Parler de Dieu n'a pas de sens
Le non-cognitivisme (le critère de vérification)
« Dieu existe » n'est ni vrai ni faux, et il n'y a rien à croire : le croyant ne dit rien de faux, mais il ne dit rien sur le monde. (« Dieu n'existe pas » n'a pas plus de sens.)
Une phrase n'a de sens que si elle est vraie par définition ou vérifiable par l'observation ; « Dieu existe » n'est ni l'un ni l'autre.
« Parler de Dieu n'a pas de sens » est un argument d'Alfred Jules Ayer (Langage, vérité et logique, ch. VI (1936), 1936) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : athéisme). Sa thèse : « Dieu existe » n'est ni vrai ni faux, et il n'y a rien à croire : le croyant ne dit rien de faux, mais il ne dit rien sur le monde. (« Dieu n'existe pas » n'a pas plus de sens.). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Les autres arguments demandent si Dieu existe. Ayer pose une question avant celle-là : la phrase « Dieu existe » veut-elle seulement dire quelque chose ? Pour lui, une phrase sur le monde n'a de sens que si une expérience pourrait, au moins en principe, la rendre plus ou moins probable. Or le croyant parle d'un être au-delà de toute expérience. Sa phrase n'est donc ni vraie ni fausse : elle ne dit rien. Attention : Ayer refuse d'être appelé athée ou agnostique. Dire « Dieu n'existe pas » n'aurait pas plus de sens, et l'agnostique se trompe aussi en croyant que la question est réelle. Nous rangeons pourtant l'argument du côté de l'athéisme, au sens large du site (« aucune bonne raison d'y croire ») : si Ayer a raison, il n'y a rien à croire du tout.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où « Dieu existe » n'a pas de sens littéral, mais où l'on garderait une raison de « croire » : par exemple si croire en Dieu n'était pas tenir une phrase pour vraie, mais adopter une attitude, une confiance (c'est la piste de Mitchell, plus bas).
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
OObjection classique contre le positivisme logique attaque la prémisse 1Le critère se réfute lui-même. La phrase « une phrase n'a de sens que si elle est vraie par définition ou vérifiable » n'est pas vraie par définition, et aucune observation ne pourrait la vérifier. D'après sa propre règle, elle n'a donc pas de sens.
Ayer répond
Le critère se réfute lui-même. La phrase « une phrase n'a de sens que si elle est vraie par définition ou vérifiable » n'est pas vraie par définition, et aucune observation ne pourrait la vérifier. D'après sa propre règle, elle n'a donc pas de sens.
Richard Swinburne 1977 · attaque la prémisse 1Nous comprenons très bien des phrases que rien ne pourrait vérifier. Son exemple : la nuit, quand personne ne regarde, des jouets sortent du placard, dansent, puis y retournent sans laisser aucune trace. Aucune observation ne peut la confirmer, et pourtant chacun sait ce qu'elle veut dire, et qu'elle est sans doute fausse. Si elle a un sens, « Dieu existe » peut en avoir un aussi.
sans réponse
Nous comprenons très bien des phrases que rien ne pourrait vérifier. Son exemple : la nuit, quand personne ne regarde, des jouets sortent du placard, dansent, puis y retournent sans laisser aucune trace. Aucune observation ne peut la confirmer, et pourtant chacun sait ce qu'elle veut dire, et qu'elle est sans doute fausse. Si elle a un sens, « Dieu existe » peut en avoir un aussi.
JJohn Hick 1960 · attaque la prémisse 3« Dieu existe » est vérifiable en principe, mais plus tard : après la mort. Deux voyageurs marchent sur la même route. L'un croit qu'elle mène à une Cité céleste, l'autre qu'elle ne mène nulle part. Pendant le voyage, aucune observation ne les départage. Mais au dernier tournant, l'un des deux aura eu raison. La phrase ne peut pas être démentie si elle est fausse, mais elle peut être confirmée si elle est vraie : cela suffit pour qu'elle ait un sens.
Ayer répond
« Dieu existe » est vérifiable en principe, mais plus tard : après la mort. Deux voyageurs marchent sur la même route. L'un croit qu'elle mène à une Cité céleste, l'autre qu'elle ne mène nulle part. Pendant le voyage, aucune observation ne les départage. Mais au dernier tournant, l'un des deux aura eu raison. La phrase ne peut pas être démentie si elle est fausse, mais elle peut être confirmée si elle est vraie : cela suffit pour qu'elle ait un sens.
Basil Mitchell (réponse à Flew) 1955 · attaque la prémisse 3Flew demandait au croyant : qu'est-ce qui devrait arriver pour que tu admettes que Dieu n'existe pas, ou ne t'aime pas ? Mitchell répond par une autre parabole. En temps de guerre, un résistant rencontre un Étranger qui lui affirme être le chef de la Résistance, et lui fait confiance. Ensuite, il voit parfois l'Étranger aider les résistants, parfois aider l'ennemi. Ces faits pèsent contre sa confiance, et il le reconnaît. Mais il ne les laisse pas peser de façon décisive, parce qu'il a des raisons de faire confiance. Le croyant fait de même avec le mal : il admet que cela compte contre sa foi, sans l'abandonner. Sa phrase n'est donc pas vide.
Ayer répond
Flew demandait au croyant : qu'est-ce qui devrait arriver pour que tu admettes que Dieu n'existe pas, ou ne t'aime pas ? Mitchell répond par une autre parabole. En temps de guerre, un résistant rencontre un Étranger qui lui affirme être le chef de la Résistance, et lui fait confiance. Ensuite, il voit parfois l'Étranger aider les résistants, parfois aider l'ennemi. Ces faits pèsent contre sa confiance, et il le reconnaît. Mais il ne les laisse pas peser de façon décisive, parce qu'il a des raisons de faire confiance. Le croyant fait de même avec le mal : il admet que cela compte contre sa foi, sans l'abandonner. Sa phrase n'est donc pas vide.