Le rêve et le malin génie : puis-je être sûr que le monde existe ?
L'argument du rêve ; le malin génie (mauvais génie) ; le doute hyperbolique ; le doute cartésien sur le monde extérieur
Je ne peux pas être certain que le monde extérieur existe : le ciel, l'air, la terre, les couleurs, les figures et les sons pourraient n'être que des illusions.
Rien ne distingue sûrement la veille du rêve, et un être rusé pourrait me donner les mêmes sensations sans monde extérieur.
« Le rêve et le malin génie : puis-je être sûr que le monde existe ? » est un argument de Descartes (Descartes, Méditations métaphysiques, Méditation I, 1641, 1641) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : impossible de savoir). Sa thèse : Je ne peux pas être certain que le monde extérieur existe : le ciel, l'air, la terre, les couleurs, les figures et les sons pourraient n'être que des illusions. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2, P4). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
En ce moment, tu lis ces lignes. Mais il t'est déjà arrivé de rêver que tu lisais, et de n'en rien soupçonner avant le réveil. Descartes part de là, au début de ses Méditations (1641). Il veut trouver une vérité absolument sûre. Pour cela, il décide de rejeter comme faux tout ce dont il peut douter, même un tout petit peu. Deux raisons de douter du monde extérieur en sortent : le rêve (rien ne distingue sûrement la veille du sommeil), puis l'hypothèse d'un « malin génie » très puissant qui le tromperait sur tout. Attention : ce n'est pas la conclusion de Descartes. Pour lui, ce doute est un outil, pas une doctrine. Il en sort lui-même dans les Méditations suivantes : il découvre qu'il existe en pensant (le cogito), puis il croit prouver l'existence d'un Dieu qui ne trompe pas, donc celle du monde. Ici, on présente l'argument sceptique en lui-même, sous sa forme la plus forte, tel que des générations de sceptiques l'ont repris.
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Sans la prémisse implicite : Sans P2 et P4, on peut accepter que le rêve soit possible et que le génie soit imaginable, et pourtant dire : « je sais bien que le monde existe, même si je ne peux pas le prouver. » Rien dans P1 et P3 seuls ne l'interdit.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
René Descartes (Méditation VI) 1641 · attaque la prémisse 1Descartes lui-même répond à son argument du rêve à la fin des Méditations. Il y a pour lui une différence nette entre les deux états : la mémoire peut relier ce que je vis éveillé au reste de ma vie, alors qu'elle ne relie jamais mes rêves entre eux ni à ma vie. Le rêve apparaît et disparaît sans lien, comme un fantôme. Il juge donc « hyperboliques et ridicules » (exagérés) les doutes des jours précédents, en particulier celui du sommeil.
sans réponse
Descartes lui-même répond à son argument du rêve à la fin des Méditations. Il y a pour lui une différence nette entre les deux états : la mémoire peut relier ce que je vis éveillé au reste de ma vie, alors qu'elle ne relie jamais mes rêves entre eux ni à ma vie. Le rêve apparaît et disparaît sans lien, comme un fantôme. Il juge donc « hyperboliques et ridicules » (exagérés) les doutes des jours précédents, en particulier celui du sommeil.
René Descartes (Méditations III à VI) 1641 · attaque la conclusionDescartes ne reste pas dans le doute. Après le cogito (je suis, j'existe, même si un génie me trompe), il croit prouver qu'un Dieu parfait existe, par l'idée qu'il en a (voir l'argument lié). Or un Dieu parfait n'est pas trompeur : si mes sens, ma mémoire et mon entendement s'accordent, je ne suis pas trompé en cela. Le malin génie n'était qu'une hypothèse de travail, écartée ensuite.
Descartes répond
Descartes ne reste pas dans le doute. Après le cogito (je suis, j'existe, même si un génie me trompe), il croit prouver qu'un Dieu parfait existe, par l'idée qu'il en a (voir l'argument lié). Or un Dieu parfait n'est pas trompeur : si mes sens, ma mémoire et mon entendement s'accordent, je ne suis pas trompé en cela. Le malin génie n'était qu'une hypothèse de travail, écartée ensuite.
George Edward Moore 1939 · attaque la conclusionDans « Proof of an External World », Moore soutient qu'il peut prouver que le monde extérieur existe. Il lève ses deux mains et dit « voici une main », puis « et en voici une autre ». Il juge cette preuve parfaitement rigoureuse. Pour lui, on est plus sûr de l'existence de ses mains que de la vérité de n'importe quelle prémisse du sceptique.
sans réponse
Dans « Proof of an External World », Moore soutient qu'il peut prouver que le monde extérieur existe. Il lève ses deux mains et dit « voici une main », puis « et en voici une autre ». Il juge cette preuve parfaitement rigoureuse. Pour lui, on est plus sûr de l'existence de ses mains que de la vérité de n'importe quelle prémisse du sceptique.
Hilary Putnam 1981 · attaque la prémisse 3Putnam reprend l'hypothèse du génie sous la forme d'un cerveau dans une cuve, puis soutient qu'elle se réfute elle-même. Si nous étions des cerveaux dans une cuve, nos mots ne se rapporteraient pas aux vraies cuves, ni aux vrais cerveaux. La phrase « nous sommes des cerveaux dans une cuve » serait alors fausse. Elle est donc fausse dans tous les cas, et nous pouvons savoir que nous n'en sommes pas.
sans réponse
Putnam reprend l'hypothèse du génie sous la forme d'un cerveau dans une cuve, puis soutient qu'elle se réfute elle-même. Si nous étions des cerveaux dans une cuve, nos mots ne se rapporteraient pas aux vraies cuves, ni aux vrais cerveaux. La phrase « nous sommes des cerveaux dans une cuve » serait alors fausse. Elle est donc fausse dans tous les cas, et nous pouvons savoir que nous n'en sommes pas.
JJohn L. Austin 1962 · attaque la prémisse 1Austin refuse l'idée que rêver soit comme être éveillé. Selon la lecture d'Adam Leite, il soutient que l'expérience éveillée se distingue du rêve, en s'appuyant sur des faits ordinaires et contingents sur les rêves, et que l'on peut donc savoir qu'on ne rêve pas. Dire qu'« aucun indice ne permet de distinguer » est, pour lui, une exagération.
sans réponse
Austin refuse l'idée que rêver soit comme être éveillé. Selon la lecture d'Adam Leite, il soutient que l'expérience éveillée se distingue du rêve, en s'appuyant sur des faits ordinaires et contingents sur les rêves, et que l'on peut donc savoir qu'on ne rêve pas. Dire qu'« aucun indice ne permet de distinguer » est, pour lui, une exagération.