QuestionsFaut-il faire des enfants ?Le dernier Messie : un excès de conscience
Faut-il faire des enfants ?Mieux vaut ne pas naître

Le dernier Messie : un excès de conscience

Zapffe, isolation, ancrage, distraction, sublimation

Peter Wessel Zapffe 1899 · 1990Voit dans la conscience humaine un excès de l'évolution : l'homme ne la supporte qu'en la limitant, et la seule issue serait de ne plus transmettre la vie.
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Ce qu'il soutient

La seule issue durable serait de ne plus procréer : c'est le message que Zapffe prête au dernier Messie (« sois infertile, et que la terre se taise après toi »).

Pourquoi

Notre conscience nous montre la mort et la souffrance, et nous ne faisons que la masquer, sans guérir la cause.

La même idée à travers l'histoire
Sophocle401 av. J.-C.Le chœur d'Œdipe à Colone dit que ne pas être né vaut mieux que tout : un cri poétique, sans théorie de la conscience.
Arthur Schopenhauer1851Même question posée à la raison : épargner l'existence à ceux qui viennent, parce que la vie est surtout souffrance.
Peter Wessel Zapffe1933Zapffe cherche la cause dans la biologie : la conscience humaine serait un excès de l'évolution, comme les bois trop lourds d'un cerf géant.
David Benatar1997Benatar arrive à une conclusion voisine par un tout autre raisonnement, fondé sur une asymétrie entre douleur et plaisir.
En bref

« Le dernier Messie : un excès de conscience » est un argument de Peter Wessel Zapffe (Peter Wessel Zapffe, « Den sidste Messias », 1933, 1933) sur la question « Faut-il faire des enfants ? » (réponse : mieux vaut ne pas naître). Sa thèse : La seule issue durable serait de ne plus procréer : c'est le message que Zapffe prête au dernier Messie (« sois infertile, et que la terre se taise après toi »). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Peter Wessel Zapffe, « Den sidste Messias », 1933
Valide avec une prémisse implicite

Zapffe, philosophe et alpiniste norvégien, voit dans la conscience humaine un accident de l'évolution : l'homme est devenu capable de voir clairement sa condition, sa mort et la souffrance du monde, et cette lucidité est un excès, comme les bois trop lourds d'un cerf géant qui finissent par l'écraser. Si l'espèce n'a pas disparu, c'est que la plupart des gens se protègent en limitant artificiellement ce qu'ils laissent entrer dans leur conscience : par l'isolation (ne pas y penser), l'ancrage (s'accrocher à une cause, un métier, une famille), la distraction et la sublimation (transformer la douleur en œuvre). L'essai se termine sur la figure d'un « dernier Messie » qui dirait aux humains de ne plus avoir d'enfants et de laisser la Terre se taire après eux. Zapffe décrit cette figure plus qu'il ne dit d'obéir : il annonce aussi que la foule se jettera sur elle. Ce site présente des arguments et ne conseille personne. Si ce thème te touche de près, parles-en à quelqu'un en qui tu as confiance.

P1Dans l'évolution, l'espèce humaine a été trop fortement armée par l'esprit : sa conscience lui fait voir sa condition, la mort et la souffrance, et elle est un danger pour son propre bien-être.
P2La plupart des gens survivent en limitant artificiellement le contenu de leur conscience (par l'isolation, l'ancrage, la distraction ou la sublimation).
P3Ces moyens ne guérissent pas la cause : ils sont une répression, plus ou moins consciente, de l'excès de conscience.
P4 · prémisse impliciteSi la condition humaine est un fardeau que chacun ne peut que masquer, et que chaque nouvelle personne devra masquer à son tour, la seule façon de ne pas la transmettre est de cesser de procréer.
Donc la seule issue durable serait de ne plus procréer : c'est le message que Zapffe prête au dernier Messie (« sois infertile, et que la terre se taise après toi »).

