L'intelligence est faite pour la matière, pas pour la vie
« L'intelligence est caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie » ; intelligence et intuition
La science, œuvre de l'intelligence, est vraie de la matière mais ne saisit pas la vie : pour cela il faut l'intuition, qui nous place à l'intérieur de la vie.
L'intelligence est faite pour fabriquer : elle découpe et fixe, donc elle saisit la matière mais laisse échapper la vie qui bouge.
« L'intelligence est faite pour la matière, pas pour la vie » est un argument de Henri Bergson (L'Évolution créatrice, 1907, chapitres II-III, 1907) sur la question « La science peut-elle tout expliquer ? » (réponse : vraie, mais pas tout). Sa thèse : La science, œuvre de l'intelligence, est vraie de la matière mais ne saisit pas la vie : pour cela il faut l'intuition, qui nous place à l'intérieur de la vie. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5, P6, P7). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Pourquoi sommes-nous si forts pour construire des ponts et des fusées, et si maladroits pour comprendre ce que c'est que vivre, créer, changer ? Bergson répond par l'histoire de notre intelligence : elle s'est formée pour agir sur les objets, donc pour les découper, les fixer, les mesurer et refaire ce qui a déjà été fait. C'est parfait pour la matière inerte. Mais la vie est un mouvement continu où du nouveau jaillit sans cesse, et ce qu'on découpe en morceaux n'est plus la vie. Il n'en tire pas que la science est fausse : elle est vraie de la matière. Il en tire qu'elle ne dit pas tout, et qu'il faut une autre manière de connaître, l'intuition, pour approcher la vie et la durée.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, on peut dire que l'intelligence est née pour fabriquer mais qu'elle a dépassé son origine, comme la main faite pour saisir joue du piano : l'origine d'une faculté ne fixe pas ses limites. Sans P7, on peut accepter que la science ne dise pas tout sur la vie, sans accepter qu'une autre faculté puisse en dire plus.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Bertrand Russell 1912 · attaque la conclusionRussell remarque que la condamnation de l'intelligence repose tout entière sur la théorie bergsonienne de l'espace, et il entreprend de la réfuter par des arguments, c'est-à-dire avec l'intelligence elle-même. L'enjeu est total : si Bergson échoue à condamner l'intelligence, « l'intelligence réussira à le condamner », car entre les deux c'est une guerre à mort.
Bergson répond
Russell remarque que la condamnation de l'intelligence repose tout entière sur la théorie bergsonienne de l'espace, et il entreprend de la réfuter par des arguments, c'est-à-dire avec l'intelligence elle-même. L'enjeu est total : si Bergson échoue à condamner l'intelligence, « l'intelligence réussira à le condamner », car entre les deux c'est une guerre à mort.
JJacques Monod 1970 · attaque la prémisse 5Monod soutient que la biologie moléculaire a rendu le vitalisme inutile : les êtres vivants sont des machines chimiques, que l'on explique par des molécules, des mutations et la sélection naturelle. L'intelligence scientifique a donc pu saisir la vie, sans recourir à une intuition particulière.
Bergson répond
Monod soutient que la biologie moléculaire a rendu le vitalisme inutile : les êtres vivants sont des machines chimiques, que l'on explique par des molécules, des mutations et la sélection naturelle. L'intelligence scientifique a donc pu saisir la vie, sans recourir à une intuition particulière.
Bertrand Russell 1912 · attaque la prémisse 7Russell remarque que Bergson donne rarement des raisons de ses opinions : il compte sur leur charme et sur la beauté du style. Une intuition qu'on ne peut ni répéter ni contrôler ne serait pas une connaissance, seulement une impression.
Bergson répond
Russell remarque que Bergson donne rarement des raisons de ses opinions : il compte sur leur charme et sur la beauté du style. Une intuition qu'on ne peut ni répéter ni contrôler ne serait pas une connaissance, seulement une impression.