QuestionsFaut-il croire sans preuve ?La vérité ne contredit pas la vérité
Faut-il croire sans preuve ?La foi et la raison s'accordent

La vérité ne contredit pas la vérité

Le Discours décisif : accord de la religion et de la philosophie

Averroès 1126 · 1198La vérité ne peut contredire la vérité : philosophie et foi s'accordent.
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Ce qu'il soutient

Une démonstration ne contredit jamais vraiment la Loi. Quand elle contredit le sens apparent d'un texte, c'est que ce sens apparent n'est pas le vrai sens : il faut l'interpréter, selon les règles de la langue arabe.

Pourquoi

Deux vérités ne peuvent se contredire : si la Loi et la démonstration semblent en désaccord, le texte a un autre sens que l'apparent.

La même idée à travers l'histoire
En bref

« La vérité ne contredit pas la vérité » est un argument d'Averroès (Discours décisif, §3-14 (1179), 1179) sur la question « Faut-il croire sans preuve ? » (réponse : la foi et la raison s'accordent). Sa thèse : Une démonstration ne contredit jamais vraiment la Loi. Quand elle contredit le sens apparent d'un texte, c'est que ce sens apparent n'est pas le vrai sens : il faut l'interpréter, selon les règles de la langue arabe. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Discours décisif, §3-14 (1179)
Valide

Au XIIe siècle, en al-Andalus, la philosophie grecque est suspecte : al-Ghazali a accusé les philosophes d'incroyance. Averroès est juge (cadi), et il répond en juriste. D'abord, le Coran ordonne de réfléchir sur l'univers par la raison, et la meilleure façon de raisonner est la démonstration : étudier la philosophie, même dans les livres des Anciens qui n'étaient pas musulmans, est donc un devoir pour qui en est capable. Ensuite, cette philosophie peut-elle contredire la religion ? Non, répond-il, et voici pourquoi.

P1La Loi révélée est vraie, et elle invite elle-même à étudier l'univers par la raison, pour connaître la vérité.
P2Une démonstration ne conclut que ce qui est vrai : c'est un raisonnement certain, pas une opinion.
P3Deux vérités ne peuvent pas se contredire : la vérité s'accorde avec la vérité et témoigne pour elle.
P4Un texte peut avoir un autre sens que son sens apparent : la langue arabe nomme souvent une chose par une image, par sa cause ou par ce qui l'accompagne. Quand le sens apparent est en désaccord avec une démonstration, il faut chercher cet autre sens : c'est l'interprétation (ta'wil).
Donc une démonstration ne contredit jamais vraiment la Loi. Quand elle contredit le sens apparent d'un texte, c'est que ce sens apparent n'est pas le vrai sens : il faut l'interpréter, selon les règles de la langue arabe.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide, sans prémisse cachée. Si la Loi est vraie (P1) et la démonstration aussi (P2), elles ne peuvent pas se contredire (P3) : un désaccord ne peut venir que d'une lecture trop littérale du texte. Tout le poids repose sur deux prémisses. P1 : un incroyant ne l'accorde pas, mais Averroès écrit comme juge, pour des musulmans. P2 : encore faut-il que ce qu'on appelle « démonstration » en soit vraiment une. C'est là qu'attaque al-Ghazali : selon lui, les philosophes ne démontrent rien de ce qu'ils avancent sur Dieu et le monde.
Analogie. Un témoin sûr et une photo nette montrent la même scène. Si le témoin semble dire autre chose que la photo, tu ne jettes ni l'un ni l'autre : tu te demandes si tu as bien compris ses mots, peut-être une façon de parler. Encore faut-il être sûr que la photo est nette : c'est la question de P2.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Objection anticipée par Averroès attaque la conclusion

Les musulmans sont unanimes à prendre certains textes dans leur sens apparent. Si une démonstration oblige à les interpréter autrement, on rompt l'accord unanime de la communauté (l'ijma'), et celui qui le rompt peut être accusé d'incroyance.

