QuestionsLes animaux comptent-ils autant que nous ?Le spécisme : compter les intérêts de tous, quelle que soit l'espèce
Les animaux comptent-ils autant que nous ?Leur souffrance compte autant

Le spécisme : compter les intérêts de tous, quelle que soit l'espèce

Le spécisme ; l'égale considération des intérêts ; l'argument des cas marginaux

Peter Singer né en 1946Si l'on peut empêcher un grand mal sans rien sacrifier d'important, on doit le faire, même pour un inconnu lointain.
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Ce qu'il soutient

Donner moins de poids aux intérêts d'un être seulement parce qu'il n'est pas de notre espèce est du spécisme : un préjugé du même type que le racisme et le sexisme. Une souffrance égale doit compter également, quelle que soit l'espèce.

Pourquoi

Seule la capacité de souffrir compte, pas l'espèce : sinon certains humains seraient moins protégés que des animaux.

La même idée à travers l'histoire
Richard D. Ryder1970Le psychologue Richard Ryder invente le mot « spécisme » à Oxford, en 1970, pour dénoncer un préjugé qu'il juge du même ordre que le racisme. Singer précise lui-même qu'il lui doit le terme.
Jeremy Bentham1789« Peuvent-ils souffrir ? » : Bentham, un des rares philosophes à l'avoir vu, fait de la souffrance, et non de la raison ou de la parole, le critère. Singer en reprend la question et la rattache à l'égalité.Peter Singer1972Même principe, autre cercle : dans « Famine, richesse et morale », Singer soutient que la distance ne change rien au devoir d'aider. Deux ans plus tard, il soutient que l'espèce n'y change rien non plus.
Peter Singer1974« All Animals Are Equal » (Philosophic Exchange, en accès libre) : l'égalité de base est l'égalité de considération, pas l'égalité de traitement. Il y ajoute l'argument des cas marginaux.
Peter Singer1975La Libération animale, livre grand public, reprend l'article comme premier chapitre et y ajoute l'enquête sur l'élevage industriel et l'expérimentation. Le livre est devenu un texte fondateur du mouvement de défense des animaux.
En bref

« Le spécisme : compter les intérêts de tous, quelle que soit l'espèce » est un argument de Peter Singer (Singer, « All Animals Are Equal », 1974 ; La Libération animale, 1975, 1972) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : leur souffrance compte autant). Sa thèse : Donner moins de poids aux intérêts d'un être seulement parce qu'il n'est pas de notre espèce est du spécisme : un préjugé du même type que le racisme et le sexisme. Une souffrance égale doit compter également, quelle que soit l'espèce. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4, P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Singer, « All Animals Are Equal », 1974 ; La Libération animale, 1975
Valide avec une prémisse implicite

Si quelqu'un ne tenait pas compte de la douleur d'une personne parce qu'elle est noire, nous dirions qu'il est raciste. S'il n'en tenait pas compte parce que c'est une femme, nous dirions qu'il est sexiste. Peter Singer demande : et si c'est parce que ce n'est pas un humain ? Il appelle cela le spécisme, un mot de Richard Ryder. Son point de départ est modeste : l'égalité n'est pas de traiter tout le monde pareil, mais de donner le même poids aux intérêts de chacun. Un cochon et un enfant n'ont pas les mêmes intérêts (l'un n'a pas besoin d'aller à l'école), mais s'ils ont le même intérêt à ne pas souffrir, ils comptent pareil. Pour répondre à ceux qui disent « les humains ont la raison, pas les animaux », il pose le cas des humains qui n'en ont pas, comme les bébés.

