QuestionsLes animaux comptent-ils autant que nous ?La nature fait les plantes pour les animaux et les animaux pour l'homme
Les animaux comptent-ils autant que nous ?L'humain d'abord

La nature fait les plantes pour les animaux et les animaux pour l'homme

L'ordre naturel : les animaux pour l'homme

Aristote 384 av. J.-C. · 322 av. J.-C.Observer, classer, raisonner : le bonheur par la vertu.
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Ce qu'il soutient

La nature a fait tous les animaux pour l'homme : s'en servir comme nourriture, vêtements et instruments, et chasser les bêtes sauvages, est conforme à l'ordre naturel et ne leur fait pas d'injustice.

Pourquoi

La nature ne fait rien en vain : si les plantes nourrissent les animaux et les animaux servent l'homme, c'est qu'elle les a faits pour cela.

La même idée à travers l'histoire
Augustin426Dans La Cité de Dieu, Augustin lit « Tu ne tueras point » comme visant l'homme seul : les plantes n'ont pas de sensation, les bêtes n'ont pas la raison et n'entrent pas avec nous dans une société. Leur vie et leur mort sont donc « soumises à notre usage » par une disposition juste du Créateur. Même résultat qu'Aristote, avec une autre base : un Dieu créateur et non une nature qui ne fait rien en vain.
En bref

« La nature fait les plantes pour les animaux et les animaux pour l'homme » est un argument d'Aristote (Politique I, 8 (1256b)) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : l'humain d'abord). Sa thèse : La nature a fait tous les animaux pour l'homme : s'en servir comme nourriture, vêtements et instruments, et chasser les bêtes sauvages, est conforme à l'ordre naturel et ne leur fait pas d'injustice. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4, P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Politique I, 8 (1256b)
Valide avec une prémisse implicite

Pour Aristote, tout dans la nature a un but. Il voit un ordre : les petits animaux ont du lait ou un œuf pour se nourrir, les animaux adultes trouvent des plantes, et les hommes trouvent dans les animaux de la nourriture, des vêtements et de la force de travail. Il en conclut que les plantes sont faites pour les animaux et les animaux pour l'homme. S'en servir n'est donc pas contraire à la nature : c'est la suivre. Cette idée a marqué des siècles de pensée sur les animaux ; nous la présentons comme ses défenseurs la comprennent, avec les objections qu'elle a reçues.

P1La nature ne fait rien d'incomplet et ne fait rien en vain : chaque chose qu'elle produit a un but.
P2La nature donne à chaque animal de quoi se nourrir, d'abord par le lait ou l'œuf, puis par ce que la terre produit : on doit donc croire que les plantes sont faites pour les animaux.
P3Les animaux apprivoisés servent l'homme et le nourrissent ; les animaux sauvages, pour la plupart, lui donnent de la nourriture, des vêtements et des instruments.
P4 · prémisse impliciteQuand tout un ensemble de choses sert régulièrement à un être, ce n'est pas un hasard : la nature les a faites en vue de cet usage.
P5 · prémisse impliciteCe que la nature a fait pour un être peut être employé par lui sans injustice envers ce qui est ainsi utilisé.
Donc la nature a fait tous les animaux pour l'homme : s'en servir comme nourriture, vêtements et instruments, et chasser les bêtes sauvages, est conforme à l'ordre naturel et ne leur fait pas d'injustice.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la nature ne fait rien en vain, où les animaux servent l'homme, et où ils n'ont pourtant pas été faits pour lui : l'usage serait un simple effet du hasard ou de l'adaptation.
L'argument est valide avec les deux prémisses cachées. P4 passe de « cela sert » à « cela a été fait pour servir » : c'est la prémisse décisive, et la plus attaquée. P5 passe de « fait pour » à « on peut s'en servir sans injustice » : Aristote ne la formule pas en toutes lettres, mais il écrit que la chasse aux bêtes est « naturellement juste ».
Analogie. Dans une maison, la cuisine, les chambres et le jardin sont faits les uns pour les autres : le potager nourrit la cuisine, la cuisine nourrit la famille. Aristote voit la nature comme une grande maison où chaque étage sert l'étage au-dessus.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Lucrèce 55 av. J.-C. · attaque la prémisse 4

Lucrèce, pour qui le monde est né sans dessein, écrit que la nature du monde n'a nullement été créée pour nous par un pouvoir divin, tant elle est pleine de défauts. Le fait que des choses nous servent ne prouve pas qu'elles aient été faites pour nous.

un défenseur répond
Balbus, porte-parole des stoïciens (Cicéron, De la nature des dieux) défenseur de l'argument · 45 av. J.-C.
Le stoïcien Balbus défend la même idée et l'argumente par l'usage : le blé, la vigne et l'olivier ne profitent qu'à l'homme, qui seul sait semer, cultiver et conserver ; les brebis ne servent à rien d'autre qu'à fournir de la laine ; la fidélité du chien montre qu'il est né pour servir. Les bêtes qui prennent une part du blé le font « à la dérobée ».
Michel de Montaigne 1580 · attaque la prémisse 4

Dans l'Apologie de Raimond Sebond, Montaigne demande qui a persuadé l'homme que le mouvement admirable de la voûte céleste, la lumière des astres et les mouvements de la mer sont établis pour son service. Il juge ridicule que cette « misérable et chétive créature » se dise « maîtresse et emperière de l'univers » : c'est de la présomption, pas une preuve.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1580, après sa mort (-322).
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Montaigne ne vise pas Aristote nommément, mais l'idée que l'univers est fait pour l'homme. Les défenseurs d'Aristote peuvent répondre que le raisonnement ne porte pas sur le ciel mais sur ce que la nature donne aux vivants : plantes, bêtes, nourriture. Point ouvert.
Jeremy Bentham 1789 · attaque la prémisse 5

Bentham dit que la question n'est pas de savoir si les animaux raisonnent ou parlent, mais s'ils peuvent souffrir. Si c'est le cas, le fait qu'une chose ait été « faite pour nous » n'enlève rien à la douleur qu'on lui cause : l'usage n'est pas juste pour autant.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1789, après sa mort (-322).
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : l'objection ne conteste pas l'ordre des fins mais le passage de « fait pour » à « sans injustice » (P5). Aristote n'examine pas la souffrance des bêtes dans ce passage ; il lie le droit d'user des animaux à leur place dans l'ordre naturel. Les deux positions partent de critères différents (la place dans la nature, la capacité de souffrir).