QuestionsFaut-il faire des enfants ?La première obligation est qu'il y ait une humanité
Faut-il faire des enfants ?Donner la vie est un bien

La première obligation est qu'il y ait une humanité

Le principe responsabilité ; l'impératif de Jonas ; le nouveau-né comme archétype de la responsabilité

Hans Jonas 1903 · 1993Pense une éthique pour l'âge de la technique : nous devons répondre de l'existence des hommes à venir.
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Ce qu'il soutient

Nous avons, collectivement, un devoir envers l'existence de l'humanité à venir : que de nouveaux hommes naissent et soient accueillis. Ce n'est pas un devoir pour chacun d'avoir des enfants.

Pourquoi

La technique peut détruire les conditions de vie humaine, donc la première obligation est que des hommes existent dans l'avenir.

En bref

« La première obligation est qu'il y ait une humanité » est un argument de Hans Jonas (Le Principe responsabilité, 1979, chap. 1, 2 et 4, 1979) sur la question « Faut-il faire des enfants ? » (réponse : donner la vie est un bien). Sa thèse : Nous avons, collectivement, un devoir envers l'existence de l'humanité à venir : que de nouveaux hommes naissent et soient accueillis. Ce n'est pas un devoir pour chacun d'avoir des enfants. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Le Principe responsabilité, 1979, chap. 1, 2 et 4
Valide avec une prémisse implicite

Hans Jonas écrit à l'époque de la bombe atomique et de la pollution industrielle. Son idée : pour la première fois, nos actes peuvent détruire les conditions mêmes d'une vie humaine sur terre. Il en tire une nouvelle règle, que l'on peut résumer ainsi : agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre. La première obligation est donc qu'il y ait une humanité. Pour faire comprendre ce qu'est une responsabilité, Jonas prend l'exemple du nouveau-né : par sa seule existence, fragile, il adresse un « tu dois » à ceux qui l'entourent. Attention : Jonas fonde un devoir envers l'existence de l'humanité, pas un devoir pour chaque personne d'avoir des enfants. Le devoir porte sur l'ensemble des générations ; il ne dit pas qui doit en avoir. Nous résumons ici ses idées sans les citer entre guillemets, car nous n'avons pas pu lire le texte.

P1La technique moderne donne à l'humanité le pouvoir de détruire ou de défigurer pour longtemps les conditions d'une vie humaine sur terre. Nos actes ont des effets lointains, que l'éthique d'autrefois ne regardait pas.
P2Dans cette situation, la première obligation est qu'il y ait une humanité : que des hommes existent dans l'avenir. Toutes les autres obligations en dépendent.
P3Le nouveau-né est le modèle de la responsabilité : un être fragile, qui ne peut rien exiger, mais dont l'existence même adresse un « tu dois » à ceux qui peuvent agir.
P4 · prémisse impliciteSi la première obligation est qu'il y ait une humanité, et si l'obligation modèle est celle que l'on a envers l'être fragile qui naît, alors nous devons, ensemble, répondre de la continuité des générations.
Donc nous avons, collectivement, un devoir envers l'existence de l'humanité à venir : que de nouveaux hommes naissent et soient accueillis. Ce n'est pas un devoir pour chacun d'avoir des enfants.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'humanité est menacée par nos techniques, où la première obligation est qu'elle existe, où le nouveau-né est le modèle de la responsabilité, mais où personne n'est pourtant tenu de répondre de la continuité des générations.
Avec ses quatre prémisses, l'argument est valide. Sans P4, il ne l'est plus : de « il faut qu'il y ait une humanité » on ne passe pas automatiquement à « nous devons répondre de la continuité des générations ». Jonas le pense, mais cette étape est celle que les objecteurs attaquent. La conclusion reste volontairement collective : elle ne dit pas qui doit avoir des enfants.
Analogie. Des randonneurs voient qu'une barque risque de couler avec tous les passagers. La première règle est qu'il y ait encore des passagers demain. Cette règle n'oblige pas chaque randonneur à ramer, mais elle oblige le groupe à ne pas laisser couler la barque. Jonas parle ainsi de l'humanité.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

David Benatar 2006 · attaque la conclusion

Résumé : selon Benatar, venir à l'existence est toujours un tort pour celui qui naît, car la douleur est mauvaise même s'il n'y a personne pour regretter l'absence de plaisir. Si c'est vrai, la continuité des générations n'est pas ce qu'il faut protéger : elle impose le mal d'exister à de nouveaux êtres. Il ajoute qu'une humanité qui s'éteindrait doucement ne serait pas un drame, puisque personne n'en souffrirait.

un défenseur répond
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 2006, après sa mort (1993).
E
Elizabeth Harman défenseur de l'argument · 2009
Résumé : Harman conteste que venir à l'existence soit un tort pour quelqu'un dont la vie vaut la peine d'être vécue. Si elle a raison, l'asymétrie de Benatar ne suffit pas à écarter le devoir de continuer l'humanité.
Où en est le débat (notre résumé)Le désaccord de fond porte sur la valeur de l'existence : une vie ordinaire vaut-elle d'être commencée ? Si oui, Jonas peut parler d'un devoir envers l'avenir ; si non, il n'y a rien à protéger.
Derek Parfit 1984 · attaque la prémisse 4

Résumé : Parfit examine ce qui arrive quand on tient pour un devoir de faire exister plus de personnes dont la vie vaut d'être vécue. Si l'on additionne les biens, on arrive à la conclusion répugnante : une immense population dont les vies sont à peine heureuses serait meilleure qu'une population plus petite et très heureuse. Un devoir envers l'existence future doit donc dire jusqu'où il va, sous peine de conduire à des conséquences que presque personne n'accepte.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Jonas dans ses textes.
Où en est le débat (notre résumé)Jonas ne demande pas de maximiser le nombre d'humains, mais que l'humanité continue à vivre de façon authentiquement humaine. Point ouvert : la conclusion répugnante est un problème pour les théories qui additionnent les biens, et Parfit lui-même n'a pas trouvé de solution jugée satisfaisante par tous.
S
Seth Wynes et Kimberly Nicholas 2017 · attaque la conclusion

Dans un article sur les gestes individuels qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre, les auteurs comptent parmi les actions les plus efficaces d'avoir un enfant de moins. Certains en tirent un argument en faveur d'avoir moins d'enfants ; d'autres le contestent. Nous ne prenons pas parti : cet argument s'appuie, comme celui de Jonas, sur la protection des conditions de la vie humaine, mais il en tire une conséquence opposée pour la taille des familles.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Jonas dans ses textes.
Où en est le débat (notre résumé)Point ouvert : pas de réponse largement acceptée. Jonas parle de la continuité de l'humanité, pas du nombre d'enfants par famille : les deux thèses ne se contredisent pas forcément, mais elles ne disent pas la même chose.