QuestionsFaut-il faire des enfants ?L'asymétrie : ne jamais exister vaut mieux qu'exister
Faut-il faire des enfants ?Mieux vaut ne pas naître

L'asymétrie : ne jamais exister vaut mieux qu'exister

L'asymétrie de Benatar, l'antinatalisme

David Benatar né en 1966Soutient que venir à l'existence est toujours un tort, parce que l'absence de douleur est un bien même quand personne n'en profite.
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Ce qu'il soutient

Ne jamais exister est préférable à exister : venir à l'existence est toujours un dommage.

Pourquoi

L'absence de douleur est un bien même sans personne, mais l'absence de plaisir n'est un mal que pour qui en est privé.

La même idée à travers l'histoire
Sophocle401 av. J.-C.Dans Œdipe à Colone, le chœur dit que ne pas être né vaut mieux que tout : un cri poétique, sans argument.
Arthur Schopenhauer1851Même conclusion (épargner la vie à ceux qui viennent), mais appuyée sur l'idée que la vie est surtout souffrance.Peter Wessel Zapffe1933Même conclusion, par une autre voie : l'excès de conscience de l'être humain.
David Benatar1997Benatar donne la forme actuelle de l'argument : une comparaison entre exister et ne jamais exister, fondée sur une asymétrie entre douleur et plaisir.
En bref

« L'asymétrie : ne jamais exister vaut mieux qu'exister » est un argument de David Benatar (David Benatar, Better Never to Have Been, 2006, chap. 2 ; article de 1997, 1997) sur la question « Faut-il faire des enfants ? » (réponse : mieux vaut ne pas naître). Sa thèse : Ne jamais exister est préférable à exister : venir à l'existence est toujours un dommage. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5, P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

David Benatar, Better Never to Have Been, 2006, chap. 2 ; article de 1997
Valide avec une prémisse implicite

Imagine deux mondes pour une même personne : dans l'un elle naît, dans l'autre elle n'existe jamais. Benatar remarque que nous jugeons la douleur et le plaisir de façon asymétrique. La douleur est un mal, le plaisir est un bien, jusque-là tout le monde est d'accord. Mais l'absence de douleur est un bien, même quand personne n'est là pour en profiter, alors que l'absence de plaisir n'est un mal que si quelqu'un en est privé. Si l'on compare alors exister et ne jamais exister, la vie apporte un mal que la non-existence évite, et le plaisir de la vie ne fait pas gagner un avantage sur la non-existence, puisque personne n'est privé du plaisir qu'il n'a jamais eu. Benatar en conclut que venir à l'existence est toujours un dommage. Il précise que sa thèse porte sur le fait de faire naître, pas sur la valeur, pour ceux qui existent déjà, de continuer à vivre. Ce site présente des arguments : il ne conseille personne. Si cette question te touche de près, parles-en à quelqu'un en qui tu as confiance.

P1La présence de douleur est un mal.
P2La présence de plaisir est un bien.
P3L'absence de douleur est un bien, même si personne n'existe pour en profiter.
P4L'absence de plaisir n'est un mal que si quelqu'un est privé de ce plaisir. Si personne n'existe, ce n'est pas un mal.
P5 · prémisse impliciteToute vie humaine contient de la douleur.
P6 · prémisse impliciteSi la vie contient un mal (la douleur) et un bien (le plaisir), alors que ne jamais exister contient un bien (l'absence de douleur) et aucun mal (l'absence de plaisir n'en est pas un), ne jamais exister est préférable.
Donc ne jamais exister est préférable à exister : venir à l'existence est toujours un dommage.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un monde où les quatre jugements de l'asymétrie sont vrais, où la vie contient de la douleur, et où pourtant ne jamais exister n'est pas préférable : il suffit que le plaisir de la vie compense le mal.
Valide avec P5 et P6. P1 à P4 posent l'asymétrie. P5 dit que toute vie a de la douleur, donc le mal est toujours présent. P6 fait la comparaison : le plaisir de la vie n'est pas un avantage sur la non-existence, car son absence n'y est pas un mal (P4). Sans P5, une vie sans aucune douleur ne serait pas un dommage. Sans P6, rien ne dit comment comparer les deux situations. C'est P6, et la comparaison avec le néant qu'elle suppose, qui est le plus discutée.
Analogie. Un médecin voit deux personnes : l'une malade, l'autre en bonne santé. On dit que c'est un bien que la seconde n'ait aucune maladie. Mais on ne dit pas que c'est un mal pour une pierre de ne pas ressentir de plaisir, puisque personne n'est privé de rien. Benatar applique cela à quelqu'un qui n'existe pas : l'absence de douleur est un bien pour lui, l'absence de plaisir n'est pas un mal.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

