Si l'on faisait des enfants par pure raison
Schopenhauer et la pitié pour les générations à venir
Si faire un enfant était un acte de pure raison, chacun aurait assez de pitié pour la génération à venir pour lui épargner le poids de l'existence, et l'espèce humaine ne durerait pas.
Seule la douleur est réelle, le bien-être n'en étant que l'absence : la somme de souffrance rend la vie regrettable.
« Si l'on faisait des enfants par pure raison » est un argument d'Arthur Schopenhauer (Parerga et Paralipomena II, 1851, chap. XII, § 156, 1851) sur la question « Faut-il faire des enfants ? » (réponse : mieux vaut ne pas naître). Sa thèse : Si faire un enfant était un acte de pure raison, chacun aurait assez de pitié pour la génération à venir pour lui épargner le poids de l'existence, et l'espèce humaine ne durerait pas. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Pour Schopenhauer, le plaisir n'est que la fin passagère d'un manque, alors que la douleur est bien réelle : la vie est donc surtout souffrance. Dans un passage des Parerga, il propose une expérience de pensée : et si faire un enfant n'était ni un besoin, ni un plaisir, mais une affaire de pure réflexion ? L'espèce humaine durerait-elle ? Chacun n'aurait-il pas assez pitié de la génération à venir pour lui épargner le poids de l'existence ? C'est une question qu'il pose, pas un conseil : il y répond lui-même en notant qu'on lui reprochera d'être sans consolation. Ce site présente des arguments et ne conseille personne. Si ce thème te touche de près, parles-en à quelqu'un en qui tu as confiance.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un monde où la vie est surtout souffrance, où la décision se prend par pure raison, et où pourtant on fait naître quand même : par exemple parce qu'on juge que le bien de la vie, même rare, vaut d'être donné.
Objections
2Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Friedrich Nietzsche 1882 · attaque la prémisse 2Dans Le Gai Savoir (§341), Nietzsche refuse de mesurer une vie en additionnant ses maux. Il propose une épreuve : si un démon te disait que tu devras revivre cette vie à l'identique, la maudirais-tu ? Ou l'aimerais-tu au point de ne plus rien désirer d'autre que cette confirmation éternelle ? Pour lui, la question n'est pas de savoir si la somme des peines dépasse celle des joies, mais si l'on peut dire oui à sa vie. Si ce oui est possible, P2 est faux ou sans importance.
sans réponse
Dans Le Gai Savoir (§341), Nietzsche refuse de mesurer une vie en additionnant ses maux. Il propose une épreuve : si un démon te disait que tu devras revivre cette vie à l'identique, la maudirais-tu ? Ou l'aimerais-tu au point de ne plus rien désirer d'autre que cette confirmation éternelle ? Pour lui, la question n'est pas de savoir si la somme des peines dépasse celle des joies, mais si l'on peut dire oui à sa vie. Si ce oui est possible, P2 est faux ou sans importance.
Albert Camus 1942 · attaque la prémisse 2Camus part comme Schopenhauer d'un monde sans consolation, mais il en tire une autre conclusion. À la fin du Mythe de Sisyphe, il écrit que la lutte elle-même suffit à remplir un cœur d'homme et qu'il faut imaginer Sisyphe heureux. Le malheur de la condition humaine n'enlève pas, pour lui, la possibilité d'une vie pleine.
sans réponse
Camus part comme Schopenhauer d'un monde sans consolation, mais il en tire une autre conclusion. À la fin du Mythe de Sisyphe, il écrit que la lutte elle-même suffit à remplir un cœur d'homme et qu'il faut imaginer Sisyphe heureux. Le malheur de la condition humaine n'enlève pas, pour lui, la possibilité d'une vie pleine.