QuestionsFaut-il faire des enfants ?La maternité n'est pas un destin : elle doit être un choix libre
Faut-il faire des enfants ?Ni devoir ni faute

La maternité n'est pas un destin : elle doit être un choix libre

La maternité choisie ; la femme n'est pas sa fonction de mère

Simone de Beauvoir 1908 · 1986On ne naît pas femme : on le devient.
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Ce qu'il soutient

La maternité ne doit pas être un destin imposé aux femmes, mais un choix libre, avec la contraception et l'avortement ; et une femme n'est pas définie par sa fonction de mère.

Pourquoi

Aucun instinct ne destine la femme à être mère ; ce qui engage toute une vie sans être un destin naturel doit être un choix libre.

En bref

« La maternité n'est pas un destin : elle doit être un choix libre » est un argument de Simone de Beauvoir (Le Deuxième Sexe, tome II, ch. « La mère » (1949), 1949) sur la question « Faut-il faire des enfants ? » (réponse : ni devoir ni faute). Sa thèse : La maternité ne doit pas être un destin imposé aux femmes, mais un choix libre, avec la contraception et l'avortement ; et une femme n'est pas définie par sa fonction de mère. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Le Deuxième Sexe, tome II, ch. « La mère » (1949)
Valide avec une prémisse implicite

Dans « La mère », Beauvoir ne dit pas qu'il ne faut pas avoir d'enfants. Elle dit que la société a fait de la maternité une obligation qui pèse sur les femmes seules, et qu'on ne peut parler de maternité libre que si les femmes décident de la vivre : ce qui suppose la contraception et l'avortement, interdits en France en 1949. Les deux premières prémisses sont dans notre corpus (chapitre « Enfance »). Les deux suivantes viennent du chapitre « La mère », qui n'est pas libre en ligne : nous le résumons sans le citer.

P1Aucun instinct mystérieux ne voue la fille à la maternité : si elle apparaît très tôt tournée vers elle, c'est que les autres interviennent presque dès la naissance et lui insufflent sa « vocation ».
P2Dans la vie d'une femme, le mariage et la maternité mettent en jeu toute sa destinée, alors que pour un homme le rôle de mari et de père n'est pas ce qui le préoccupe le plus : la société fait de la reproduction une fonction qui pèse sur les femmes seules.
P3Une maternité n'est libre que si la femme peut décider de l'avoir ou non : cela suppose le contrôle des naissances et l'avortement légal. Sans eux, la maternité est subie.
P4La femme n'est pas définie par sa fonction de mère : la maternité n'épuise pas son existence, et elle ne la comble pas d'elle-même. Elle se vit tout autrement selon qu'elle est choisie ou subie, et l'amour maternel n'est pas garanti d'avance.
P5 · prémisse impliciteCe qui n'est pas un destin naturel, mais engage toute la vie d'une personne, ne doit pas lui être imposé : cela doit relever de son choix libre.
Donc la maternité ne doit pas être un destin imposé aux femmes, mais un choix libre, avec la contraception et l'avortement ; et une femme n'est pas définie par sa fonction de mère.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve une situation où tout est vrai (pas d'instinct, une destinée engagée, la liberté demande la contraception) et où pourtant la société peut légitimement imposer la maternité, par exemple pour sa survie.
Valide avec P5, le principe qui relie le constat (pas de destin naturel, une vie engagée) à la conclusion (donc un choix libre). Beauvoir ne l'écrit pas comme une règle, mais tout le chapitre l'applique. Pour rejeter l'argument, il faut nier P1 ou P2 (la maternité vient en partie de la nature), ou P5 (on peut imposer un rôle qui sert la société, par exemple pour qu'elle continue d'exister).
Analogie. Un métier à vie assigné à la naissance, sans que personne ne vous le demande. Même un très beau métier pèserait comme une chaîne. Beauvoir ne dit pas que le métier est mauvais : elle dit qu'il doit pouvoir se choisir, et se refuser.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Mencius 300 av. J.-C. · attaque la conclusion

Parmi les fautes contre la piété filiale, ne pas avoir de descendance est la plus grave : avoir un enfant est un devoir envers ses parents et ses ancêtres. Ce n'est donc pas un simple choix personnel.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Beauvoir dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Beauvoir ne discute pas ce passage de Mencius dans nos extraits. Sa thèse vise un devoir qui pèserait sur les femmes seules ; le devoir confucéen vise les familles. Le désaccord de fond : un devoir envers la lignée peut-il l'emporter sur le choix d'une personne ?
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : si la valeur de la lignée et de la famille peut fonder un devoir de procréer. Aucun des deux textes ne répond à l'autre.
S
Sara Ruddick 1989 · attaque la prémisse 4

Élever des enfants est une pratique qui forme une pensée particulière (l'attention protectrice, le souci de la croissance de l'enfant), et qui mérite d'être reconnue et valorisée, y compris en politique. Beauvoir passe à côté de cette valeur si elle ne voit dans la maternité qu'une aliénation. Pour Ruddick, cette pratique n'est pas réservée aux femmes : un homme peut aussi l'exercer.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1989, après sa mort (1986).
Le débat continue (notre résumé) Beauvoir est morte en 1986 et n'a pas pu répondre à Maternal Thinking (1989). Notre résumé ne fait pas dire à Beauvoir que la maternité est seulement aliénante : elle demande qu'elle soit choisie. Ruddick et Beauvoir s'accordent sur ce point (la pratique ne vient pas d'un instinct) ; elles divergent sur sa valeur.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : faut-il d'abord libérer les femmes de la maternité imposée, ou valoriser la pratique de soin qui en naît ? Les deux ne s'excluent pas forcément.
Hans Jonas 1979 · attaque la conclusion

Il existe une responsabilité envers l'avenir de l'humanité : que des êtres humains continuent d'exister est la première exigence. Jonas donne la relation du parent à l'enfant comme modèle de la responsabilité. Si personne ne fait d'enfants, l'humanité s'éteint : la procréation ne peut donc pas être qu'une affaire de choix individuel.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Beauvoir dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Beauvoir n'a pas répondu à Jonas dans nos extraits. On peut noter qu'une humanité qui continue grâce à des enfants désirés ne contredit pas sa thèse, et que le passage d'une exigence collective à une obligation pour chaque personne reste à démontrer.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : un devoir de l'humanité envers son avenir se traduit-il en devoir pour chacun ? Point ouvert dans la littérature.