QuestionsLes animaux comptent-ils autant que nous ?Nos devoirs envers les animaux sont indirects : ce sont des devoirs envers nous-mêmes
Les animaux comptent-ils autant que nous ?L'humain d'abord

Nos devoirs envers les animaux sont indirects : ce sont des devoirs envers nous-mêmes

Les devoirs indirects envers les animaux

Kant 1724 · 1804Fixer les limites de la raison ; agir par devoir.
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Ce qu'il soutient

Nous n'avons pas de devoirs directs envers les animaux. Mais être cruel envers eux est contraire à un devoir envers nous-mêmes : nos devoirs envers les animaux sont indirects.

Pourquoi

Les animaux ne sont pas raisonnables, mais être cruel envers eux affaiblit en nous la compassion, qui sert la morale.

La même idée à travers l'histoire
Kant1785Dans la Fondation de la métaphysique des mœurs, Kant formule l'humanité comme fin en soi, jamais seulement comme moyen. L'humanité, c'est ici la nature raisonnable : les êtres sans raison sont les seuls qu'on peut traiter comme de simples moyens.
Kant1780Dans ses cours d'éthique (connus par des notes d'étudiants), Kant dit déjà que nos devoirs envers les animaux sont des devoirs indirects envers l'humanité, et que celui qui est cruel envers eux devient dur aussi avec les hommes.
Kant1797Dans la Doctrine de la vertu, il fixe les limites : tuer vite et sans douleur, ou faire travailler sans excès, est permis. Les expériences douloureuses faites pour le seul plaisir de savoir sont à rejeter.
Thomas d'Aquin1260Dans la Somme contre les Gentils (III, 112), Thomas place les créatures sans raison au service des créatures raisonnables. Si l'Écriture interdit la cruauté envers les bêtes, c'est pour détourner l'homme de la cruauté envers les hommes.
En bref

« Nos devoirs envers les animaux sont indirects : ce sont des devoirs envers nous-mêmes » est un argument de Kant (Métaphysique des mœurs, Doctrine de la vertu, § 16-17, 1797 (Ak. VI 442-443), 1785) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : l'humain d'abord). Sa thèse : Nous n'avons pas de devoirs directs envers les animaux. Mais être cruel envers eux est contraire à un devoir envers nous-mêmes : nos devoirs envers les animaux sont indirects. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Métaphysique des mœurs, Doctrine de la vertu, § 16-17, 1797 (Ak. VI 442-443)
Valide avec une prémisse implicite

Pour Kant, un devoir est une contrainte morale qui vient de la volonté d'un autre : il faut donc un être raisonnable en face de nous. Or notre expérience ne nous en fait connaître qu'un genre : les hommes. Les animaux n'ont pas de raison et n'ont pas conscience d'eux-mêmes comme sujets. Nous n'avons donc pas de devoirs directs envers eux. Cela ne veut pas dire que tout est permis. Être violent et cruel envers les animaux va contre un devoir envers nous-mêmes : cela émousse la compassion pour la souffrance, une disposition naturelle qui aide à bien traiter les autres hommes. Nos devoirs envers les animaux sont donc indirects : ils passent par l'humanité en nous. Kant autorise pourtant de les tuer vite et sans douleur, et de les faire travailler sans excès. Dans la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? », cet argument soutient le camp « L'humain d'abord » : seuls les êtres raisonnables comptent pour eux-mêmes.

