QuestionsQu'est-ce que l'amour ?L'amour authentique est la reconnaissance de deux libertés, pas une démission
Qu'est-ce que l'amour ?Une rencontre de libertés

L'amour authentique est la reconnaissance de deux libertés, pas une démission

L'amour authentique (Beauvoir)

Simone de Beauvoir 1908 · 1986On ne naît pas femme : on le devient.
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Ce qu'il soutient

L'amour de la femme qui se perd en l'homme est une démission et non un amour authentique. Le jour où la femme pourra aimer « dans sa force et non dans sa faiblesse », l'amour deviendra pour elle, comme pour l'homme, source de vie et non mortel danger.

Pourquoi

Celle qui se perd dans l'homme pour se sauver échoue : il faut que deux libertés se reconnaissent, sans que l'une s'abandonne.

En bref

« L'amour authentique est la reconnaissance de deux libertés, pas une démission » est un argument de Simone de Beauvoir (Le Deuxième Sexe, 1949, t. II, « La femme amoureuse », 1947) sur la question « Qu'est-ce que l'amour ? » (réponse : une rencontre de libertés). Sa thèse : L'amour de la femme qui se perd en l'homme est une démission et non un amour authentique. Le jour où la femme pourra aimer « dans sa force et non dans sa faiblesse », l'amour deviendra pour elle, comme pour l'homme, source de vie et non mortel danger. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Le Deuxième Sexe, 1949, t. II, « La femme amoureuse »
Valide avec une prémisse implicite

Dans « La femme amoureuse », Beauvoir décrit une amoureuse qui met tout ce qu'elle est au service d'un homme. Elle fait de lui un dieu : il est « divin » s'il dit oui, « mesquin » s'il dit non, et il ne peut jamais être simplement un homme. Elle ne garde plus rien pour elle : elle se perd en lui pour se trouver, dit Beauvoir, et le résultat est qu'elle s'y perd pour de bon. Beauvoir n'appelle pas cela de l'amour, mais une démission. Un amour authentique, écrit-elle, reposerait sur la reconnaissance réciproque de deux libertés. Attention : elle décrit l'amour de son époque, dans une société où les femmes n'avaient guère d'autre moyen de se justifier que par un homme. Elle ne condamne pas l'amour, elle dit comment il pourrait devenir « source de vie et non mortel danger ».

P1La femme amoureuse cherche à se justifier et à se sauver par l'amour, et pour cela elle commence par se perdre en l'homme : elle subordonne sa liberté à la sienne et se fait sa vassale et son esclave.
P2Elle fait de lui un dieu, c'est-à-dire un être qui n'a plus le droit d'être humain, faible ou fatigué. Un dieu déchu n'est pas un homme, c'est une imposture.
P3Cet amour ne peut pas réussir : si elle fait de lui une idole, elle détruit son idole en gagnant la partie, et si elle la perd, elle se perd elle-même. Il n'y a pas de salut.
P4L'amour authentique devrait être fondé sur la reconnaissance réciproque de deux libertés : aucun des amants n'abdiquerait sa transcendance, aucun ne se mutilerait.
P5 · prémisse impliciteUn amour où l'une des deux personnes abdique sa liberté et fait de l'autre un absolu ne remplit pas cette condition : ce n'est pas un amour authentique.
Donc l'amour de la femme qui se perd en l'homme est une démission et non un amour authentique. Le jour où la femme pourra aimer « dans sa force et non dans sa faiblesse », l'amour deviendra pour elle, comme pour l'homme, source de vie et non mortel danger.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où une personne se subordonne entièrement à une autre, fait d'elle un absolu, et où pourtant cela reste un amour authentique : par exemple si elle choisissait librement, en connaissance de cause, de se dévouer ainsi.
Valide avec P5, qui relie la description (P1 à P3) à la norme (P4). Sans P5, on sait comment aime la femme amoureuse et ce que serait un amour authentique, mais pas que le premier n'est pas le second. Pour résister à l'argument, il faut nier P4 (l'amour n'a pas besoin de réciprocité entre égaux : on peut aimer en se donnant sans compter) ou nier P1 à P3 (ce tableau n'est pas ce que vivent les amoureuses). Une lecture attentive remarque aussi que Beauvoir fait deux choses en un : elle décrit un fait social (ce que la société fait de l'amour des femmes) et elle propose une norme (la réciprocité).
Analogie. Deux alpinistes encordés avancent ensemble. Chacun tient l'autre sans le porter, et chacun garde ses pieds sur la roche. Si l'un lâche prise et se laisse hisser, la cordée tient encore un moment, mais ce n'est plus une cordée à deux : c'est un poids. Beauvoir dit que l'amour authentique est la première cordée.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Jean-Paul Sartre 1943 · attaque la prémisse 4

Dans L'Être et le Néant, Sartre décrit les amants comme deux libertés dont chacune veut se faire aimer par l'autre. Il y voit une contradiction : chacun est captif de l'autre en tant qu'il veut se faire aimer par lui, et en même temps exige de l'autre un amour qui ne se réduise pas au projet d'être aimé. Si c'est la structure de l'amour, deux libertés peuvent s'aimer, mais pas se reconnaître sans conflit.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Beauvoir dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Beauvoir ne répond pas à Sartre dans ce passage. Son idéal (deux libertés qui dévoilent ensemble des valeurs et des fins dans le monde) change le but de l'amour : on ne vise plus seulement à être aimé, on forme un projet commun. Cette lecture est la nôtre, et Sartre pourrait répondre que cela revient à ne plus être dans l'amour tel qu'il l'a décrit.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond est de savoir si le conflit tient à la structure de l'amour (Sartre) ou à la manière dont on aime (Beauvoir). Point ouvert, notre résumé.
S
Shulamith Firestone 1970 · attaque la conclusion

Dans The Dialectic of Sex (1970), au chapitre « Love », Firestone reprend l'analyse de Beauvoir : l'amour est au cœur de l'oppression des femmes. Mais elle n'en tire pas que les femmes doivent simplement aimer autrement. Pour elle, l'amour est faussé tant que les deux sexes ne sont pas égaux, et le changement doit être celui de la société, pas seulement celui du comportement de chacune. Résumé de sa thèse : nous n'avons pas pu lire le texte.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Beauvoir dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Beauvoir termine par « le jour où il sera possible à la femme d'aimer dans sa force » : elle fait donc déjà dépendre l'amour authentique d'une condition qui ne vient pas seulement de la femme. Les deux ne sont pas opposées sur ce point, mais Firestone insiste sur le changement des structures. Notre lecture.
Où en est le débat (notre résumé)Les féministes discutent encore de savoir si l'amour peut être réformé à l'intérieur de la société telle qu'elle est, ou si cela demande de changer d'abord les rapports entre les sexes. Question ouverte.
b
bell hooks 2000 · attaque la conclusion

Dans All About Love (2000), hooks traite l'amour comme une pratique que tous peuvent apprendre, hommes et femmes : soin, respect, engagement, confiance, honnêteté. Dans cette vision, l'amour et la domination ne vont pas ensemble, et il n'y a pas à choisir entre se donner et s'affirmer. Elle voit chez les deux sexes la même confusion entre l'amour et le contrôle ou le sacrifice. Résumé de sa thèse : nous n'avons pas pu lire le texte.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 2000, après sa mort (1986).
Où en est le débat (notre résumé)Beauvoir et hooks s'accordent sur l'idéal d'un amour entre égaux. Elles diffèrent sur l'accent : le danger propre aux femmes (Beauvoir) ou une éthique de l'amour pour tous (hooks). Le désaccord porte sur la part à donner à la situation des femmes. Notre résumé.