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Dieu existe-t-il ?AthéismeParler de Dieu

Parler de Dieu n'a pas de sens

Le non-cognitivisme (le critère de vérification)

Alfred Jules Ayer 1910 · 1989Une phrase qu'aucune expérience ne peut vérifier n'a pas de sens, et « Dieu existe » en fait partie.
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Ce qu'il soutient

« Dieu existe » n'est ni vrai ni faux, et il n'y a rien à croire : le croyant ne dit rien de faux, mais il ne dit rien sur le monde. (« Dieu n'existe pas » n'a pas plus de sens.)

Pourquoi

Une phrase n'a de sens que si elle est vraie par définition ou vérifiable par l'observation ; « Dieu existe » n'est ni l'un ni l'autre.

La même idée à travers l'histoire
Ludwig Wittgenstein1921Le Tractatus trace la limite de ce qui peut se dire : les faits du monde. Ce qui touche à Dieu, à la valeur et au sens de la vie est au-delà. Mais pour Wittgenstein cet indicible compte beaucoup ; pour Ayer, il n'y a rien derrière.
Alfred Jules Ayer1936Ayer, à 25 ans, fait connaître en anglais les idées du Cercle de Vienne : une phrase qu'aucune expérience ne peut vérifier n'est ni vraie ni fausse, et « Dieu existe » en fait partie.
Antony Flew1950Flew remplace « vérifier » par « réfuter » : une affirmation que rien ne pourrait démentir n'affirme plus rien. C'est la parabole du jardinier invisible.
En bref

« Parler de Dieu n'a pas de sens » est un argument d'Alfred Jules Ayer (Langage, vérité et logique, ch. VI (1936), 1936) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : « Dieu existe » n'est ni vrai ni faux, et il n'y a rien à croire : le croyant ne dit rien de faux, mais il ne dit rien sur le monde. (« Dieu n'existe pas » n'a pas plus de sens.). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Langage, vérité et logique, ch. VI (1936)
Valide avec une prémisse implicite

Les autres arguments demandent si Dieu existe. Ayer pose une question avant celle-là : la phrase « Dieu existe » veut-elle seulement dire quelque chose ? Pour lui, une phrase sur le monde n'a de sens que si une expérience pourrait, au moins en principe, la rendre plus ou moins probable. Or le croyant parle d'un être au-delà de toute expérience. Sa phrase n'est donc ni vraie ni fausse : elle ne dit rien. Attention : Ayer refuse d'être appelé athée ou agnostique. Dire « Dieu n'existe pas » n'aurait pas plus de sens, et l'agnostique se trompe aussi en croyant que la question est réelle. Nous rangeons pourtant l'argument du côté de l'athéisme, au sens large du site (« aucune bonne raison d'y croire ») : si Ayer a raison, il n'y a rien à croire du tout.

P1Une phrase n'a de sens littéral (elle n'est vraie ou fausse) que si elle est vraie par définition, comme « 2 + 2 = 4 », ou si l'on sait quelles observations pourraient la confirmer ou la démentir.
P2« Dieu existe » n'est pas vraie par définition : on ne peut pas démontrer l'existence de Dieu à partir de simples définitions.
P3Aucune observation ne pourrait la confirmer ni la démentir : si « Dieu existe » voulait seulement dire « la nature est régulière », le croyant protesterait. Il parle d'un être au-delà de toute expérience.
P4 · prémisse impliciteOn ne peut avoir aucune raison de tenir pour vraie une phrase qui n'est ni vraie ni fausse : là où rien n'est affirmé, il n'y a rien à croire.
Donc « Dieu existe » n'est ni vrai ni faux, et il n'y a rien à croire : le croyant ne dit rien de faux, mais il ne dit rien sur le monde. (« Dieu n'existe pas » n'a pas plus de sens.)

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où « Dieu existe » n'a pas de sens littéral, mais où l'on garderait une raison de « croire » : par exemple si croire en Dieu n'était pas tenir une phrase pour vraie, mais adopter une attitude, une confiance (c'est la piste de Mitchell, plus bas).
P1, P2 et P3 suffisent pour conclure que « Dieu existe » n'a pas de sens littéral : c'est un raisonnement par élimination (ni vrai par définition, ni vérifiable, donc dénué de sens). P4 ajoute le pas vers « rien à croire ». Ayer ne l'écrit pas ainsi : il dit seulement que le croyant ne peut être accusé ni de dire faux ni de manquer de preuves, puisqu'il ne dit rien. Tout le débat porte sur P1 (le critère est-il juste ?) et sur P3 (aucune expérience, vraiment, même après la mort ?).
Analogie. « Le néant néantise » (Heidegger), « le temps dort sous le monde » : ces phrases ont une belle grammaire, mais personne ne peut dire ce qui changerait dans le monde si elles étaient vraies. Pour Ayer, « Dieu existe » est du même genre. Le croyant répondra : je sais très bien ce qui changerait, tout.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

O
Objection classique contre le positivisme logique attaque la prémisse 1

Le critère se réfute lui-même. La phrase « une phrase n'a de sens que si elle est vraie par définition ou vérifiable » n'est pas vraie par définition, et aucune observation ne pourrait la vérifier. D'après sa propre règle, elle n'a donc pas de sens.

