Peuvent-ils souffrir ? La seule question qui compte
« Peuvent-ils souffrir ? » ; la sensibilité comme critère ; les droits des animaux selon Bentham
La souffrance des animaux compte moralement, et la loi comme la morale n'ont aucune raison de nous laisser les tourmenter. Bentham n'en tire pas que leur souffrance compte exactement autant que la nôtre : il faut tenir compte de la différence de sensibilité.
Ce qui compte moralement est la capacité de souffrir, pas de raisonner ou de parler : beaucoup d'animaux souffrent, comme nous.
« Peuvent-ils souffrir ? La seule question qui compte » est un argument de Jeremy Bentham (Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation (1789), chap. XVII, § 4, note, 1789) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : leur souffrance compte autant). Sa thèse : La souffrance des animaux compte moralement, et la loi comme la morale n'ont aucune raison de nous laisser les tourmenter. Bentham n'en tire pas que leur souffrance compte exactement autant que la nôtre : il faut tenir compte de la différence de sensibilité. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P1, P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Au XVIIIe siècle, les lois traitent les animaux comme des choses : on peut en faire ce qu'on veut. Jeremy Bentham, juriste anglais, pose une question que presque personne ne posait. Pourquoi ces êtres ne compteraient-ils pas ? On répond d'habitude : parce qu'ils ne raisonnent pas, parce qu'ils ne parlent pas. Bentham répond que ce n'est pas la bonne question. Un cheval ou un chien adulte raisonne et converse bien mieux qu'un bébé de quelques jours, et personne n'en conclut qu'on peut tourmenter le bébé. La question est : peuvent-ils souffrir ? Si oui, leur souffrance est une raison d'agir ou de s'abstenir, comme la nôtre. Il ajoute, avec une prudence qu'on oublie souvent, que cela ne veut pas dire que les animaux sont nos égaux en tout, ni qu'on ne peut jamais les manger : ce qu'on ne peut pas justifier, c'est de les tourmenter.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où les animaux souffrent et où ni la raison, ni la parole, ni le corps ne justifient de les écarter, mais où une autre différence (par exemple l'appartenance à l'espèce humaine, ou l'âme) est jugée pertinente : leur souffrance ne compterait pas.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Emmanuel Kant 1797 · attaque la conclusionRésumé : pour Kant, seuls les êtres raisonnables, capables de se donner une loi morale, sont des fins en eux-mêmes. Les animaux n'en sont pas : nous n'avons pas de devoirs envers eux, mais seulement des devoirs à leur propos. Être cruel avec un animal est mal parce que cela étouffe en nous la compassion, qui aide à bien traiter les humains. Sa souffrance, elle, ne fonde donc aucun devoir direct.
un défenseur répond
Résumé : pour Kant, seuls les êtres raisonnables, capables de se donner une loi morale, sont des fins en eux-mêmes. Les animaux n'en sont pas : nous n'avons pas de devoirs envers eux, mais seulement des devoirs à leur propos. Être cruel avec un animal est mal parce que cela étouffe en nous la compassion, qui aide à bien traiter les humains. Sa souffrance, elle, ne fonde donc aucun devoir direct.
René Descartes 1637 · attaque la prémisse 1Pour Descartes, les animaux n'ont pas d'esprit : c'est la nature qui agit en eux selon la disposition de leurs organes, comme une horloge qui marque l'heure sans rien savoir du temps. Leurs cris et leurs gestes ne prouvent pas qu'ils ressentent quoi que ce soit. S'ils sont des machines, la question de Bentham, « peuvent-ils souffrir ? », reçoit la réponse non.
un défenseur répond
Pour Descartes, les animaux n'ont pas d'esprit : c'est la nature qui agit en eux selon la disposition de leurs organes, comme une horloge qui marque l'heure sans rien savoir du temps. Leurs cris et leurs gestes ne prouvent pas qu'ils ressentent quoi que ce soit. S'ils sont des machines, la question de Bentham, « peuvent-ils souffrir ? », reçoit la réponse non.
Jeremy Bentham lui-même 1789 · attaque la conclusionDans la même note, Bentham écrit que si être mangé était tout, nous avons de bonnes raisons de manger ceux que nous aimons manger : nous y gagnons, et eux n'y perdent rien. Ils n'ont pas notre angoisse de l'avenir, et leur mort de nos mains est souvent plus rapide que celle que leur réserve la nature. Sa question « peuvent-ils souffrir ? » ne condamne donc pas, à elle seule, qu'on tue des animaux sans douleur pour les manger.
un défenseur répond
Dans la même note, Bentham écrit que si être mangé était tout, nous avons de bonnes raisons de manger ceux que nous aimons manger : nous y gagnons, et eux n'y perdent rien. Ils n'ont pas notre angoisse de l'avenir, et leur mort de nos mains est souvent plus rapide que celle que leur réserve la nature. Sa question « peuvent-ils souffrir ? » ne condamne donc pas, à elle seule, qu'on tue des animaux sans douleur pour les manger.