QuestionsLes animaux comptent-ils autant que nous ?La pitié, fondement de la morale, s'étend aux animaux
Les animaux comptent-ils autant que nous ?Devoir de compassion

La pitié, fondement de la morale, s'étend aux animaux

La morale de la pitié (Mitleid) ; les devoirs envers les animaux

Arthur Schopenhauer 1788 · 1860La vie oscille entre la souffrance et l'ennui.
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Ce qu'il soutient

Nous avons des devoirs moraux directs envers les animaux. La morale qui n'en reconnaît aucun (celle de Kant) est révoltante.

Pourquoi

Le seul motif vraiment moral est la pitié, et elle s'adresse à toute souffrance, donc aussi à celle des animaux.

En bref

« La pitié, fondement de la morale, s'étend aux animaux » est un argument d'Arthur Schopenhauer (Sur le fondement de la morale (1840), § 8 et § 19, 1840) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : devoir de compassion). Sa thèse : Nous avons des devoirs moraux directs envers les animaux. La morale qui n'en reconnaît aucun (celle de Kant) est révoltante. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Sur le fondement de la morale (1840), § 8 et § 19
Valide avec une prémisse implicite

Pour Schopenhauer, ce qui fait qu'une action a une valeur morale, c'est qu'elle vient de la pitié (Mitleid) : le fait de souffrir avec un autre et de vouloir l'aider sans penser à soi. Cette pitié ne s'arrête pas à l'espèce humaine : elle s'adresse à tout être qui souffre. Il en tire une conséquence qu'il juge décisive : la morale qui nie tout devoir envers les animaux est une morale fausse. Il juge celle de Kant (§ 8) « odieuse », et dit (§ 19) qu'affirmer qu'« on n'a pas de devoirs envers les bêtes » est une doctrine « révoltante, grossière et barbare ». Il ajoute une explication qui rend ce passage difficile à lire : il attribue cette doctrine au judaïsme. Ce n'est pas un argument, c'est un préjugé, et nous ne le reprenons pas ici. Le raisonnement sur la pitié se tient sans lui. Dans la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? », il défend le camp « Devoir de compassion ».

P1La pitié est le seul motif qui ne soit pas égoïste, et donc le seul vraiment moral : c'est elle, et non un impératif ou un commandement, qui donne leur valeur aux bonnes actions.
P2La pitié s'adresse à toute souffrance, quel que soit l'être qui souffre. Une morale qui repose sur elle protège donc les animaux, alors que les autres systèmes d'Europe, dit-il, les ont laissés de côté.
P3 · prémisse impliciteSi le fondement de la morale est la pitié, et si la pitié s'étend aux animaux, alors nous avons des devoirs moraux envers eux, et pas seulement envers les hommes.
P4La pitié envers les animaux tient de si près à la bonté du caractère que, selon lui, qui est cruel envers eux ne peut pas être un homme bon : c'est une confirmation par l'expérience.
Donc nous avons des devoirs moraux directs envers les animaux. La morale qui n'en reconnaît aucun (celle de Kant) est révoltante.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où la pitié est le fondement de la morale et s'étend aux animaux, sans que nous ayons le moindre devoir envers eux : la pitié resterait un sentiment qui ne commande rien. P3 est ce qui fait passer du sentiment au devoir.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P3. P1 dit ce qu'est la morale : la pitié. P2 dit que la pitié s'étend aux animaux. Pour passer à « nous avons des devoirs envers eux », il faut P3 : une morale fondée sur la pitié donne des devoirs envers tout être qui peut en être l'objet. Schopenhauer le tient pour évident. P4 est un appui par l'expérience, pas une étape logique. Qui refuse la conclusion peut contester P1 (la pitié n'est qu'un sentiment, pas un fondement), P2 (les animaux souffrent-ils comme nous ?), ou P3 (un sentiment ne crée pas de devoir).
Analogie. Si on dit qu'un bon médecin est quelqu'un qui est touché par la douleur de ses patients, on ne peut pas ajouter que la douleur d'une partie des patients ne compte pas. Pour Schopenhauer, la pitié ne choisit pas : si elle est la source de la morale, elle vaut pour tout ce qui souffre.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Emmanuel Kant 1797 · attaque la conclusion

Il écrit que, d'après la raison seule, l'homme n'a de devoirs qu'envers l'homme : un devoir est une contrainte morale venue de la volonté d'un être raisonnable, et les animaux n'en sont pas. Il admet pourtant que la cruauté envers eux est mauvaise, mais comme un devoir envers soi-même.

Schopenhauer répond
voir l'argument
Arthur Schopenhauer 1840 · Réponse de Schopenhauer
Il cite Kant et répond que, dans cette doctrine, on n'aurait pitié des bêtes que pour s'exercer à avoir pitié des hommes : elles seraient comme un « fantôme pathologique » pour s'entraîner. Il juge ces thèses « odieuses et abominables ». Pour lui, la pitié se tourne vers l'animal lui-même.
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé. Schopenhauer dénonce une conséquence réelle de la thèse de Kant : si les bêtes ne comptent que pour nous entraîner, leur souffrance n'a pas de poids par elle-même. Un kantien répond que Kant condamne bien la cruauté. Reste le désaccord de fond : la souffrance de l'animal est-elle un mal en soi, ou seulement un mal pour nous quand nous le causons ? (notre résumé).
Friedrich Nietzsche 1881 · attaque la prémisse 1

Il juge que la pitié, dans la mesure où elle crée vraiment de la souffrance, est une faiblesse : elle augmente la souffrance dans le monde.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1881, après sa mort (1860).
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé. Nietzsche écrit après la mort de Schopenhauer (1860) et ne parle pas des animaux. Son objection porte sur le fondement (P1) : une morale de la pitié serait un symptôme de faiblesse. Le désaccord de fond est de savoir si la pitié est ce qui doit guider la morale, ou si elle doit être jugée à ses effets. Cette objection ne dit pas que la souffrance des animaux ne compte pas (notre résumé).
Peter Singer 1975 · attaque la prémisse 1

Il défend la cause des animaux sans la fonder sur la pitié. Pour lui, il faut s'appuyer sur un principe moral, l'égale considération des intérêts de tous les êtres qui peuvent souffrir, et non sur le fait d'aimer les bêtes ou d'en avoir pitié.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1975, après sa mort (1860).
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert. Singer et Schopenhauer arrivent à une conclusion proche (les animaux comptent) par deux chemins. On peut en tirer une difficulté pour la pitié : un sentiment varie d'une personne à l'autre et dit mal combien chaque souffrance pèse, alors qu'un principe l'indique. Un défenseur de Schopenhauer répondra que sans la pitié, aucun principe ne nous pousse à agir (notre résumé, à partir de la thèse générale de Singer).