Ayer répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
A. J. Ayer 1946 · Réponse d'Ayer (2e édition, 1946)
Le critère n'est pas une affirmation sur le monde, qui devrait passer son propre test. C'est une définition : elle fixe ce qu'on appellera « avoir un sens littéral », comme les phrases de la science et du bon sens. Elle n'est pas arbitraire, mais elle n'a pas à être vérifiée par l'expérience.
A. J. Ayer 1946 · Ce qu'Ayer concède aussitôt
Mais une définition, on peut la refuser. Ayer l'admet dans la même page : il lui semble peu probable qu'un métaphysicien se laisse convaincre ainsi. Le critère devient une méthode qu'on propose, plus une preuve qui oblige.
Le débat continue (notre résumé) Si le critère n'est qu'une définition, le croyant peut en proposer une autre, plus large, où « Dieu existe » a un sens. Le débat ne porte plus sur la logique mais sur le choix de la meilleure définition du sens. La plupart des philosophes ont fini par abandonner le critère sous sa forme stricte.
Richard Swinburne 1977 · attaque la prémisse 1

Nous comprenons très bien des phrases que rien ne pourrait vérifier. Son exemple : la nuit, quand personne ne regarde, des jouets sortent du placard, dansent, puis y retournent sans laisser aucune trace. Aucune observation ne peut la confirmer, et pourtant chacun sait ce qu'elle veut dire, et qu'elle est sans doute fausse. Si elle a un sens, « Dieu existe » peut en avoir un aussi.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1977, après sa mort (1989).
Le débat continue (notre résumé) Un vérificationniste répondrait que la phrase sur les jouets se comprend parce que ses mots désignent des choses qu'on peut voir (des jouets, une danse). « Un esprit sans corps, partout présent » n'a pas cet appui. Le théiste répondra que l'on comprend aussi des mots comme « esprit » ou « présent » à partir de notre propre expérience, et qu'on peut les étendre.
J
John Hick 1960 · attaque la prémisse 3

« Dieu existe » est vérifiable en principe, mais plus tard : après la mort. Deux voyageurs marchent sur la même route. L'un croit qu'elle mène à une Cité céleste, l'autre qu'elle ne mène nulle part. Pendant le voyage, aucune observation ne les départage. Mais au dernier tournant, l'un des deux aura eu raison. La phrase ne peut pas être démentie si elle est fausse, mais elle peut être confirmée si elle est vraie : cela suffit pour qu'elle ait un sens.

Ayer répond
K
Kai Nielsen 1963
La vérification après la mort ne règle rien. Même si je survivais et vivais des expériences étranges, comment saurais-je que je rencontre un être infini, tout-puissant, partout présent ? Ces qualités ne s'observent pas. Pour vérifier « Dieu existe », il faudrait d'abord savoir à quoi l'on reconnaîtrait Dieu, et c'est justement ce qui manque.
J
John Hick 1960 · Réponse anticipée de Hick (même article)
Hick pose lui-même la question : comment saurait-on que c'est Dieu qu'on a rencontré ? Sa réponse : le chrétien n'attend pas la rencontre d'un infini abstrait, mais deux expériences ensemble, la réalisation du projet de Dieu pour lui et la communion avec Dieu tel qu'il s'est fait connaître dans le Christ. C'est ce second point qui permet de le reconnaître.
Le débat continue (notre résumé) Pour les critiques, la réponse de Hick déplace le problème : elle suppose déjà que le Christ révèle Dieu, ce qui est justement en question. Et elle ne vaut que pour le croyant chrétien. Hick l'admet : la foi pourrait être vérifiée pour celui qui la vit, sans jamais être prouvée à celui qui ne croit pas.
Basil Mitchell (réponse à Flew) 1955 · attaque la prémisse 3

Flew demandait au croyant : qu'est-ce qui devrait arriver pour que tu admettes que Dieu n'existe pas, ou ne t'aime pas ? Mitchell répond par une autre parabole. En temps de guerre, un résistant rencontre un Étranger qui lui affirme être le chef de la Résistance, et lui fait confiance. Ensuite, il voit parfois l'Étranger aider les résistants, parfois aider l'ennemi. Ces faits pèsent contre sa confiance, et il le reconnaît. Mais il ne les laisse pas peser de façon décisive, parce qu'il a des raisons de faire confiance. Le croyant fait de même avec le mal : il admet que cela compte contre sa foi, sans l'abandonner. Sa phrase n'est donc pas vide.

Ayer répond
Antony Flew 1950 · La question de Flew, qui reste posée
Flew avait formulé le problème avec sa parabole du jardinier invisible. Le croyant ajoute sans cesse des précisions (invisible, intangible, sans odeur, qui ne fait aucun bruit) jusqu'à ce que son affirmation ne se distingue plus de rien : « en quoi ce jardinier invisible, intangible, éternellement insaisissable diffère-t-il d'un jardinier imaginaire, ou même d'aucun jardinier du tout ? »
Le débat continue (notre résumé) On peut répondre que dans la parabole de Mitchell, l'Étranger est un homme qu'on a rencontré : on sait ce qui prouverait sa trahison. Pour Dieu, le croyant doit encore dire ce qui compterait de façon décisive. Mitchell, lui, montre surtout que la foi ressemble moins à une hypothèse qu'à une confiance envers quelqu'un.