QuestionsLes animaux comptent-ils autant que nous ?« Un général devoir d'humanité » envers les bêtes
Les animaux comptent-ils autant que nous ?Devoir de compassion

« Un général devoir d'humanité » envers les bêtes

Le devoir d'humanité envers les animaux ; l'horreur de la cruauté

Michel de Montaigne 1533 · 1592« Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage » : nos mœurs ne sont pas la mesure de tout.
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Ce qu'il soutient

Nous avons envers les bêtes « un général devoir d'humanité » : de la bonté et de la bienveillance, et le refus de la cruauté, même si la justice proprement dite n'est due qu'aux hommes.

Pourquoi

Les bêtes vivent, sentent et vivent avec nous : nous leur devons au moins de la bonté.

La même idée à travers l'histoire
Plutarque100Montaigne cite Plutarque, qui se faisait scrupule de vendre au boucher, pour un petit profit, un bœuf qui l'avait longtemps servi. Plutarque est un de ses guides sur ce sujet.
Michel de Montaigne1580« De la cruauté » : la vertu est plus qu'un bon naturel, et la cruauté, même envers les bêtes, est ce qu'il y a de plus haïssable. Montaigne étend à toute créature qui sent une bienveillance qu'il refuse pourtant de confondre avec la justice.
Arthur Schopenhauer1840Schopenhauer fait de la pitié le fondement de toute la morale et l'étend sans réserve aux animaux. Montaigne l'avait fait avant lui, mais comme un sentiment d'humanité, pas comme un principe.
En bref

« « Un général devoir d'humanité » envers les bêtes » est un argument de Michel de Montaigne (Essais, II, 11 « De la cruauté » (1580) ; II, 12 « Apologie de Raimond Sebond », 1580) sur la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? » (réponse : devoir de compassion). Sa thèse : Nous avons envers les bêtes « un général devoir d'humanité » : de la bonté et de la bienveillance, et le refus de la cruauté, même si la justice proprement dite n'est due qu'aux hommes. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Essais, II, 11 « De la cruauté » (1580) ; II, 12 « Apologie de Raimond Sebond »
Valide avec une prémisse implicite

Dans « De la cruauté », Montaigne dit son horreur de la cruauté, la chose qu'il hait le plus. Il l'étend aux animaux : il ne supporte pas de voir tuer une bête sans nécessité, et il pense que se plaire à leur souffrance est le signe d'une inclination à l'inhumanité. Il ne dit pas que les animaux sont nos égaux. Il dit que nous devons la justice aux hommes, et « la grâce et la bénignité » aux autres créatures qui en sont capables. Son argument est modeste et humain : les bêtes vivent, sentent, jouent avec nous, et ne sont pas si éloignées de nous que notre orgueil le croit. Dans la question « Les animaux comptent-ils autant que nous ? », il défend le camp « Devoir de compassion ».

P1Les bêtes vivent et sentent, et nous ne sommes pas si au-dessus d'elles que nous le croyons. En y regardant bien, elles nous ressemblent beaucoup plus que notre présomption ne l'admet.
P2Entre elles et nous il y a « quelque commerce et quelque obligation mutuelle » : nous vivons ensemble, nous jouons ensemble, et nous n'avons pas moins de raisons de les respecter que d'autres hommes d'en avoir pour nous.
P3 · prémisse impliciteQuand un être sensible vit avec nous dans un tel commerce, nous lui devons au moins de la bonté, c'est-à-dire de ne pas le maltraiter.
Donc nous avons envers les bêtes « un général devoir d'humanité » : de la bonté et de la bienveillance, et le refus de la cruauté, même si la justice proprement dite n'est due qu'aux hommes.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où les bêtes sentent et vivent avec nous, sans que nous leur devions la moindre bonté : le lien de fait ne suffit pas à créer un devoir. C'est P3 qui passe du « il y a un commerce » au « il faut être bon ».
L'argument est valide avec la prémisse cachée P3. P1 et P2 disent que les bêtes sentent et qu'il existe entre elles et nous un commerce, un lien réel. Mais de ce lien on ne tire un devoir que si l'on ajoute P3 : un être sensible avec lequel nous vivons mérite au moins de la bonté. Montaigne n'écrit pas P3 sous cette forme, mais il en tire la conclusion : « Nous devons la justice aux hommes, et la grâce et la bénignité aux autres créatures. » Qui refuse la conclusion peut contester P1 (les bêtes seraient des machines), ou P3 (rien ne nous oblige envers un être qui n'est pas une personne).
Analogie. On ne doit pas la même chose à un voisin et à un inconnu. Mais on doit au moins de la politesse à un voisin avec qui on vit depuis longtemps, même si on ne lui doit pas ce qu'on doit à sa famille. Pour Montaigne, les bêtes sont des voisins de palais : pas des égaux, mais pas des choses.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

René Descartes 1637 · attaque la prémisse 1

Il soutient que les bêtes n'ont pas d'esprit du tout : ce qu'elles font mieux que nous ne prouve pas qu'elles pensent, mais que « c'est la nature qui agit en elles selon la disposition de leurs organes », comme une horloge compte les heures plus justement que nous. Si les bêtes sont comme des machines, la ressemblance et le lien dont parle Montaigne tombent.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1637, après sa mort (1592).
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé. Descartes écrit plus d'un demi-siècle après Montaigne et ne peut pas lui répondre. Le désaccord de fond est de savoir si les bêtes éprouvent quelque chose. Montaigne le tient pour évident par le commerce de tous les jours (« qui sait si ma chatte ne passe pas son temps de moi plus que je ne fais d'elle ? »). Descartes s'appuie sur une théorie de l'esprit qui est aujourd'hui largement rejetée par les sciences de la vie, mais elle a pesé longtemps (notre résumé).
Emmanuel Kant 1797 · attaque la conclusion

Il donne raison à Montaigne sur la cruauté, mais en change la raison. Être violent et cruel envers les animaux est contraire au devoir de l'homme envers lui-même, parce que cela émousse la compassion pour leurs souffrances, une disposition utile à la moralité envers les autres hommes. Les animaux ne reçoivent donc que des devoirs indirects.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1797, après sa mort (1592).
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé. Les deux sont d'accord sur le résultat (ne pas être cruel) et en désaccord sur le fondement : pour Montaigne, la bête elle-même mérite la bonté ; pour Kant, c'est notre humanité qui est en jeu. Si la compassion est utile à la moralité seulement parce que la souffrance de l'animal compte, la position de Kant semble supposer celle de Montaigne ; un kantien répond qu'il s'agit d'un devoir envers nous-mêmes et que cela suffit (notre résumé).