QuestionsLe monde existe-t-il vraiment ?« Voici une main » : la preuve du monde extérieur
Le monde existe-t-il vraiment ?Le monde est réel

« Voici une main » : la preuve du monde extérieur

La preuve de Moore ; « voici une main, et en voici une autre » ; le sens commun contre le sceptique

G. E. Moore 1873 · 1958Le bien ne se définit pas par autre chose : confondre « bon » et « agréable » est une erreur.
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Ce qu'il soutient

Il existe des choses extérieures à moi : le monde extérieur existe.

Pourquoi

Je suis plus sûr d'avoir deux mains ici que de n'importe quelle prémisse sceptique qui le nierait.

La même idée à travers l'histoire
Samuel Johnson1763Selon Boswell, qui rapporte la scène, Samuel Johnson répond à la thèse de Berkeley en frappant du pied une grosse pierre : « Je la réfute ainsi. » C'est déjà le sens commun contre le sceptique, avant Reid et Moore. L'anecdote vient de Boswell, pas d'un écrit de Johnson.
Thomas Reid1764Reid défend déjà le « sens commun » : certaines croyances, comme l'existence des corps que nous percevons, sont plus sûres que n'importe quel raisonnement de philosophe qui les met en doute.
Kant1787Kant écrit que c'est « un scandale pour la philosophie » de devoir admettre l'existence des choses hors de nous « par la foi », faute d'une preuve. Moore ouvre son article de 1939 avec cette phrase, et pense pouvoir donner la preuve qui manquait.
G. E. Moore1925Dans « Défense du sens commun », Moore dresse la liste de vérités qu'il dit connaître avec certitude (il existe un corps vivant qui est le sien, la Terre existe depuis longtemps...) et soutient que les philosophes qui les nient se contredisent en les utilisant.
G. E. Moore1939Moore transforme ce sens commun en preuve : il montre ses deux mains, et conclut que des choses extérieures à lui existent.
En bref

« « Voici une main » : la preuve du monde extérieur » est un argument de G. E. Moore (G. E. Moore, Proof of an External World, 1939, 1925) sur la question « Le monde existe-t-il vraiment ? » (réponse : le monde est réel). Sa thèse : Il existe des choses extérieures à moi : le monde extérieur existe. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 2 prémisses. AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

G. E. Moore, Proof of an External World, 1939
Valide

Le sceptique dit : tu ne peux pas être sûr qu'il existe un monde en dehors de ton esprit, peut-être rêves-tu. En 1939, le philosophe anglais G. E. Moore répond d'une façon qui a fait sourire et réfléchir : il lève une main, dit « voici une main », lève l'autre, dit « et en voici une autre », et conclut que deux mains existent, donc qu'il existe au moins des choses hors de lui. Son idée de fond est que nous sommes plus sûrs d'avoir des mains que de n'importe quelle prémisse d'un raisonnement sceptique : quand un raisonnement conduit à nier une chose aussi sûre, c'est le raisonnement qui doit céder. L'argument est présenté ici dans sa forme la plus forte ; la prémisse P3 est celle que Moore suppose sans l'écrire.

P1Je sais qu'ici il y a une main, et qu'ici il y en a une autre (je le montre en levant mes mains). Il serait absurde de dire que je ne fais que le croire.
P2S'il y a une main ici et une autre là maintenant, alors il en suit qu'il existe maintenant deux mains, c'est-à-dire des choses dans l'espace, extérieures à mon esprit.
P3 · prémisse impliciteCe que je sais est vrai : si je sais qu'il y a deux mains ici, alors il y a bien deux mains ici.
Donc il existe des choses extérieures à moi : le monde extérieur existe.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où je dis « je sais qu'il y a deux mains ici », où des mains impliquent un monde extérieur, mais où il n'y a pas de mains (je rêve) : la conclusion tombe.
Avec P3, l'argument est valide : je sais qu'il y a des mains, savoir suppose que c'est vrai, et s'il y a des mains alors le monde extérieur existe. Sans P3, il ne l'est plus : on pourrait croire savoir, ou savoir au sens faible, tout en se trompant. Tout le débat porte donc sur P1 : Moore a-t-il le droit de dire qu'il sait, sans avoir d'abord prouvé qu'il ne rêve pas ? Moore répond oui : on peut savoir sans pouvoir prouver.
Analogie. Un élève dit à son professeur : « Tu ne peux pas prouver que 2 + 2 font 4, donc tu ne le sais pas. » Le professeur répond qu'il est plus sûr que 2 + 2 font 4 qu'il n'est sûr de n'importe quelle règle de ton raisonnement. Moore dit la même chose de ses mains.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Le sceptique (objection que Moore prévoit lui-même) 1939 · attaque la prémisse 1

Tu ne sais pas qu'il y a ici une main. Pour le savoir, il faudrait d'abord prouver que tu ne rêves pas, comme l'a fait remarquer Descartes. Or tu ne peux pas le prouver. Ta preuve suppose donc ce qu'elle veut établir : c'est une pétition de principe.

Moore répond
Moore Réponse de Moore (1939)
Moore accorde qu'il ne peut pas prouver qu'il ne rêve pas. Il a, dit-il, des raisons concluantes d'affirmer qu'il ne rêve pas et des preuves concluantes qu'il est éveillé, mais c'est très différent de pouvoir le prouver : il ne pourrait pas énumérer toutes ses preuves.
Le débat continue (notre résumé) C'est le point de fond du désaccord. Moore répond qu'on est plus sûr d'avoir des mains que de la vérité de la prémisse sceptique selon laquelle il faut pouvoir écarter la cuve pour savoir. Le sceptique répond que cette « certitude » est justement ce qui est en question. Le débat sur le cerveau dans une cuve est repris dans un autre argument du site, en cours de rédaction.
Le cerveau dans une cuve (version moderne, Putnam 1981) 1981
Imagine un cerveau gardé dans une cuve et relié à un ordinateur qui lui envoie exactement les mêmes expériences que les tiennes. Ses « raisons concluantes » seraient identiques aux tiennes, et pourtant il se tromperait. Des raisons qu'on aurait aussi dans la situation où l'on se trompe ne peuvent pas suffire à savoir.
Voir la suite du débat (1)
Moore Moore, sur la différence entre savoir et prouver (1939)
Moore dit qu'on peut savoir des choses qu'on ne peut pas prouver. Ceux qui sont mécontents de sa preuve parce qu'il n'a pas prouvé ses prémisses n'ont donc, selon lui, aucune bonne raison de l'être.
Ludwig Wittgenstein 1969 · attaque la prémisse 1

Dans De la certitude, écrit en 1949-1951 et publié en 1969, Wittgenstein part de la phrase de Moore : si l'on accorde qu'il sait qu'il a une main, on lui accorde tout le reste. Mais il doute que « je sais » ait ici un sens. On dit « je sais » quand un doute est possible et qu'on peut le lever en regardant de plus près. Or personne ne doute sérieusement qu'il a des mains : ce n'est pas un savoir qui s'appuie sur des preuves, c'est ce sur quoi s'appuie tout notre jeu de preuves et de doutes.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1969, après sa mort (1958).
Le débat continue (notre résumé) Wittgenstein ne dit pas que Moore a tort sur les faits : il ne doute pas des mains. Il dit que la preuve de Moore ne prouve rien, parce qu'elle ne répond pas au sceptique sur son terrain : elle suppose tranquillement ce que le sceptique met en question. La certitude de Moore existe, mais elle n'est pas un savoir au sens ordinaire. Les spécialistes discutent encore de la meilleure façon de lire ce texte, laissé inachevé.