P1À en juger d'après la seule raison, l'homme n'a de devoirs qu'envers l'homme : un devoir est une contrainte morale venue de la volonté d'un être, et il faut que cet être soit une personne, donnée dans l'expérience.
P2Les animaux ne sont pas des êtres raisonnables : ils n'ont pas conscience d'eux-mêmes et ne sont là que comme moyens pour une fin, qui est l'homme.
P3Être violent et cruel envers les animaux émousse en l'homme la compassion pour leurs souffrances, et affaiblit ainsi peu à peu une disposition naturelle très utile à la moralité envers les autres hommes.
P4 · prémisse impliciteNous avons le devoir envers nous-mêmes de ne pas affaiblir en nous ce qui sert la moralité.
Donc nous n'avons pas de devoirs directs envers les animaux. Mais être cruel envers eux est contraire à un devoir envers nous-mêmes : nos devoirs envers les animaux sont indirects.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la cruauté envers les animaux affaiblit notre compassion, sans qu'aucun devoir ne l'interdise : le fait que la cruauté nous endurcisse ne suffit pas à la rendre mauvaise, il faut un devoir de ne pas nous endurcir. C'est ce devoir envers soi-même que Kant ajoute.
L'argument est valide si l'on ajoute la prémisse cachée P4. P1 et P2 donnent la première moitié : pas de devoir direct envers les animaux, puisqu'ils ne sont pas des êtres raisonnables. P3 et P4 donnent la seconde : la cruauté affaiblit en nous ce qui sert la moralité, et nous devons ne pas l'affaiblir, donc la cruauté est interdite, mais comme devoir envers nous-mêmes. Kant écrit presque P4 (« contraire au devoir de l'homme envers lui-même »). Qui refuse la conclusion peut contester P1 (un être sans raison peut quand même avoir des droits), P2 (les animaux comptent pour eux-mêmes parce qu'ils sentent), ou P3 (la cruauté n'endurcit pas toujours : c'est une affirmation sur la psychologie humaine que l'expérience peut démentir).
Analogie. Un joueur de football ne doit rien à son ballon : le ballon n'a pas de droits. Mais s'il le frappe avec rage, il s'entraîne à la brutalité sur le terrain. De la même façon, pour Kant, on ne doit rien à l'animal en lui-même, mais en le maltraitant on devient plus dur avec les personnes. Les critiques répondent qu'un animal n'est pas un ballon : il souffre.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Arthur Schopenhauer 1840 · attaque la conclusion

Il juge cette doctrine odieuse. Dans la morale de Kant, les animaux sont de simples « choses », des moyens bons à tout emploi. Si l'on doit compatir à leurs souffrances, ce serait seulement pour s'exercer : nous nous habituerions sur eux, comme sur des êtres sans valeur, à éprouver la compassion envers nos semblables. Pour lui, la compassion doit se tourner vers les animaux pour eux-mêmes.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1840, après sa mort (1804).
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé. Schopenhauer vise une conséquence réelle de la thèse : si les animaux ne comptent que comme occasions de s'exercer, leur souffrance n'a pas de poids par elle-même. Les défenseurs de Kant peuvent répondre que la doctrine condamne tout de même la cruauté (P3, P4). Reste la question de fond : pourquoi cette compassion servirait-elle à la moralité si la souffrance animale n'était pas elle-même un mal ? (notre résumé).
Peter Singer 1974 · attaque la prémisse 1

Il soutient que pouvoir souffrir est la condition pour avoir des intérêts, et donc pour que quelqu'un compte moralement. Réserver les devoirs aux êtres raisonnables revient à choisir un critère arbitraire : on ne peut pas dire qu'il serait absurde de penser aux intérêts d'un être qui peut souffrir, sous prétexte qu'il ne raisonne pas.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1974, après sa mort (1804).
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert. Singer et Kant ne parlent pas de la même chose : Kant dit qui peut nous obliger (un être raisonnable), Singer dit qui a des intérêts qui comptent (un être qui souffre). Un kantien peut accepter que les animaux aient des intérêts et nier qu'ils soient des personnes devant qui nous avons des obligations. Le désaccord porte sur la nature des devoirs : réciprocité ou souffrance (notre résumé).
Christine Korsgaard 2018 · attaque la prémisse 2

Elle propose une lecture kantienne qui donne aux animaux une valeur propre. Pour elle, les principes de Kant, bien compris, conduisent à reconnaître que les animaux sont des fins en soi : nous leur devons des obligations directes, et non seulement des devoirs envers nous-mêmes.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 2018, après sa mort (1804).
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé. Korsgaard soutient qu'on peut être fidèle à Kant tout en contredisant sa conclusion sur les animaux. D'autres kantiens tiennent que la raison pratique ne fonde de devoirs directs que envers les êtres raisonnables, comme Kant l'écrit lui-même. Nous n'avons pas lu le livre en entier : sa thèse est résumée à partir de sa présentation générale (notre résumé).