L'échelle de l'amour
L'échelle de Diotime ; l'amour platonique ; l'ascension vers le beau
L'amour bien conduit monte comme sur une échelle : d'un seul beau corps à deux, de deux à tous les beaux corps, puis aux belles occupations, aux belles connaissances, jusqu'au beau lui-même.
Désirer, c'est manquer de ce qu'on désire : l'amour manque du beau et du bien, et veut les posséder pour toujours.
« L'échelle de l'amour » est un argument de Platon (Banquet, 201d-212a (vers 380 av. J.-C.), 380 av. J.-C.) sur la question « Qu'est-ce que l'amour ? » (réponse : une montée vers le beau). Sa thèse : L'amour bien conduit monte comme sur une échelle : d'un seul beau corps à deux, de deux à tous les beaux corps, puis aux belles occupations, aux belles connaissances, jusqu'au beau lui-même. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Dans le Banquet, chacun fait l'éloge de l'amour. Socrate raconte ce qu'une femme sage, Diotime, lui a appris. Pour elle, l'amour n'est pas un dieu parfait : il est un désir, donc il vient d'un manque. Nous aimons ce que nous n'avons pas, c'est-à-dire le beau et le bien, et nous voulons les posséder pour toujours. Or un être mortel ne peut pas garder le bien pour toujours ; il s'en approche en enfantant dans la beauté, par le corps (des enfants) ou par l'âme (des discours, des lois, des idées). L'amour bien conduit monte alors comme sur une échelle : d'un beau corps à tous les beaux corps, puis aux belles âmes, aux lois, aux sciences, et enfin au beau lui-même, qui ne change pas. Cette thèse a donné son nom à l'« amour platonique », mais le texte est moins timide qu'on ne le dit : il part du désir du corps. Ce qui est présenté ici est la thèse que Platon prête à Diotime, pas une démonstration de sa part.
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Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où l'amour est désir de bien durable, où la beauté est une et où le beau en soi existe, sans que l'amour monte : on peut s'arrêter à une personne qu'on aime pour elle. C'est P6 qui transforme « la beauté est une » en « il faut monter ».
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Aristophane 385 av. J.-C. · attaque la conclusionDans le même Banquet, il soutient une tout autre idée : chacun de nous est la moitié d'un être entier coupé en deux, et l'amour est la recherche constante de sa propre moitié. Ce qu'on aime est donc une personne précise, la nôtre, pas la beauté en général. L'échelle, qui demande de dépouiller toute passion exclusive, décrit autre chose que ce qu'on appelle aimer.
Platon répond
Dans le même Banquet, il soutient une tout autre idée : chacun de nous est la moitié d'un être entier coupé en deux, et l'amour est la recherche constante de sa propre moitié. Ce qu'on aime est donc une personne précise, la nôtre, pas la beauté en général. L'échelle, qui demande de dépouiller toute passion exclusive, décrit autre chose que ce qu'on appelle aimer.
Gregory Vlastos 1973 · attaque la prémisse 6Résumé : dans cette théorie, on n'aime pas la personne mais ce qu'elle a de beau, de bon et d'aimable. Les personnes ne sont que des lieux où se trouve la beauté, et on peut passer de l'une à l'autre, voire dépasser toutes les personnes, sans perdre l'objet de l'amour. Cela laisse hors du compte ce que nous croyons aimer dans quelqu'un : lui, irremplaçable.
sans réponse
Résumé : dans cette théorie, on n'aime pas la personne mais ce qu'elle a de beau, de bon et d'aimable. Les personnes ne sont que des lieux où se trouve la beauté, et on peut passer de l'une à l'autre, voire dépasser toutes les personnes, sans perdre l'objet de l'amour. Cela laisse hors du compte ce que nous croyons aimer dans quelqu'un : lui, irremplaçable.
Martha Nussbaum 1986 · attaque la conclusionRésumé : le Banquet ne s'arrête pas à Diotime. Juste après l'échelle, Alcibiade entre ivre et fait l'éloge de Socrate comme d'un homme précis, qu'il aime avec ses défauts et sa dureté. Ce discours montre ce que l'échelle ne sait pas dire : l'amour d'un individu unique, qu'aucun autre ne remplace. Platon fait ainsi peser un doute sur la valeur de la vie qui dépasse les personnes.
sans réponse
Résumé : le Banquet ne s'arrête pas à Diotime. Juste après l'échelle, Alcibiade entre ivre et fait l'éloge de Socrate comme d'un homme précis, qu'il aime avec ses défauts et sa dureté. Ce discours montre ce que l'échelle ne sait pas dire : l'amour d'un individu unique, qu'aucun autre ne remplace. Platon fait ainsi peser un doute sur la valeur de la vie qui dépasse les personnes.