Nos devoirs envers les animaux sont indirects : ce sont des devoirs envers nous-mêmes
Les devoirs indirects envers les animaux
Nous n'avons pas de devoirs directs envers les animaux. Mais être cruel envers eux est contraire à un devoir envers nous-mêmes : nos devoirs envers les animaux sont indirects.
Les animaux ne sont pas raisonnables, mais être cruel envers eux affaiblit en nous la compassion, qui sert la morale.
« Nos devoirs envers les animaux sont indirects : ce sont des devoirs envers nous-mêmes » est un argument de Kant (Métaphysique des mœurs, Doctrine de la vertu, § 16-17, 1797 (Ak. VI 442-443), 1785) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : l'humain d'abord). Sa thèse : Nous n'avons pas de devoirs directs envers les animaux. Mais être cruel envers eux est contraire à un devoir envers nous-mêmes : nos devoirs envers les animaux sont indirects. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Pour Kant, un devoir est une contrainte morale qui vient de la volonté d'un autre : il faut donc un être raisonnable en face de nous. Or notre expérience ne nous en fait connaître qu'un genre : les hommes. Les animaux n'ont pas de raison et n'ont pas conscience d'eux-mêmes comme sujets. Nous n'avons donc pas de devoirs directs envers eux. Cela ne veut pas dire que tout est permis. Être violent et cruel envers les animaux va contre un devoir envers nous-mêmes : cela émousse la compassion pour la souffrance, une disposition naturelle qui aide à bien traiter les autres hommes. Nos devoirs envers les animaux sont donc indirects : ils passent par l'humanité en nous. Kant autorise pourtant de les tuer vite et sans douleur, et de les faire travailler sans excès. Dans la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? », cet argument soutient le camp « L'humain d'abord » : seuls les êtres raisonnables comptent pour eux-mêmes.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la cruauté envers les animaux affaiblit notre compassion, sans qu'aucun devoir ne l'interdise : le fait que la cruauté nous endurcisse ne suffit pas à la rendre mauvaise, il faut un devoir de ne pas nous endurcir. C'est ce devoir envers soi-même que Kant ajoute.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Arthur Schopenhauer 1840 · attaque la conclusionIl juge cette doctrine odieuse. Dans la morale de Kant, les animaux sont de simples « choses », des moyens bons à tout emploi. Si l'on doit compatir à leurs souffrances, ce serait seulement pour s'exercer : nous nous habituerions sur eux, comme sur des êtres sans valeur, à éprouver la compassion envers nos semblables. Pour lui, la compassion doit se tourner vers les animaux pour eux-mêmes.
sans réponse
Il juge cette doctrine odieuse. Dans la morale de Kant, les animaux sont de simples « choses », des moyens bons à tout emploi. Si l'on doit compatir à leurs souffrances, ce serait seulement pour s'exercer : nous nous habituerions sur eux, comme sur des êtres sans valeur, à éprouver la compassion envers nos semblables. Pour lui, la compassion doit se tourner vers les animaux pour eux-mêmes.
Peter Singer 1974 · attaque la prémisse 1Il soutient que pouvoir souffrir est la condition pour avoir des intérêts, et donc pour que quelqu'un compte moralement. Réserver les devoirs aux êtres raisonnables revient à choisir un critère arbitraire : on ne peut pas dire qu'il serait absurde de penser aux intérêts d'un être qui peut souffrir, sous prétexte qu'il ne raisonne pas.
sans réponse
Il soutient que pouvoir souffrir est la condition pour avoir des intérêts, et donc pour que quelqu'un compte moralement. Réserver les devoirs aux êtres raisonnables revient à choisir un critère arbitraire : on ne peut pas dire qu'il serait absurde de penser aux intérêts d'un être qui peut souffrir, sous prétexte qu'il ne raisonne pas.
Christine Korsgaard 2018 · attaque la prémisse 2Elle propose une lecture kantienne qui donne aux animaux une valeur propre. Pour elle, les principes de Kant, bien compris, conduisent à reconnaître que les animaux sont des fins en soi : nous leur devons des obligations directes, et non seulement des devoirs envers nous-mêmes.
sans réponse
Elle propose une lecture kantienne qui donne aux animaux une valeur propre. Pour elle, les principes de Kant, bien compris, conduisent à reconnaître que les animaux sont des fins en soi : nous leur devons des obligations directes, et non seulement des devoirs envers nous-mêmes.