Une illusion que rien ne peut révéler n'est pas une illusion : le monde du malin génie est notre monde réel
La réponse de Bouwsma au malin génie
Le malin génie a créé ses illusions sans avoir été trompé lui-même, et personne d'autre n'a été trompé non plus. La possibilité d'un monde « faux » mais identique ne montre pas que nous sommes trompés : le monde que nous voyons est le réel.
On n'emploie le mot « illusion » que pour ce qu'on peut découvrir : une tromperie qu'aucun de nos sens ne peut déceler ne trompe personne.
« Une illusion que rien ne peut révéler n'est pas une illusion : le monde du malin génie est notre monde réel » est un argument d'O. K. Bouwsma (« Descartes' Evil Genius », The Philosophical Review 58 (1949), p. 141-151, 1949) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : le virtuel est réel aussi). Sa thèse : Le malin génie a créé ses illusions sans avoir été trompé lui-même, et personne d'autre n'a été trompé non plus. La possibilité d'un monde « faux » mais identique ne montre pas que nous sommes trompés : le monde que nous voyons est le réel. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Descartes imagine un malin génie très puissant qui nous trompe sur le ciel, la terre, les couleurs et toutes les choses extérieures. Bouwsma prend au sérieux cette vantardise du génie et demande ce que serait une telle tromperie. Si le génie change les fleurs en papier, nous pouvons le découvrir : c'est bien une illusion. Mais s'il rend la ruse si parfaite que rien ne peut la trahir, alors une illusion que ni la vue, ni le toucher, ni l'odorat ne peuvent déceler, dit-il, n'est pas une illusion au sens où nous employons ce mot. Le génie, lui, la voit grâce à un sens que les hommes n'ont pas. Il a donc créé ses illusions, sans que lui ni personne n'ait été trompé. Notre lecture, qui est celle des « véridicistes » après lui : le monde du génie est alors notre monde réel.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'illusion n'existe pas au sens ordinaire du mot, et où pourtant quelqu'un est trompé : par exemple parce qu'il croit des choses fausses sur le monde sans qu'on puisse jamais le lui montrer.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
René Descartes 1641 · attaque la conclusionSupposons qu'un génie très puissant et très rusé ait employé toute son industrie à me tromper : le ciel, l'air, la terre, les couleurs, les figures, les sons et toutes les choses extérieures ne seraient que des illusions et des rêveries.
Bouwsma répond
Supposons qu'un génie très puissant et très rusé ait employé toute son industrie à me tromper : le ciel, l'air, la terre, les couleurs, les figures, les sons et toutes les choses extérieures ne seraient que des illusions et des rêveries.
David Chalmers 2018 · attaque la prémisse 2Chalmers est favorable à une réponse « véridiciste », mais pense que l'argument de Bouwsma ne réussit pas. Même dans le langage ordinaire, on peut donner un sens parfait à l'idée d'une illusion indécouvrable : nous parlons sans difficulté de ce qu'on ne pourra jamais savoir. L'idée de Bouwsma, que l'illusion suppose la possibilité d'une découverte, n'est donc pas imposée par l'usage du mot.
sans réponse
Chalmers est favorable à une réponse « véridiciste », mais pense que l'argument de Bouwsma ne réussit pas. Même dans le langage ordinaire, on peut donner un sens parfait à l'idée d'une illusion indécouvrable : nous parlons sans difficulté de ce qu'on ne pourra jamais savoir. L'idée de Bouwsma, que l'illusion suppose la possibilité d'une découverte, n'est donc pas imposée par l'usage du mot.
David Chalmers (le cas à la troisième personne) 2018 · attaque la conclusionSelon les vues de Bouwsma, l'hypothèse « mes expériences sont produites par un démon » paraît difficile à tenir pour vraie, faute de toute preuve à la première personne. Mais pour quelqu'un d'autre, nous pourrions avoir de bonnes preuves qu'un tiers fabrique ses expériences. On risque alors une asymétrie étrange : « il est victime d'un démon » serait vrai, « je suis victime d'un démon » faux. L'argument glisse de « personne n'est trompé » vers « l'hypothèse n'a pas de sens ».
sans réponse
Selon les vues de Bouwsma, l'hypothèse « mes expériences sont produites par un démon » paraît difficile à tenir pour vraie, faute de toute preuve à la première personne. Mais pour quelqu'un d'autre, nous pourrions avoir de bonnes preuves qu'un tiers fabrique ses expériences. On risque alors une asymétrie étrange : « il est victime d'un démon » serait vrai, « je suis victime d'un démon » faux. L'argument glisse de « personne n'est trompé » vers « l'hypothèse n'a pas de sens ».