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où la conscience est un excès, où chacun doit la masquer, et où pourtant il n'est pas nécessaire de cesser de procréer : par exemple si les protections suffisent pour que la vie vaille d'être transmise.
Valide avec P4. P1 dit que la conscience est un excès douloureux, P2 que presque tout le monde le supporte en la limitant, P3 que cette limitation ne règle rien. P4 relie cela à la procréation : puisqu'on ne peut que masquer le fardeau, la seule façon de ne pas le transmettre est de ne pas faire naître. Sans P4, on peut admettre P1 à P3 et soutenir qu'une vie supportable grâce à ses protections reste digne d'être transmise. C'est le point le plus discuté.
Analogie. Imagine un équipage dans un bateau dont le fond fuit : chacun écope sans arrêt pour ne pas y penser. Zapffe dit que presque tout le monde vit ainsi. Puis il se demande si l'on a le droit d'inviter de nouveaux passagers sur ce bateau.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Peter Wessel Zapffe (une tension dans son essai) 1933 · attaque la prémisse 3

Zapffe écrit lui-même que la sublimation peut parfois convertir la douleur de vivre en expériences de valeur. Si c'est vrai, la conscience n'est pas seulement un fardeau masqué : elle peut aussi produire des œuvres que l'on juge précieuses, et P3 devient trop forte. Plus gênant encore : Zapffe dit que son propre essai est une tentative de sublimation. L'argument serait donc, en partie, un exemple de la protection qu'il décrit.

Zapffe répond
Peter Wessel Zapffe 1933
Zapffe le reconnaît : il écrit que son propre essai est une tentative typique de sublimation. Il ne retire pas pour autant son argument : pour lui, la sublimation est seulement une des quatre protections.
Peter Wessel Zapffe 1933
Il limite aussi la portée de la sublimation : elle est improbable si le plus fort de la souffrance n'est pas déjà émoussé par d'autres moyens. Elle suppose donc déjà une autre protection, ce qui, dans notre lecture, va plutôt dans le sens de son analyse.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Zapffe voit lui-même la tension. Reste à savoir si le fait qu'une douleur puisse être transformée en œuvre affaiblit l'argument (la conscience n'est pas qu'un fardeau) ou le confirme (même cet effort est une protection).
Viktor Frankl 1946 · attaque la prémisse 3

Frankl, psychiatre qui a survécu aux camps nazis, soutient qu'on peut trouver un sens à la souffrance, et que cette recherche de sens est l'une des forces principales de l'être humain. Dans cette lecture humaniste, voir sa condition clairement n'est pas seulement un fardeau à masquer : c'est aussi ce qui rend possibles l'engagement, l'amour et la responsabilité. P3 serait alors trop sombre.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Zapffe dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Nous n'avons pas trouvé de texte où Zapffe réponde à Frankl. Zapffe pourrait répondre que trouver un sens est justement une forme d'ancrage ou de sublimation, donc l'une des protections qu'il décrit : mais c'est notre lecture, non un texte de lui. Le désaccord de fond : un sens trouvé dans la souffrance est-il une réponse à la condition humaine, ou un moyen de la masquer ?
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : désaccord de fond, ouvert. Aucune réponse largement acceptée ne tranche entre « donner un sens » et « se protéger ».
Hans Jonas 1979 · attaque la conclusion

Dans Le Principe responsabilité, Jonas soutient que nous avons le devoir fondamental qu'il y ait une humanité dans l'avenir. Pour lui, l'humanité est le seul être connu capable de responsabilité, et son existence continue est donc une exigence morale, quelles que soient les souffrances de la condition humaine. Si ce devoir est valide, le conseil de ne plus procréer ne peut pas être suivi.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Zapffe dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Zapffe est mort en 1990, onze ans après Jonas, mais nous n'avons trouvé aucune réponse de sa part. Le désaccord de fond : l'humanité a-t-elle un devoir d'exister, ou le devoir se mesure-t-il aux personnes qui naîtront et à ce qu'elles vivront ? Voir l'argument de Jonas (jonas-responsabilite) dans la même question.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Jonas fonde un devoir d'avenir sur la responsabilité ; Zapffe regarde la souffrance des personnes. Aucune des deux voies n'a produit de preuve qui s'impose à l'autre.