QuestionsLe monde existe-t-il vraiment ?Et si je n'étais qu'un cerveau dans une cuve ?
Le monde existe-t-il vraiment ?Le monde est réel

Et si je n'étais qu'un cerveau dans une cuve ?

Le cerveau dans une cuve (hypothèse sceptique, et réponse de Putnam)

Hilary Putnam 1926 · 2016Un même état mental peut être réalisé par des cerveaux très différents : l'esprit est une fonction, pas une matière.
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Ce qu'il soutient

Je ne sais pas que j'ai des mains, ni, plus généralement, que le monde extérieur existe tel que je le vois.

Pourquoi

Un cerveau en cuve relié à un ordinateur aurait la même vie intérieure que moi : aucune expérience ne distingue les deux situations.

La même idée à travers l'histoire
Descartes1641Dans la première Méditation, Descartes imagine un malin génie tout-puissant qui le trompe sur tout, et se considère comme n'ayant « point de mains ». Le doute porte déjà sur le monde extérieur et sur le corps.
Hilary Putnam1981Putnam raconte la version moderne : un savant fou, une cuve de nutriments, un ordinateur qui envoie des signaux aux nerfs. Il s'en sert pour poser le vieux problème du scepticisme sur le monde extérieur, puis pour le combattre. Le film Matrix (1999) a rendu cette image célèbre.
En bref

« Et si je n'étais qu'un cerveau dans une cuve ? » est un argument de Hilary Putnam (Reason, Truth and History, 1981, chapitre 1, 1981) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : le monde est réel). Sa thèse : Je ne sais pas que j'ai des mains, ni, plus généralement, que le monde extérieur existe tel que je le vois. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 1 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Reason, Truth and History, 1981, chapitre 1
Valide

Tu regardes tes mains. Es-tu sûr qu'elles existent ? Imagine que ton cerveau ait été retiré de ton corps, placé dans une cuve, et relié à un ordinateur qui t'envoie exactement les sensations d'une vie normale. Rien, dans ce que tu vis, ne te permettrait de le savoir. C'est l'argument du sceptique moderne, que Putnam expose au début de son livre de 1981. Attention : Putnam ne le défend pas, il veut le réfuter. L'argument ci-dessous est donc celui du sceptique, sous sa forme la plus forte. La principale objection est celle de Putnam lui-même : « nous sommes des cerveaux dans une cuve » est une phrase qui se réfute elle-même, parce que les mots d'un cerveau en cuve ne se rapporteraient pas à de vraies cuves (c'est ce qu'on appelle l'externalisme sémantique : le sens de nos mots dépend de ce à quoi ils sont reliés dans le monde).

P1Si j'étais un cerveau dans une cuve, relié à un ordinateur qui reproduit tous mes gestes et toutes mes sensations, ma vie intérieure serait exactement la même que maintenant : je croirais lever la main, la voir et la sentir bouger.
P2 · prémisse impliciteSi aucune expérience ne permet de distinguer deux situations, alors je ne peux pas savoir que je ne suis pas dans la pire des deux.
P3 · prémisse impliciteJe ne peux savoir que j'ai des mains que si je sais que je ne suis pas un cerveau dans une cuve (car être un cerveau dans une cuve exclut d'avoir des mains).
Donc je ne sais pas que j'ai des mains, ni, plus généralement, que le monde extérieur existe tel que je le vois.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P2 et P3, on pourrait accepter l'histoire de la cuve et pourtant dire : je sais que j'ai des mains, car mes yeux et mes mains me le montrent, même si je ne peux pas prouver que la cuve n'existe pas.
L'argument est valide. P1 et P2 donnent : je ne sais pas que je ne suis pas un cerveau dans une cuve. P3 dit que savoir que j'ai des mains demande de savoir cela. Donc je ne sais pas que j'ai des mains. Les deux principes cachés, P2 et P3, portent presque tout le débat : P3 est contesté par Moore et par le contextualisme, et P2 par Putnam.
Analogie. Un joueur dans un jeu vidéo en réalité virtuelle parfaite voit sa manette, ses mains et sa chambre. Rien ne lui dit si c'est le jeu ou la vraie vie. Il ne peut donc pas être sûr, de l'intérieur, que ses mains sont réelles.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Hilary Putnam 1981 · attaque la prémisse 2

Le sceptique se trompe : je peux savoir que je ne suis pas un cerveau dans une cuve, parce que cette hypothèse se réfute elle-même. Si tous les êtres pensants étaient depuis toujours des cerveaux en cuve, leur mot « cuve » se rapporterait à des images ou à des signaux de l'ordinateur, pas à de vraies cuves, car il n'aurait jamais été relié causalement à de vraies cuves. Leur phrase « nous sommes des cerveaux dans une cuve » dirait donc autre chose que ce que dit notre phrase. Si nous étions des cerveaux en cuve, cette phrase serait fausse. Donc elle est fausse dans tous les cas.

