Qu'est-ce que l'amour ?Retrouver sa moitié

Retrouver sa moitié

Le mythe d'Aristophane ; l'âme sœur ; la moitié perdue

Aristophane v. 446 av. J.-C. · v. 386 av. J.-C.Poète comique d'Athènes ; dans le Banquet de Platon, il fait le récit des humains doubles coupés en deux, et de l'amour comme désir de retrouver sa moitié.
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Ce qu'il soutient

L'amour est le désir de retrouver notre moitié et de redevenir un, de réparer la nature humaine.

Pourquoi

Nous étions des êtres entiers, coupés en deux par Zeus ; l'amour est la quête de notre moitié perdue.

La même idée à travers l'histoire
Aristophane385 av. J.-C.Dans le Banquet de Platon, le poète comique Aristophane raconte que les humains étaient doubles, que Zeus les a coupés en deux, et que l'amour est le désir de retrouver sa moitié. C'est Platon qui écrit ce discours : nous ne savons pas ce qu'Aristophane a dit en vrai.
Sigmund Freud1920Freud cite le mythe dans Au-delà du principe de plaisir. Il l'appelle un mythe plutôt qu'une explication scientifique, mais lui trouve une qualité : il fait dériver une pulsion du besoin de rétablir un état antérieur.
En bref

« Retrouver sa moitié » est un argument d'Aristophane (Platon, Banquet, 189c-193d (vers 380 av. J.-C.), 385 av. J.-C.) sur la question « Qu'est-ce que l'amour ? » (réponse : retrouver sa moitié). Sa thèse : L'amour est le désir de retrouver notre moitié et de redevenir un, de réparer la nature humaine. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Platon, Banquet, 189c-193d (vers 380 av. J.-C.)
Valide avec une prémisse implicite

Dans le Banquet, Aristophane, poète comique, raconte une histoire drôle et émouvante. Autrefois, les humains étaient doubles : quatre bras, quatre jambes, deux visages. Ils étaient forts et audacieux au point de défier les dieux. Zeus les a alors coupés en deux pour les affaiblir. Depuis, chaque moitié cherche l'autre, et quand elles se retrouvent, elles ne veulent plus se quitter. L'amour est le nom de ce désir de redevenir un. Cette idée est restée dans le langage courant, avec les mots « âme sœur » ou « ma moitié ». Dans son récit, il y avait trois sortes d'êtres doubles, ce qui explique pourquoi certains cherchent une personne de l'autre sexe et d'autres du même sexe. Ce qui est présenté ici est un mythe raconté par un personnage du dialogue, pas une thèse que Platon défend en son nom.

P1Autrefois, notre nature était une : nous étions des êtres entiers, doubles, forts et fiers.
P2Pour nous punir de notre audace, Zeus a coupé chacun de ces êtres en deux, pour que nous soyons plus faibles.
P3Depuis, chacun de nous n'est qu'une moitié, qui cherche sans cesse l'autre moitié, la sienne.
P4Si un dieu proposait à deux amants de les fondre en un seul être, aucun ne refuserait : ils reconnaîtraient ce qu'ils voulaient depuis toujours, sans pouvoir le dire.
P5 · prémisse impliciteL'attirance que nous appelons amour n'a pas d'autre origine que ce manque d'unité : elle est la recherche de la moitié perdue.
Donc l'amour est le désir de retrouver notre moitié et de redevenir un, de réparer la nature humaine.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où nous avons été coupés, où chacun cherche sa moitié et où les amants voudraient ne faire qu'un, sans que l'amour soit cette recherche : le récit des origines ne dit pas que ce que nous éprouvons en aimant est ce désir-là. P5 fait le lien entre le mythe et l'expérience.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P5. P1 à P3 racontent l'origine du manque ; P4 dit ce que les amants voudraient vraiment (ne faire qu'un). Mais on en tire la conclusion seulement si l'on ajoute P5 : ce qu'on appelle amour est cette recherche. Sans P5, le récit pourrait être vrai sans que l'amour soit autre chose qu'un désir parmi d'autres. Le mythe ne prouve pas P5 : il la raconte.
Analogie. Deux morceaux d'un vase brisé se retrouvent : ils s'emboîtent parfaitement, et on ne peut pas dire pourquoi, sinon qu'ils ont toujours été ensemble. Pour Aristophane, l'amour est ce choc de reconnaissance. La question de ses critiques : l'autre est-il vraiment un morceau fait pour nous, ou le choisissons-nous à cause de ce qu'il est ?

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Diotime (rapportée par Socrate) 380 av. J.-C. · attaque la prémisse 5

Elle répond, dans le même dialogue, qu'on ne cherche pas sa moitié pour elle-même : l'amour n'est ni de la moitié ni du tout, à moins que cette moitié ou ce tout soit bon. La preuve : on accepte de se faire couper un pied ou une main quand ils sont mauvais, bien qu'ils soient à nous. Ce que nous aimons n'est donc pas « ce qui est à nous », mais le bien.

un défenseur répond
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Pas de réponse possible : objection formulée en -380, après sa mort (-386).
Sigmund Freud défenseur de l'argument · 1920
Freud reprend le mythe en le déplaçant. Il se demande s'il faut suivre « le poète-philosophe » et supposer que la substance vivante, à l'origine, s'est déchirée en petites parties qui cherchent depuis à se réunir par les pulsions sexuelles. L'amour ne vise alors pas le bien, comme le dit Diotime, mais le retour à un état antérieur. Il présente cette idée avec prudence, comme un mythe plutôt qu'une explication scientifique.
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé. Diotime juge que l'amour va vers ce qui est bon, pas vers ce qui est à soi ; Aristophane et, de loin, Freud y voient la recherche d'une unité perdue. Freud lui-même ne tient pas son hypothèse pour établie. Le désaccord de fond est de savoir si l'amour répond à la valeur de l'autre ou à un manque en nous (notre résumé).
Arthur Schopenhauer 1844 · attaque la conclusion

Le sentiment d'être fait l'un pour l'autre est réel, mais il trompe. La nature ne peut atteindre son but, la naissance d'un enfant, qu'en faisant naître chez l'individu une illusion : il croit travailler pour lui-même alors qu'il travaille pour l'espèce. Ce n'est donc pas une moitié perdue qu'on retrouve, mais un instrument de la vie qui nous pousse vers le partenaire qui convient à l'enfant à venir.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1844, après sa mort (-386).
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé. Schopenhauer ne réfute pas le mythe : il explique autrement le sentiment qu'il décrit. Pour lui, l'objet de l'amour est l'enfant à naître ; pour Aristophane, c'est l'autre personne. Aujourd'hui, la biologie évolutive discute du rôle de la reproduction dans l'attirance, mais ne dit pas qu'elle épuise ce que vivent les amoureux (notre résumé).