L'autorité du cordonnier : on accepte une autorité qu'on choisit, pas celle qu'on nous impose
L'autorité du cordonnier
Aucune autorité politique fixe, comme celle de l'État, n'est légitime : seule l'est l'autorité des compétences, librement acceptée, limitée et révocable.
On s'en remet au cordonnier parce qu'on le choisit et qu'on peut le contrôler ; une autorité fixe et imposée n'a pas cette base.
« L'autorité du cordonnier : on accepte une autorité qu'on choisit, pas celle qu'on nous impose » est un argument de Mikhaïl Bakounine (Bakounine, Dieu et l'État (écrit en 1871, publié en 1882), 1871) sur la question « Faut-il toujours obéir à la loi ? » (réponse : pas de maître). Sa thèse : Aucune autorité politique fixe, comme celle de l'État, n'est légitime : seule l'est l'autorité des compétences, librement acceptée, limitée et révocable. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Bakounine, qui refuse Dieu et l'État, se heurte à une objection évidente : alors vous refusez toute autorité ? Il répond par un exemple de la vie ordinaire. Pour des bottes, je m'en remets au cordonnier ; pour une maison, à l'architecte. Mais je ne me laisse imposer ni l'un ni l'autre : je les écoute librement, je compare, je garde mon droit de critique. Ce qui est légitime, c'est l'autorité qu'on choisit, qu'on peut contrôler et qui ne dure que le temps du besoin. Ce qui ne l'est pas, c'est l'autorité fixe, constante, universelle, comme celle d'un État. Le texte a été publié après la mort de l'auteur, sous un titre choisi par ses éditeurs. La forme P1 à P4 → C est notre reconstruction.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le critère du cordonnier ne vaut pas pour l'État : par exemple parce que l'État assure une coordination (la circulation, le droit) qu'aucun choix individuel ne peut remplacer. C'est ce que lui objectent Raz et Engels.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
FFriedrich Engels 1872 · attaque la prémisse 4Engels s'en prend aux « antiautoritaires » : dans la grande industrie, la production dépend d'actions combinées, donc d'organisation, donc d'autorité. Dans une filature de coton, les ouvriers doivent s'entendre sur les heures de travail, puis les respecter tous, sans exception. Vouloir abolir l'autorité dans la grande industrie revient à vouloir abolir l'industrie elle-même. Il en conclut qu'une société sans autorité est impossible.
Bakounine répond
Engels s'en prend aux « antiautoritaires » : dans la grande industrie, la production dépend d'actions combinées, donc d'organisation, donc d'autorité. Dans une filature de coton, les ouvriers doivent s'entendre sur les heures de travail, puis les respecter tous, sans exception. Vouloir abolir l'autorité dans la grande industrie revient à vouloir abolir l'industrie elle-même. Il en conclut qu'une société sans autorité est impossible.
JJoseph Raz 1985 · attaque la conclusionRaz défend la « conception de service » de l'autorité : une autorité est légitime quand, en suivant ses directives, on se conforme mieux aux raisons qui s'appliquent à nous qu'en agissant de soi-même. Cette conception ressemble au cordonnier de Bakounine. Mais elle s'applique aussi à un État pour des questions de coordination (la circulation, les normes), où personne ne peut remplacer une règle commune. L'État peut donc être légitime dans ces cas, sans être fixe en tout (notre résumé).
un défenseur répond
Raz défend la « conception de service » de l'autorité : une autorité est légitime quand, en suivant ses directives, on se conforme mieux aux raisons qui s'appliquent à nous qu'en agissant de soi-même. Cette conception ressemble au cordonnier de Bakounine. Mais elle s'applique aussi à un État pour des questions de coordination (la circulation, les normes), où personne ne peut remplacer une règle commune. L'État peut donc être légitime dans ces cas, sans être fixe en tout (notre résumé).
Platon 375 av. J.-C. · attaque la prémisse 3Dans la République, Platon (par la voix de Socrate) affirme que les maux des cités ne cesseront que si les philosophes deviennent rois, ou si les rois deviennent de vrais philosophes. Gouverner demande un savoir, comme un art : il faut donc confier le pouvoir à ceux qui savent. C'est le raisonnement du cordonnier appliqué à l'État.
Bakounine répond
Dans la République, Platon (par la voix de Socrate) affirme que les maux des cités ne cesseront que si les philosophes deviennent rois, ou si les rois deviennent de vrais philosophes. Gouverner demande un savoir, comme un art : il faut donc confier le pouvoir à ceux qui savent. C'est le raisonnement du cordonnier appliqué à l'État.