QuestionsLe monde existe-t-il vraiment ?Une illusion que rien ne peut révéler n'est pas une illusion : le monde du malin génie est notre monde réel
Le monde existe-t-il vraiment ?Le virtuel est réel aussi

Une illusion que rien ne peut révéler n'est pas une illusion : le monde du malin génie est notre monde réel

La réponse de Bouwsma au malin génie

O. K. Bouwsma 1898 · 1978Le malin génie ne trompe personne : une illusion que rien ne peut jamais révéler n'est pas une illusion.
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Ce qu'il soutient

Le malin génie a créé ses illusions sans avoir été trompé lui-même, et personne d'autre n'a été trompé non plus. La possibilité d'un monde « faux » mais identique ne montre pas que nous sommes trompés : le monde que nous voyons est le réel.

Pourquoi

On n'emploie le mot « illusion » que pour ce qu'on peut découvrir : une tromperie qu'aucun de nos sens ne peut déceler ne trompe personne.

La même idée à travers l'histoire
Descartes1641Descartes imagine un malin génie qui fait que tout paraît exister comme à présent alors que rien n'existe. Bouwsma examine ce que veut dire une telle tromperie, et conclut que personne n'est trompé.
O. K. Bouwsma1949Bouwsma (1949) utilise l'exemple de fleurs en papier pour montrer que l'illusion suppose une façon possible de la découvrir. C'est la source classique de la réponse « véridiciste » au scepticisme, selon laquelle nos croyances restent vraies dans le monde du malin génie.
En bref

« Une illusion que rien ne peut révéler n'est pas une illusion : le monde du malin génie est notre monde réel » est un argument d'O. K. Bouwsma (« Descartes' Evil Genius », The Philosophical Review 58 (1949), p. 141-151, 1949) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : le virtuel est réel aussi). Sa thèse : Le malin génie a créé ses illusions sans avoir été trompé lui-même, et personne d'autre n'a été trompé non plus. La possibilité d'un monde « faux » mais identique ne montre pas que nous sommes trompés : le monde que nous voyons est le réel. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« Descartes' Evil Genius », The Philosophical Review 58 (1949), p. 141-151
Valide avec une prémisse implicite

Descartes imagine un malin génie très puissant qui nous trompe sur le ciel, la terre, les couleurs et toutes les choses extérieures. Bouwsma prend au sérieux cette vantardise du génie et demande ce que serait une telle tromperie. Si le génie change les fleurs en papier, nous pouvons le découvrir : c'est bien une illusion. Mais s'il rend la ruse si parfaite que rien ne peut la trahir, alors une illusion que ni la vue, ni le toucher, ni l'odorat ne peuvent déceler, dit-il, n'est pas une illusion au sens où nous employons ce mot. Le génie, lui, la voit grâce à un sens que les hommes n'ont pas. Il a donc créé ses illusions, sans que lui ni personne n'ait été trompé. Notre lecture, qui est celle des « véridicistes » après lui : le monde du génie est alors notre monde réel.

P1Le malin génie est censé nous tromper de telle façon que ni la vue, ni le toucher, ni l'odorat ne permettent de déceler l'illusion.
P2Une illusion suppose la possibilité d'une découverte : si le génie change les fleurs en papier, on peut le découvrir et savoir qu'il s'agit d'une illusion. Une tromperie qu'on ne pourrait jamais découvrir ne serait pas une illusion, au moins au sens où nous employons le mot.
P3Les hommes n'emploient pas le mot « illusion » en relation avec un sens que seul le malin génie possède. Le génie, lui, voit l'illusion qu'il a faite, mais cela ne la rend pas une illusion pour nous.
P4 · prémisse impliciteÊtre trompé sur le monde, c'est être victime d'une illusion au sens où nous employons ce mot.
Donc le malin génie a créé ses illusions sans avoir été trompé lui-même, et personne d'autre n'a été trompé non plus. La possibilité d'un monde « faux » mais identique ne montre pas que nous sommes trompés : le monde que nous voyons est le réel.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'illusion n'existe pas au sens ordinaire du mot, et où pourtant quelqu'un est trompé : par exemple parce qu'il croit des choses fausses sur le monde sans qu'on puisse jamais le lui montrer.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P4. Le génie est censé tromper de façon indécelable (P1). Or une illusion doit pouvoir être découverte (P2), au sens où nous employons le mot (P3). Donc une tromperie indécelable n'est pas une illusion. Comme être trompé, c'est être victime d'une illusion (P4), personne n'est trompé. Les objections visent P2 (peut-on parler d'une illusion indécouvrable ?) et P4 (peut-on être trompé sans que le mot « illusion » s'y applique ?).
Analogie. Si je dis qu'un jeu d'échecs a été truqué de façon que personne, même en cherchant, ne puisse le voir, on me demande ce que « truqué » veut encore dire. Bouwsma pense que le mot « illusion » perd son sens de la même façon quand on retire toute possibilité de la découvrir.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

