La vérité ne contredit pas la vérité
Le Discours décisif : accord de la religion et de la philosophie
Une démonstration ne contredit jamais vraiment la Loi. Quand elle contredit le sens apparent d'un texte, c'est que ce sens apparent n'est pas le vrai sens : il faut l'interpréter, selon les règles de la langue arabe.
Deux vérités ne peuvent se contredire : si la Loi et la démonstration semblent en désaccord, le texte a un autre sens que l'apparent.
« La vérité ne contredit pas la vérité » est un argument d'Averroès (Discours décisif, §3-14 (1179), 1179) sur la question « Faut-il croire sans preuve ? » (réponse : la foi et la raison s'accordent). Sa thèse : Une démonstration ne contredit jamais vraiment la Loi. Quand elle contredit le sens apparent d'un texte, c'est que ce sens apparent n'est pas le vrai sens : il faut l'interpréter, selon les règles de la langue arabe. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Au XIIe siècle, en al-Andalus, la philosophie grecque est suspecte : al-Ghazali a accusé les philosophes d'incroyance. Averroès est juge (cadi), et il répond en juriste. D'abord, le Coran ordonne de réfléchir sur l'univers par la raison, et la meilleure façon de raisonner est la démonstration : étudier la philosophie, même dans les livres des Anciens qui n'étaient pas musulmans, est donc un devoir pour qui en est capable. Ensuite, cette philosophie peut-elle contredire la religion ? Non, répond-il, et voici pourquoi.
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Objections
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Objection anticipée par Averroès attaque la conclusionLes musulmans sont unanimes à prendre certains textes dans leur sens apparent. Si une démonstration oblige à les interpréter autrement, on rompt l'accord unanime de la communauté (l'ijma'), et celui qui le rompt peut être accusé d'incroyance.
Averroès répond
Les musulmans sont unanimes à prendre certains textes dans leur sens apparent. Si une démonstration oblige à les interpréter autrement, on rompt l'accord unanime de la communauté (l'ijma'), et celui qui le rompt peut être accusé d'incroyance.
Al-Ghazali 1095 · attaque la prémisse 2Les philosophes prétendent démontrer, mais dans leur métaphysique ils ne respectent aucune des conditions de la démonstration qu'ils ont eux-mêmes posées dans leur logique. Leurs « démonstrations » sur Dieu et sur le monde ne valent pas mieux que des opinions. Et sur trois points (le monde éternel, un Dieu qui ne connaîtrait pas les choses particulières, le refus de la résurrection des corps), ils contredisent la religion : il faut les déclarer incroyants.
Averroès répond
Les philosophes prétendent démontrer, mais dans leur métaphysique ils ne respectent aucune des conditions de la démonstration qu'ils ont eux-mêmes posées dans leur logique. Leurs « démonstrations » sur Dieu et sur le monde ne valent pas mieux que des opinions. Et sur trois points (le monde éternel, un Dieu qui ne connaîtrait pas les choses particulières, le refus de la résurrection des corps), ils contredisent la religion : il faut les déclarer incroyants.
LLes adversaires de l'« averroïsme latin » (Paris, XIIIe siècle) 1277 · attaque la prémisse 3Des maîtres de Paris, lecteurs d'Averroès, enseignent que la raison conclut nécessairement des choses que la foi nie, par exemple que le monde est éternel. Cela revient à dire qu'une chose peut être vraie selon la philosophie et fausse selon la foi : deux vérités contraires. Et si les savants ont un sens caché et la foule le sens apparent, n'est-ce pas déjà deux vérités, une pour chaque public ?
Averroès répond
Des maîtres de Paris, lecteurs d'Averroès, enseignent que la raison conclut nécessairement des choses que la foi nie, par exemple que le monde est éternel. Cela revient à dire qu'une chose peut être vraie selon la philosophie et fausse selon la foi : deux vérités contraires. Et si les savants ont un sens caché et la foule le sens apparent, n'est-ce pas déjà deux vérités, une pour chaque public ?