P1Le principe de base de l'égalité est l'égale considération des intérêts : notre souci des autres ne doit pas dépendre de ce qu'ils sont ni de ce dont ils sont capables. Il peut conduire à des traitements différents, mais jamais à compter moins un intérêt de même nature.
P2Appartenir à une espèce ne compte pas en soi. Seule la sensibilité (la capacité de souffrir ou d'être heureux) est une frontière défendable ; choisir l'intelligence ou la raison serait arbitraire, comme choisir la couleur de peau.
P3Si la raison ou l'intelligence était le critère, certains humains seraient moins bien protégés que des animaux : un nourrisson ou une personne au cerveau gravement atteint n'a aucune capacité qu'un mammifère adulte n'ait pas au même degré ou plus (c'est l'argument des cas marginaux).
P4 · prémisse impliciteNous refusons de traiter ces humains comme on traite les animaux (par exemple d'expérimenter sur eux ou de les élever pour les manger). Il serait donc incohérent de garder deux poids, deux mesures.
P5 · prémisse impliciteLes animaux dont on parle (les vertébrés au moins) sont sensibles : ils ont des intérêts, au moins celui de ne pas souffrir.
Donc donner moins de poids aux intérêts d'un être seulement parce qu'il n'est pas de notre espèce est du spécisme : un préjugé du même type que le racisme et le sexisme. Une souffrance égale doit compter également, quelle que soit l'espèce.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où l'on accepte d'exclure les humains sans raison : on peut alors garder la raison comme critère, et les animaux ne comptent pas autant.
Valide avec P4 et P5. P1 dit qu'un être sensible dont la différence d'espèce ne compte pas voit ses intérêts compter autant. P2 dit que la différence d'espèce ne compterait que par la raison. P3 dit que, si c'était la raison, des humains seraient exclus ; P4 refuse cette exclusion ; P5 dit que les animaux sont sensibles.
Analogie.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

C
Carl Cohen 1986 · attaque la conclusion

Cohen assume le mot : « Je suis spéciste. » Pour lui, les humains forment une communauté morale : ils jugent, s'imposent des règles, reconnaissent des droits. Les animaux, eux, ne peuvent pas entrer dans ce jeu. Comparer le spécisme au racisme est « insidieux » : tout jugement moral fin doit tenir compte de la nature différente des êtres à qui l'on doit quelque chose. Ne pas faire les distinctions pertinentes entre les espèces, selon lui, fait se tromper sur ses obligations.

un défenseur répond
Singer a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
James Rachels défenseur de l'argument · 1990
Résumé : Rachels défend un « individualisme moral ». La façon dont un être doit être traité dépend de ses propres traits (ses capacités, ses intérêts), et non du groupe auquel il appartient. Appartenir à une espèce n'est donc pas une raison, et une phrase vraie de l'espèce en moyenne ne dit rien d'un individu précis. On en tire la même conclusion pour les animaux que pour les humains handicapés.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le désaccord de fond porte sur ce qui fonde la valeur morale, le genre d'un être (Cohen) ou ses capacités propres (Singer, Rachels). Chaque camp trouve l'autre incohérent : l'un à cause des humains sans raison, l'autre à cause d'un critère qui varie selon les individus.
Bernard Williams 2006 · attaque la conclusion

Résumé : dans « Le préjugé humain », Williams conteste que préférer les humains soit un préjugé comme le racisme. Pour lui, la comparaison ne marche pas, car on ne peut juger la morale depuis un point de vue extérieur à l'humanité. Nos raisons d'agir se forment à l'intérieur de notre vie d'humains, et la question « de quel côté sommes-nous ? » a un sens que n'a pas celle de la race. Le racisme ne se défend pas de cette façon.

sans réponse
Singer a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le débat continue. Cora Diamond (2018) soutient que les critiques de Williams, dont Singer, l'ont mal lu. Le désaccord de fond demeure : peut-on juger depuis un point de vue qui n'est celui de personne, ou nos valeurs humaines sont-elles notre seul point d'appui ?
Tom Regan 2004 · attaque la prémisse 1

Regan reproche à l'utilitarisme de Singer de ne pas protéger les individus : si l'on additionne les bénéfices de plusieurs, on peut justifier de faire du mal à un seul. Pour lui, un individu qui a une vie propre ne doit jamais être traité comme une ressource, quel que soit le total des avantages. L'égale considération laisserait donc encore permis de sacrifier un animal quand le calcul y trouve son compte.

un défenseur répond
voir l'argument
Singer a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Peter Singer défenseur de l'argument · 1980
Résumé : dans « Utilitarisme et végétarisme », Singer soutient que la pesée des intérêts suffit à condamner l'élevage industriel : il fait souffrir des milliards d'animaux pour des plaisirs de table qui sont faciles à remplacer. Pas besoin de droits pour tirer cette conclusion. Le sacrifice d'un animal ne se justifierait que si le gain était énorme et sûr, ce qui n'est presque jamais le cas.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : les deux auteurs veulent la même chose en pratique (en finir avec l'élevage industriel) mais pas pour la même raison. Le désaccord porte sur les cas rares où le calcul ferait gagner à sacrifier un individu : Singer l'accepte, Regan le refuse par principe.