René Descartes 1641 · attaque la conclusion

Supposons qu'un génie très puissant et très rusé ait employé toute son industrie à me tromper : le ciel, l'air, la terre, les couleurs, les figures, les sons et toutes les choses extérieures ne seraient que des illusions et des rêveries.

Bouwsma répond
voir l'argument
O. K. Bouwsma 1949 · Bouwsma, sur la tromperie du génie
Bouwsma résume son article ainsi : il a cherché à comprendre la prétention du génie à tromper sur le ciel, la terre, les couleurs et les choses extérieures, en se demandant ce que seraient de telles tromperies et de telles illusions. Il conclut que le génie a créé ses propres illusions sans avoir été trompé lui-même, et que personne d'autre ne l'a été non plus.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Bouwsma répond à Descartes sur le sens de ses mots, pas sur sa logique. Pour Bouwsma, la supposition cartésienne ne tient que si l'on garde au mot « illusion » un sens que le génie, et lui seul, pourrait comprendre.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : le désaccord est ancien et ouvert. Pour Descartes, une hypothèse est intelligible dès qu'elle ne se contredit pas. Pour Bouwsma, elle doit en plus pouvoir être exprimée avec les mots dont nous disposons.
David Chalmers 2018 · attaque la prémisse 2

Chalmers est favorable à une réponse « véridiciste », mais pense que l'argument de Bouwsma ne réussit pas. Même dans le langage ordinaire, on peut donner un sens parfait à l'idée d'une illusion indécouvrable : nous parlons sans difficulté de ce qu'on ne pourra jamais savoir. L'idée de Bouwsma, que l'illusion suppose la possibilité d'une découverte, n'est donc pas imposée par l'usage du mot.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 2018, après sa mort (1978).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Bouwsma est mort en 1978 et n'a pas pu répondre. Chalmers cherche à garder la conclusion (nos croyances sont en gros vraies dans le monde du génie) par une autre voie, le structuralisme.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Les philosophes qui défendent l'idée de Bouwsma s'appuient sur l'usage du langage, d'autres sur la vérification ou la cohérence, d'autres encore l'abandonnent.
David Chalmers (le cas à la troisième personne) 2018 · attaque la conclusion

Selon les vues de Bouwsma, l'hypothèse « mes expériences sont produites par un démon » paraît difficile à tenir pour vraie, faute de toute preuve à la première personne. Mais pour quelqu'un d'autre, nous pourrions avoir de bonnes preuves qu'un tiers fabrique ses expériences. On risque alors une asymétrie étrange : « il est victime d'un démon » serait vrai, « je suis victime d'un démon » faux. L'argument glisse de « personne n'est trompé » vers « l'hypothèse n'a pas de sens ».

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 2018, après sa mort (1978).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Bouwsma (mort en 1978) n'envisage que deux points de vue, celui des hommes trompés et celui du génie, qui voit l'illusion par un sens que les hommes n'ont pas. Il ne dit rien d'un observateur humain placé à l'extérieur.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. On discute si le scénario du génie à la première personne et celui à la troisième personne doivent être traités de la même façon.