Peut-on être certain de quelque chose ?Ce qui échappe aux mots

La flèche empoisonnée

La parabole de la flèche empoisonnée

Siddhārtha Gautama (le Bouddha) v. 480 av. J.-C. · v. 400 av. J.-C.Enseigne que ce qu'on appelle « moi » est fait d'éléments qui passent, sans soi permanent (anattā). Ses dates exactes sont débattues.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

Le Bouddha n'enseigne que ce qui libère (la souffrance, son origine, sa fin, la voie) et laisse sans réponse les questions sur l'éternité du monde, l'âme et l'après-mort.

Pourquoi

Un homme blessé qui exige des réponses avant de se laisser soigner meurt avant de les avoir : certaines questions ne mènent pas à la libération.

En bref

« La flèche empoisonnée » est un argument de Siddhārtha Gautama (le Bouddha) (Cūḷamālukya Sutta, Majjhima Nikāya 63) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : ce qui échappe aux mots). Sa thèse : Le Bouddha n'enseigne que ce qui libère (la souffrance, son origine, sa fin, la voie) et laisse sans réponse les questions sur l'éternité du monde, l'âme et l'après-mort. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Cūḷamālukya Sutta, Majjhima Nikāya 63
Valide avec une prémisse implicite

Le moine Māluṅkyaputta s'impatiente : le Bouddha n'a jamais dit si le monde est éternel ou fini, si l'âme et le corps sont la même chose, ni ce qu'il advient d'un Éveillé après la mort. Il exige une réponse, sinon il quittera la communauté. Le Bouddha lui répond par une image : un homme est touché par une flèche empoisonnée. S'il refusait qu'on la retire avant de savoir qui a tiré, de quelle caste est le tireur, ou de quel bois est l'arc, il mourrait avant. Les questions laissées sans réponse sont de ce genre : tenir une opinion sur elles ne supprime ni la naissance, ni la vieillesse, ni la mort, ni la peine. Le Bouddha n'enseigne que ce qui sert à sortir de la souffrance. Ce n'est pas un refus de réfléchir : c'est un tri, selon l'utilité pour la libération. Le texte justifie le silence par l'utilité, pas par une limite du langage ; mais un autre sutta (Aggivacchagotta, Majjhima Nikāya 72) ajoute que l'Éveillé après la mort ne se laisse pas décrire, comme un feu éteint dont on ne peut dire où il est parti. Texte du canon pāli, mis par écrit des siècles après le Bouddha.

P1Nous sommes déjà frappés par la souffrance, la vieillesse et la mort, comme l'homme est déjà touché par la flèche. L'urgence est d'en sortir.
P2Sur les questions de l'éternité du monde, de sa taille, de l'âme et du corps, ou du sort de l'Éveillé après la mort, tenir une opinion ne supprime ni la naissance, ni la vieillesse, ni la mort, ni la peine.
P3Ces questions ne sont pas utiles pour la vie de libération : elles ne mènent ni au détachement, ni à la paix, ni à l'éveil.
P4 · prémisse impliciteIl vaut mieux se consacrer à ce qui est utile pour la libération, et laisser sans réponse ce qui ne l'est pas.
Le Bouddha n'enseigne que ce qui libère (la souffrance, son origine, sa fin, la voie) et laisse sans réponse les questions sur l'éternité du monde, l'âme et l'après-mort.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Analogie.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

M
Māluṅkyaputta (dans le sutta lui-même) 450 av. J.-C. · attaque la conclusion

Le moine répond d'avance par un argument d'honnêteté : si le Bouddha sait, qu'il le dise ; s'il ne sait pas, il suffit de répondre « je ne sais pas, je ne vois pas ». Ne pas répondre du tout laisse croire que le maître cache quelque chose.

un défenseur répond
Le Bouddha (même sutta) défenseur de l'argument · 450 av. J.-C.
Le Bouddha ne dit pas qu'il ignore. Il rappelle qu'il n'a jamais promis de répondre à ces questions en échange de la vie de moine, puis dit pourquoi il n'y répond pas : ces questions n'aident pas à la libération. Le moine, ajoute-t-il, risque de mourir avant d'avoir eu ses réponses.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : dans le texte, la réponse porte sur l'utilité, pas sur l'ignorance. Les spécialistes discutent si le silence signifie « je ne sais pas », « on ne peut pas le dire » ou « cela ne sert à rien ».
E
Evan Thompson (Why I Am Not a Buddhist) 2020 · attaque la prémisse 3

Ce philosophe critique le « bouddhisme moderniste », qui présente le bouddhisme comme une pratique rationnelle, presque une science, sans métaphysique : les textes bouddhistes ne sont pas moins métaphysiques que ceux des autres religions, et le nirvāṇa ou l'éveil sont des croyances de salut, pas des hypothèses vérifiables. Appliqué à la parabole (notre lecture) : juger qu'une question est « inutile pour la libération » suppose déjà une doctrine de la libération.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Bouddha) dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : le sutta ne répond pas à cette objection moderne. Il laisse sans réponse l'après-mort de l'Éveillé, mais d'autres textes du canon enseignent la renaissance, ce qui nourrit le débat.