Averroès répond
Averroès
Si l'accord unanime était établi de façon certaine, on ne pourrait pas interpréter contre lui ; mais s'il n'est que présumé, on le peut. Or, sur les questions de doctrine, il ne peut jamais être établi de façon certaine : il faudrait connaître tous les savants d'une époque et l'avis de chacun, et être sûr qu'aucun ne jugeait que certains sens doivent rester réservés aux savants. Or beaucoup, dès les premiers temps de l'islam, le jugeaient.
Le débat continue (notre résumé) La réponse protège le savant qui interprète, et Averroès s'appuie ici sur al-Ghazali lui-même, qui jugeait qu'on ne peut pas déclarer à coup sûr incroyant celui qui s'écarte du consensus dans ce genre d'interprétation. Mais Averroès garde des limites : sur les principes de la religion (Dieu, la prophétie, la vie future), nier le sens du texte est de l'incroyance ; et il interdit de divulguer les interprétations savantes à la foule.
Al-Ghazali 1095 · attaque la prémisse 2

Les philosophes prétendent démontrer, mais dans leur métaphysique ils ne respectent aucune des conditions de la démonstration qu'ils ont eux-mêmes posées dans leur logique. Leurs « démonstrations » sur Dieu et sur le monde ne valent pas mieux que des opinions. Et sur trois points (le monde éternel, un Dieu qui ne connaîtrait pas les choses particulières, le refus de la résurrection des corps), ils contredisent la religion : il faut les déclarer incroyants.

Averroès répond
Averroès
Sur les trois points, al-Ghazali se trompe sur les philosophes. Pour eux, la vie après la mort est une question de recherche. Ils ne disent pas que Dieu ignore les choses particulières. Et ce qu'ils appellent « éternité du monde » n'a pas le sens pour lequel les théologiens les accusent d'incroyance.
Le débat continue (notre résumé) Sur la démonstration, Averroès accorde une partie du reproche : il juge lui-même que, sur certains points, ce qu'Avicenne et d'autres philosophes de l'islam ont établi ne relève que de l'opinion, et que les vraies démonstrations sont chez Aristote. La question reste donc ouverte pour P2 : qui décide de ce qui est vraiment démontré ? Un critique dira que l'argument suppose qu'on sait toujours reconnaître une démonstration.
L
Les adversaires de l'« averroïsme latin » (Paris, XIIIe siècle) 1277 · attaque la prémisse 3

Des maîtres de Paris, lecteurs d'Averroès, enseignent que la raison conclut nécessairement des choses que la foi nie, par exemple que le monde est éternel. Cela revient à dire qu'une chose peut être vraie selon la philosophie et fausse selon la foi : deux vérités contraires. Et si les savants ont un sens caché et la foule le sens apparent, n'est-ce pas déjà deux vérités, une pour chaque public ?

Averroès répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Averroès Réponse anticipée d'Averroès
Il n'y a pas deux vérités, mais une vérité et ses images. Pour les choses que seule la démonstration fait connaître, Dieu a donné à ceux qui n'ont pas accès à la démonstration des images et des symboles. C'est pourquoi la Loi a un sens apparent et un sens intérieur : le sens apparent, ce sont ces images ; le sens intérieur, ce sont les réalités qu'elles représentent, qui n'apparaissent clairement qu'aux hommes de démonstration.
Le débat continue (notre résumé) En 1277, l'évêque de Paris condamne des maîtres qui diraient des choses vraies « selon la philosophie, mais non selon la foi catholique, comme s'il y avait deux vérités contraires ». Aucun texte d'Averroès ne soutient cette thèse, et les historiens doutent que Siger de Brabant l'ait soutenue telle quelle. Une difficulté demeure pourtant : Averroès demande que la foule croie le sens apparent et interdit de lui révéler les interprétations. Ses critiques y voient un double langage, sinon une double vérité.