L'acte libre vient de tout le moi, et le temps vécu n'est pas de l'espace
La liberté et la durée (Bergson)
La liberté est un fait : il existe des actes libres, et le déterminisme, qui ne vaut que pour le temps écoulé, ne les atteint pas.
Le déterminisme remplace le temps vécu par son image dans l'espace ; or certains actes jaillissent de toute notre personnalité.
« L'acte libre vient de tout le moi, et le temps vécu n'est pas de l'espace » est un argument de Henri Bergson (Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889, ch. III, 1889) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : le libre arbitre). Sa thèse : La liberté est un fait : il existe des actes libres, et le déterminisme, qui ne vaut que pour le temps écoulé, ne les atteint pas. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 5 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Si l'on connaissait tout de vous jusqu'à ce matin, pourrait-on prévoir ce que vous allez décider ? Les déterministes répondent oui : vos motifs, votre caractère et votre passé fixent le résultat, comme les positions de deux billes fixent leur choc. Bergson répond que ce raisonnement fait une faute cachée. Il traite votre vie intérieure comme une série de choses posées l'une à côté de l'autre, comme des points sur une règle. Or une décision profonde n'est pas une chose posée sur une règle : elle vient de toute la personne, qui change à mesure qu'elle délibère. Pour Bergson, la liberté n'est donc pas un pouvoir mystérieux, c'est un fait de la vie vécue que le langage de l'espace ne sait pas décrire.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P5, on pourrait accepter tout le reste et dire quand même : aucun de nos actes n'émane vraiment du moi tout entier, ils viennent tous d'un état superficiel, donc aucun n'est libre. Bergson lui-même admet que les actes libres sont rares et que la liberté a des degrés.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Le déterminisme physique (tel que Bergson le présente) 1889 · attaque la prémisse 1Si le principe de la conservation de l'énergie vaut pour tous les corps vivants, la position de chaque point matériel du cerveau est strictement déterminée par sa position à l'instant précédent. Les sensations, les sentiments et les idées ne seraient alors que le résultat de ce mouvement, et la nécessité s'imposerait sans aucune hypothèse sur l'âme ni sur le temps vécu.
Bergson répond
Si le principe de la conservation de l'énergie vaut pour tous les corps vivants, la position de chaque point matériel du cerveau est strictement déterminée par sa position à l'instant précédent. Les sensations, les sentiments et les idées ne seraient alors que le résultat de ce mouvement, et la nécessité s'imposerait sans aucune hypothèse sur l'âme ni sur le temps vécu.
Le déterminisme psychologique (associationnisme, J. S. Mill, tels que Bergson les rapporte) 1889 · attaque la prémisse 4Notre esprit est un ensemble d'états distincts : désirs, craintes, tentations. Chaque état est nécessité par les états précédents, et le plus fort l'emporte. Ainsi, dit Mill, nous aurions pu nous abstenir de tuer si notre aversion pour le crime avait été plus forte que la tentation. Il n'y a pas de « moi tout entier » qui agirait en plus de ces forces : le moi n'est que leur somme.
Bergson répond
Notre esprit est un ensemble d'états distincts : désirs, craintes, tentations. Chaque état est nécessité par les états précédents, et le plus fort l'emporte. Ainsi, dit Mill, nous aurions pu nous abstenir de tuer si notre aversion pour le crime avait été plus forte que la tentation. Il n'y a pas de « moi tout entier » qui agirait en plus de ces forces : le moi n'est que leur somme.
Spinoza 1677 · attaque la conclusionLes hommes se trompent en se croyant libres. Cette opinion consiste en cela seul qu'ils ont conscience de leurs actions et ignorent les causes qui les déterminent. Leur idée de la liberté, c'est donc seulement leur ignorance des causes de leurs actions.
Bergson répond
Les hommes se trompent en se croyant libres. Cette opinion consiste en cela seul qu'ils ont conscience de leurs actions et ignorent les causes qui les déterminent. Leur idée de la liberté, c'est donc seulement leur ignorance des causes de leurs actions.
Le déterministe qui regarde en arrière (tel que Bergson le présente) 1889 · attaque la prémisse 2Quand l'acte est accompli, on peut se placer par la pensée à une période antérieure et affirmer que l'acte à venir était déjà nécessaire à ce moment précis. Ou bien, l'action une fois faite, on affirme qu'elle ne pouvait pas se produire autrement. La liberté serait donc une illusion de celui qui n'a pas encore vu les causes.
Bergson répond
Quand l'acte est accompli, on peut se placer par la pensée à une période antérieure et affirmer que l'acte à venir était déjà nécessaire à ce moment précis. Ou bien, l'action une fois faite, on affirme qu'elle ne pouvait pas se produire autrement. La liberté serait donc une illusion de celui qui n'a pas encore vu les causes.
Jean-Paul Sartre (sur Bergson) 1943 · attaque la prémisse 4Sartre critique ici la thèse de Bergson : l'idée d'un « moi profond » dont les actes viendraient comme les enfants d'un père, avec une ressemblance familiale rassurante. En projetant la liberté dans un objet psychique, Bergson aide à masquer l'angoisse, mais aux dépens de la conscience : ce qu'il décrit n'est pas notre liberté telle qu'elle s'apparaît, c'est la liberté d'un autre.
sans réponse
Sartre critique ici la thèse de Bergson : l'idée d'un « moi profond » dont les actes viendraient comme les enfants d'un père, avec une ressemblance familiale rassurante. En projetant la liberté dans un objet psychique, Bergson aide à masquer l'angoisse, mais aux dépens de la conscience : ce qu'il décrit n'est pas notre liberté telle qu'elle s'apparaît, c'est la liberté d'un autre.