Et si je n'étais qu'un cerveau dans une cuve ?
Le cerveau dans une cuve (hypothèse sceptique, et réponse de Putnam)
Je ne sais pas que j'ai des mains, ni, plus généralement, que le monde extérieur existe tel que je le vois.
Un cerveau en cuve relié à un ordinateur aurait la même vie intérieure que moi : aucune expérience ne distingue les deux situations.
« Et si je n'étais qu'un cerveau dans une cuve ? » est un argument de Hilary Putnam (Reason, Truth and History, 1981, chapitre 1, 1981) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : le monde est réel). Sa thèse : Je ne sais pas que j'ai des mains, ni, plus généralement, que le monde extérieur existe tel que je le vois. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 1 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Tu regardes tes mains. Es-tu sûr qu'elles existent ? Imagine que ton cerveau ait été retiré de ton corps, placé dans une cuve, et relié à un ordinateur qui t'envoie exactement les sensations d'une vie normale. Rien, dans ce que tu vis, ne te permettrait de le savoir. C'est l'argument du sceptique moderne, que Putnam expose au début de son livre de 1981. Attention : Putnam ne le défend pas, il veut le réfuter. L'argument ci-dessous est donc celui du sceptique, sous sa forme la plus forte. La principale objection est celle de Putnam lui-même : « nous sommes des cerveaux dans une cuve » est une phrase qui se réfute elle-même, parce que les mots d'un cerveau en cuve ne se rapporteraient pas à de vraies cuves (c'est ce qu'on appelle l'externalisme sémantique : le sens de nos mots dépend de ce à quoi ils sont reliés dans le monde).
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Sans la prémisse implicite : Sans P2 et P3, on pourrait accepter l'histoire de la cuve et pourtant dire : je sais que j'ai des mains, car mes yeux et mes mains me le montrent, même si je ne peux pas prouver que la cuve n'existe pas.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Hilary Putnam 1981 · attaque la prémisse 2Le sceptique se trompe : je peux savoir que je ne suis pas un cerveau dans une cuve, parce que cette hypothèse se réfute elle-même. Si tous les êtres pensants étaient depuis toujours des cerveaux en cuve, leur mot « cuve » se rapporterait à des images ou à des signaux de l'ordinateur, pas à de vraies cuves, car il n'aurait jamais été relié causalement à de vraies cuves. Leur phrase « nous sommes des cerveaux dans une cuve » dirait donc autre chose que ce que dit notre phrase. Si nous étions des cerveaux en cuve, cette phrase serait fausse. Donc elle est fausse dans tous les cas.
Putnam répond
Le sceptique se trompe : je peux savoir que je ne suis pas un cerveau dans une cuve, parce que cette hypothèse se réfute elle-même. Si tous les êtres pensants étaient depuis toujours des cerveaux en cuve, leur mot « cuve » se rapporterait à des images ou à des signaux de l'ordinateur, pas à de vraies cuves, car il n'aurait jamais été relié causalement à de vraies cuves. Leur phrase « nous sommes des cerveaux dans une cuve » dirait donc autre chose que ce que dit notre phrase. Si nous étions des cerveaux en cuve, cette phrase serait fausse. Donc elle est fausse dans tous les cas.
Voir la suite du débat (2)
George Edward Moore 1939 · attaque la conclusionDans « Proof of an External World », Moore soutient qu'il peut prouver que le monde extérieur existe : il lève les mains et dit « voici une main, et en voici une autre ». Il est, dit-il en substance, plus sûr d'avoir des mains que d'aucune des prémisses du sceptique. Si l'argument du sceptique est valide et conclut que je ne sais pas que j'ai des mains, alors c'est qu'une de ses prémisses est fausse, même si l'on ne sait pas laquelle.
sans réponse
Dans « Proof of an External World », Moore soutient qu'il peut prouver que le monde extérieur existe : il lève les mains et dit « voici une main, et en voici une autre ». Il est, dit-il en substance, plus sûr d'avoir des mains que d'aucune des prémisses du sceptique. Si l'argument du sceptique est valide et conclut que je ne sais pas que j'ai des mains, alors c'est qu'une de ses prémisses est fausse, même si l'on ne sait pas laquelle.
KKeith DeRose 1995 · attaque la prémisse 3Le mot « savoir » n'a pas les mêmes exigences dans toutes les situations. Quand le sceptique parle de cuves, il hausse tellement le niveau d'exigence que sa conclusion (« tu ne sais pas que tu as des mains ») est vraie dans ce contexte. Mais dans la vie courante, où l'on est moins exigeant, je sais très bien que j'ai des mains. L'argument du sceptique est donc vrai à son niveau d'exigence, et notre savoir ordinaire reste intact.
sans réponse
Le mot « savoir » n'a pas les mêmes exigences dans toutes les situations. Quand le sceptique parle de cuves, il hausse tellement le niveau d'exigence que sa conclusion (« tu ne sais pas que tu as des mains ») est vraie dans ce contexte. Mais dans la vie courante, où l'on est moins exigeant, je sais très bien que j'ai des mains. L'argument du sceptique est donc vrai à son niveau d'exigence, et notre savoir ordinaire reste intact.