QuestionsLe monde existe-t-il vraiment ?Le rêve et le malin génie : puis-je être sûr que le monde existe ?
Le monde existe-t-il vraiment ?Impossible de savoir

Le rêve et le malin génie : puis-je être sûr que le monde existe ?

L'argument du rêve ; le malin génie (mauvais génie) ; le doute hyperbolique ; le doute cartésien sur le monde extérieur

Descartes 1596 · 1650Douter de tout pour trouver ce qui résiste au doute.
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Ce qu'il soutient

Je ne peux pas être certain que le monde extérieur existe : le ciel, l'air, la terre, les couleurs, les figures et les sons pourraient n'être que des illusions.

Pourquoi

Rien ne distingue sûrement la veille du rêve, et un être rusé pourrait me donner les mêmes sensations sans monde extérieur.

En bref

« Le rêve et le malin génie : puis-je être sûr que le monde existe ? » est un argument de Descartes (Descartes, Méditations métaphysiques, Méditation I, 1641, 1641) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : impossible de savoir). Sa thèse : Je ne peux pas être certain que le monde extérieur existe : le ciel, l'air, la terre, les couleurs, les figures et les sons pourraient n'être que des illusions. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2, P4). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Descartes, Méditations métaphysiques, Méditation I, 1641
Valide avec une prémisse implicite

En ce moment, tu lis ces lignes. Mais il t'est déjà arrivé de rêver que tu lisais, et de n'en rien soupçonner avant le réveil. Descartes part de là, au début de ses Méditations (1641). Il veut trouver une vérité absolument sûre. Pour cela, il décide de rejeter comme faux tout ce dont il peut douter, même un tout petit peu. Deux raisons de douter du monde extérieur en sortent : le rêve (rien ne distingue sûrement la veille du sommeil), puis l'hypothèse d'un « malin génie » très puissant qui le tromperait sur tout. Attention : ce n'est pas la conclusion de Descartes. Pour lui, ce doute est un outil, pas une doctrine. Il en sort lui-même dans les Méditations suivantes : il découvre qu'il existe en pensant (le cogito), puis il croit prouver l'existence d'un Dieu qui ne trompe pas, donc celle du monde. Ici, on présente l'argument sceptique en lui-même, sous sa forme la plus forte, tel que des générations de sceptiques l'ont repris.

P1Il n'y a pas d'indice certain qui permette de distinguer la veille du sommeil : tout ce que je vis en ce moment pourrait être un rêve.
P2 · prémisse impliciteSi je ne peux pas distinguer sûrement la veille du rêve, alors je ne suis pas certain que les choses particulières que je perçois (cette main, ce papier) existent comme je les vois. Mais le rêve laisse intactes les choses les plus simples (des yeux, un corps, des couleurs), que Descartes admet réelles, comme un peintre qui ne peut inventer que des mélanges d'éléments existants.
P3Un être tout-puissant et rusé pourrait avoir fait que je sente tout ce que je sens sans qu'il existe ni terre, ni ciel, ni corps étendu : c'est l'hypothèse du « malin génie ». Il aurait pu me tromper même sur ce qui est le plus général.
P4 · prémisse impliciteSi deux hypothèses me donnent exactement les mêmes sensations, et que je ne peux pas exclure celle où le monde extérieur n'existe pas, alors je n'ai pas la certitude que le monde extérieur existe.
Donc je ne peux pas être certain que le monde extérieur existe : le ciel, l'air, la terre, les couleurs, les figures et les sons pourraient n'être que des illusions.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P2 et P4, on peut accepter que le rêve soit possible et que le génie soit imaginable, et pourtant dire : « je sais bien que le monde existe, même si je ne peux pas le prouver. » Rien dans P1 et P3 seuls ne l'interdit.
L'argument est valide. P1 et P2 font douter des choses particulières. P3 écarte aussi les choses générales : on ne peut plus se rabattre sur elles. P4 dit qu'une hypothèse qu'on ne peut pas exclure suffit à ôter la certitude. Chaque prémisse est faible séparément ; ensemble, elles donnent la conclusion. On a ajouté P2 et P4 par charité : Descartes les suppose sans les écrire.
Analogie. Un joueur est branché sur une réalité virtuelle parfaite : il voit sa manette, ses mains, sa chambre. Rien, dans ce qu'il voit, ne lui dit si c'est le jeu ou la vraie vie. Tant qu'il ne peut pas sortir du casque pour comparer, il n'a pas de certitude.

