle. Personne n'en conclut qu'elle est d'une espèce plus faible : on la met au soleil, et on regarde ensuite.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Rousseau (Émile, livre V) 1762 · attaque la prémisse 1

Les goûts des filles apparaissent avant toute éducation : dès l'enfance, les garçons veulent du bruit et du mouvement, les filles des miroirs, des parures et surtout des poupées. La poupée montre leur goût naturel pour leur destination. L'éducation doit suivre ce penchant, pas le combattre.

Wollstonecraft répond
Wollstonecraft
Une petite fille qu'on oblige à rester assise des heures près de sa mère qui se pare imitera ce qu'elle voit : rien de plus naturel, mais c'est l'exemple qui agit, pas un instinct. Laissée libre, elle court et joue. Garçons et filles joueraient ensemble sans problème si l'on ne leur imposait pas la différence des sexes bien avant que la nature en fasse une.
Rousseau (Émile, livre V) 1762 · attaque la conclusion

Les femmes nous reprochent de les élever pour la coquetterie. Mais qui empêche les mères de les élever comme elles veulent ? Élevez-les donc comme des hommes : plus elles leur ressembleront, moins elles les gouverneront, et c'est alors que les hommes seront vraiment les maîtres. Les femmes ont tout à y perdre.

Wollstonecraft répond
Wollstonecraft
Elles seraient alors des membres plus respectables de la société, et rempliraient les devoirs importants de la vie à la lumière de leur propre raison. C'est précisément le but que je vise. Je ne souhaite pas qu'elles aient du pouvoir sur les hommes, mais sur elles-mêmes.
Le débat continue (notre résumé) La première partie de l'objection reste sans réponse directe ici : Rousseau rappelle que ce sont les mères qui élèvent les filles. Le cercle (des mères mal instruites élèvent des filles mal instruites) ne se brise que si la société change l'éducation elle-même ; c'est pourquoi Wollstonecraft demande au chapitre 12 que garçons et filles soient instruits ensemble, dans des écoles publiques.
L
Les défenseurs d'une différence naturelle attaque la prémisse 4

Même si l'éducation explique beaucoup, elle n'explique peut-être pas tout. Des différences moyennes entre les sexes (force, goûts, intérêts) pourraient être en partie naturelles. Alors la faiblesse observée viendrait à la fois de l'éducation et de la nature.

Wollstonecraft répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Wollstonecraft
J'accorde que la force physique semble donner à l'homme une supériorité naturelle sur la femme, et c'est la seule base solide sur laquelle on puisse fonder la supériorité de son sexe. Mais je maintiens que non seulement la vertu, mais aussi le savoir des deux sexes doivent être de même nature, sinon de même degré.
Le débat continue (notre résumé) Elle accorde donc une différence possible de degré, pas de nature, et demande qu'on laisse d'abord les facultés des femmes se développer avant de juger. Depuis que filles et garçons vont aux mêmes écoles, les filles réussissent en moyenne aussi bien ou mieux qu'eux dans la plupart des pays, ce qui va dans le sens de Wollstonecraft sur la raison. Le débat continue sur des différences moyennes de goûts et de choix de métiers, dont la part naturelle et la part sociale restent discutées.