E
Elizabeth Harman 2009 · attaque la prémisse 3

Dans son compte rendu critique du livre de Benatar, Harman met en doute que l'asymétrie soit la meilleure explication de nos jugements ordinaires sur la procréation. Nous trouvons mal de faire naître un enfant qui souffrira, et nous ne trouvons pas mal de ne pas faire naître un enfant heureux. Pour Harman, cela peut s'expliquer sans admettre que l'absence de douleur soit un bien quand personne n'existe. Alors les prémisses P3 et P4 ne sont plus soutenues par ces jugements.

sans réponse
Benatar a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) Benatar a répondu à ses critiques dans un article de 2012 (en-b-replique), mais nous n'avons pas pu lire ce texte : nous ne résumons donc pas sa réponse. Le désaccord de fond porte sur ce que les jugements ordinaires prouvent : sont-ils l'indice de l'asymétrie, ou s'expliquent-ils autrement ? Voir aussi Parfit ci-dessous, qui conteste la comparaison avec la non-existence.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le débat reste ouvert. Les critiques et Benatar s'accordent sur les jugements de départ, et divergent sur ce qui les explique ; aucune explication n'est largement acceptée.
Derek Parfit 1984 · attaque la conclusion

Dans Reasons and Persons (chap. 16), Parfit étudie le problème de la non-identité : si une personne n'aurait jamais existé autrement, on ne peut pas dire que notre choix la rend moins bien lotie qu'elle ne l'aurait été. Appliqué ici, il est difficile de dire que naître nuit à quelqu'un par comparaison avec une situation où il n'existerait pas : il n'y a personne dont on puisse dire que la vie aurait été meilleure ou pire. Parfit ne parle pas de Benatar, qui écrit vingt ans plus tard : nous rapprochons simplement les deux problèmes.

un défenseur répond
David Benatar défenseur de l'argument · 2006
Benatar traite directement cette difficulté au chapitre 2 de son livre : pour lui, la comparaison entre exister et ne jamais exister est possible. Son argument est l'asymétrie elle-même : l'absence de douleur est un bien même quand personne n'existe pour en profiter, donc on peut comparer sans qu'il y ait une personne de l'autre côté.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le désaccord de fond est de savoir si un jugement comparatif « mieux pour quelqu'un » exige que ce quelqu'un existe dans les deux situations. Parfit pense que cela rend la comparaison difficile ; Benatar la fonde sur l'asymétrie, que ses critiques contestent justement (voir plus haut).
Objection que Benatar discute lui-même (la plupart des gens sont contents d'être nés) 2006 · attaque la prémisse 5

La plupart des gens disent que leur vie vaut d'être vécue et sont contents d'être nés. Si la vie était aussi mauvaise que le dit Benatar, ils ne le diraient pas. Leur jugement sur leur propre vie serait donc la meilleure preuve que naître n'est pas un dommage.

un défenseur répond
David Benatar défenseur de l'argument · 2006
Au chapitre 3, Benatar répond que ce jugement est peu fiable. Selon lui, des biais psychologiques nous font surestimer la qualité de notre vie : l'optimisme (la tendance à voir le bon côté), l'adaptation aux difficultés, et la comparaison avec les autres. Pour lui, on peut se juger heureux d'être né sans que la vie soit réellement aussi bonne qu'on le croit.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le désaccord de fond est de savoir si le jugement d'une personne sur sa propre vie est la meilleure mesure de sa qualité, ou s'il est faussé par des biais. Ce point reste débattu.