Objections

5

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

René Descartes (Méditation VI) 1641 · attaque la prémisse 1

Descartes lui-même répond à son argument du rêve à la fin des Méditations. Il y a pour lui une différence nette entre les deux états : la mémoire peut relier ce que je vis éveillé au reste de ma vie, alors qu'elle ne relie jamais mes rêves entre eux ni à ma vie. Le rêve apparaît et disparaît sans lien, comme un fantôme. Il juge donc « hyperboliques et ridicules » (exagérés) les doutes des jours précédents, en particulier celui du sommeil.

sans réponse
Descartes n'a pas répondu à cette objection.
Le débat continue (notre résumé) Le débat continue (notre résumé). Descartes lui-même ne s'arrête pas à ce critère : dans la même page il écrit que, si mes sens, ma mémoire et mon entendement s'accordent, c'est parce que Dieu n'est pas trompeur que je ne me trompe pas. Le critère de cohérence ne suffit donc pas à lui seul, et c'est l'objection suivante. Un sceptique peut aussi faire remarquer qu'un rêve peut contenir de faux souvenirs ; mais aucun texte de notre bibliothèque ne développe ce point.
René Descartes (Méditations III à VI) 1641 · attaque la conclusion

Descartes ne reste pas dans le doute. Après le cogito (je suis, j'existe, même si un génie me trompe), il croit prouver qu'un Dieu parfait existe, par l'idée qu'il en a (voir l'argument lié). Or un Dieu parfait n'est pas trompeur : si mes sens, ma mémoire et mon entendement s'accordent, je ne suis pas trompé en cela. Le malin génie n'était qu'une hypothèse de travail, écartée ensuite.

Descartes répond
voir l'argument
A
Antoine Arnauld 1641
Arnauld, dans les Quatrièmes objections, y voit un cercle. On ne peut être sûr que Dieu existe qu'en concevant cela très clairement et très distinctement. Mais ce qu'on conçoit clairement n'est sûr que si Dieu existe. Pour prouver Dieu, il faudrait donc déjà avoir confiance en notre raison, que seul Dieu garantit.
René Descartes 1641 · Réponse aux Quatrièmes objections
Descartes nie qu'il y ait un cercle. Il distingue ce que nous concevons clairement à l'instant de ce dont nous nous souvenons l'avoir autrefois bien conçu. Nous sommes d'abord assurés que Dieu existe en prêtant attention aux raisons qui le prouvent. Ensuite, il suffit de se souvenir d'avoir conçu une chose clairement pour être sûr qu'elle est vraie, et cela suppose que Dieu existe et ne trompe pas.
Le débat continue (notre résumé) Le débat continue (notre résumé). Beaucoup de lecteurs trouvent que la réponse de Descartes ne règle pas le « cercle cartésien » : le souvenir d'une évidence ne vaut que si la mémoire est fiable, ce que le sceptique met aussi en doute. C'est un des désaccords les plus discutés sur les Méditations.
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé. Les spécialistes ne s'accordent pas sur la lecture de Descartes ni sur la réussite de sa réponse. Le désaccord de fond : peut-on sortir du doute sans présupposer ce qu'il met en cause ?
George Edward Moore 1939 · attaque la conclusion

Dans « Proof of an External World », Moore soutient qu'il peut prouver que le monde extérieur existe. Il lève ses deux mains et dit « voici une main », puis « et en voici une autre ». Il juge cette preuve parfaitement rigoureuse. Pour lui, on est plus sûr de l'existence de ses mains que de la vérité de n'importe quelle prémisse du sceptique.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1939, après sa mort (1650).
Le débat continue (notre résumé) Le débat continue (notre résumé). Les sceptiques répondent que Moore ne montre pas d'où vient son savoir : il refuse la conclusion au lieu d'en réfuter une prémisse. Voir l'argument lié pour le détail.
Hilary Putnam 1981 · attaque la prémisse 3

Putnam reprend l'hypothèse du génie sous la forme d'un cerveau dans une cuve, puis soutient qu'elle se réfute elle-même. Si nous étions des cerveaux dans une cuve, nos mots ne se rapporteraient pas aux vraies cuves, ni aux vrais cerveaux. La phrase « nous sommes des cerveaux dans une cuve » serait alors fausse. Elle est donc fausse dans tous les cas, et nous pouvons savoir que nous n'en sommes pas.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1981, après sa mort (1650).
Le débat continue (notre résumé) Le débat continue (notre résumé). Plusieurs philosophes jugent que la preuve de Putnam suppose ce que le sceptique met en doute, et laisse intacte l'hypothèse d'une mise en cuve récente. L'argument lié détaille ce débat.
J
John L. Austin 1962 · attaque la prémisse 1

Austin refuse l'idée que rêver soit comme être éveillé. Selon la lecture d'Adam Leite, il soutient que l'expérience éveillée se distingue du rêve, en s'appuyant sur des faits ordinaires et contingents sur les rêves, et que l'on peut donc savoir qu'on ne rêve pas. Dire qu'« aucun indice ne permet de distinguer » est, pour lui, une exagération.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1962, après sa mort (1650).
Le débat continue (notre résumé) Le débat continue (notre résumé). Cette lecture est contestée : selon M. G. F. Martin, Austin ne cherche pas vraiment à réfuter le sceptique, mais à montrer que les idées que le sceptique et son adversaire partagent sont incohérentes. Nous n'avons pas lu le chapitre d'Austin lui-même : cette objection est donnée de seconde main.