Putnam répond
M
Michael Kinghan, puis Gary Ebbs (résumé de l'Encyclopédie de Stanford) 1986
La preuve de Putnam suppose ce que le sceptique met en doute. Pour dire que le mot « cuve » d'un cerveau en cuve ne se rapporte pas à de vraies cuves, il faut accepter une théorie de la référence tirée de nos croyances ordinaires. Mais si je suspends mes croyances ordinaires au point de supposer que je suis peut-être un cerveau en cuve, on ne voit pas pourquoi j'aurais le droit de m'appuyer sur cette théorie.
Hilary Putnam 1981 · Putnam sur sa propre méthode (texte de 1981, écrit avant l'objection)
Putnam décrit sa propre démarche : elle cherche ce qui est raisonnablement possible en partant de certaines hypothèses très générales. Elle n'est ni « empirique » ni tout à fait « a priori » : elle dépend d'hypothèses qu'on pourrait dire empiriques (par exemple que l'esprit n'a accès aux choses extérieures que par les sens). Il reconnaît donc que sa preuve est faillible.
Voir la suite du débat (2)
D
David Christensen 1993
Même si la preuve de Putnam marche, elle laisse intacte une autre hypothèse : mon cerveau vient d'être mis en cuve, sans que je le sache. Mes mots auraient alors leur sens ordinaire et la phrase « je suis un cerveau en cuve » serait vraie. Le problème posé par cette hypothèse est aussi fort et aussi plausible que celui de Putnam.
Le débat continue (notre résumé) Le débat continue. Christensen juge que cette réponse ne change pas le fond : elle utilise des croyances ordinaires, c'est-à-dire justement ce que le sceptique met en doute. Les défenseurs de Putnam répondent que son argument n'a jamais voulu prouver qu'on ne peut pas être trompé, mais seulement que l'hypothèse de la cuve éternelle est incohérente. Aucun camp n'a emporté la décision.
Joseph Tymoczko, Hilary Putnam (1998), puis Thorpe et Wright (résumé de l'Encyclopédie de Stanford) 1989
Pour écarter l'hypothèse de la mise en cuve récente, on peut s'appuyer non sur la sémantique mais sur nos croyances ordinaires sur l'état actuel de la médecine : personne ne sait greffer un cerveau dans une cuve et le relier à un ordinateur capable de simuler une vie entière.
George Edward Moore 1939 · attaque la conclusion

Dans « Proof of an External World », Moore soutient qu'il peut prouver que le monde extérieur existe : il lève les mains et dit « voici une main, et en voici une autre ». Il est, dit-il en substance, plus sûr d'avoir des mains que d'aucune des prémisses du sceptique. Si l'argument du sceptique est valide et conclut que je ne sais pas que j'ai des mains, alors c'est qu'une de ses prémisses est fausse, même si l'on ne sait pas laquelle.

sans réponse
Putnam n'a pas répondu à cette objection.
Le débat continue (notre résumé) Le débat continue (notre résumé). Les sceptiques répondent que Moore ne montre pas d'où vient son savoir et se contente de refuser la conclusion. Cet argument est traité à part sur le site (« Voici une main »).
K
Keith DeRose 1995 · attaque la prémisse 3

Le mot « savoir » n'a pas les mêmes exigences dans toutes les situations. Quand le sceptique parle de cuves, il hausse tellement le niveau d'exigence que sa conclusion (« tu ne sais pas que tu as des mains ») est vraie dans ce contexte. Mais dans la vie courante, où l'on est moins exigeant, je sais très bien que j'ai des mains. L'argument du sceptique est donc vrai à son niveau d'exigence, et notre savoir ordinaire reste intact.

sans réponse
Putnam n'a pas répondu à cette objection.
Le débat continue (notre résumé) Le débat continue (notre résumé). Les critiques jugent que cette solution ne répond pas vraiment au sceptique : elle lui donne raison dans son contexte, et la question « sait-on vraiment ? » reste posée. Aucun camp n'a emporté la décision.