QuestionsQui suis-je vraiment ?Le cercle de Butler : la conscience suppose l'identité
Qui suis-je vraiment ?Une âme

Le cercle de Butler : la conscience suppose l'identité

L'objection du cercle contre Locke

Joseph Butler 1692 · 1752Évêque et moraliste anglais : le bonheur naît de la satisfaction d'affections particulières, pas de l'amour de soi qui le vise.
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Ce qu'il soutient

La conscience de l'identité personnelle ne peut pas la constituer : elle la révèle seulement. Être la même personne ne dépend pas de ce dont on se souvient.

Pourquoi

Se souvenir d'un acte suppose déjà qu'on est la personne qui l'a fait : la conscience ne peut donc pas constituer l'identité.

En bref

« Le cercle de Butler : la conscience suppose l'identité » est un argument de Joseph Butler (De l'identité personnelle, 1736) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : une âme). Sa thèse : La conscience de l'identité personnelle ne peut pas la constituer : elle la révèle seulement. Être la même personne ne dépend pas de ce dont on se souvient. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 5 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

De l'identité personnelle, 1736
Valide

Pour Locke, ce qui fait qu'une personne est la même, c'est la conscience qu'elle a de ses actions passées. Butler, évêque anglais, y voit un cercle. Pour que mon souvenir soit un vrai souvenir, il faut que ce soit bien moi qui aie fait l'action dont je me souviens. Ma conscience du passé suppose donc déjà que je suis la même personne : elle ne peut pas la fabriquer. C'est comme si l'on disait que la connaissance fait la vérité de ce qu'elle connaît. La conscience de soi, pour Butler, nous fait seulement découvrir une identité qui existe déjà.

P1En comparant ce qui est moi maintenant et ce qui était moi il y a vingt ans, je discerne que ce n'est pas deux moi, mais un seul et même moi. La conscience de soi me fait connaître mon identité.
P2Quand je me souviens d'une action passée, je suis aussi sûr de la personne qui l'a faite, moi-même, que je le suis que l'action a bien eu lieu. Le souvenir contient donc déjà l'idée que c'est moi.
P3Ce qui suppose une chose ne peut pas la constituer : la connaissance, dans tous les autres cas, ne peut pas constituer la vérité qu'elle suppose.
P4Dire que la conscience du passé fait l'identité personnelle, c'est dire qu'une personne n'a pas existé un seul instant et n'a fait aucune action, sauf ce dont elle peut se souvenir.
P5Or se souvenir ou oublier ne change rien à la vérité d'un fait passé : j'ai existé et j'ai agi à des moments dont je ne me souviens plus.
Donc la conscience de l'identité personnelle ne peut pas la constituer : elle la révèle seulement. Être la même personne ne dépend pas de ce dont on se souvient.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
L'argument a deux voies indépendantes vers la même conclusion. Première voie : le souvenir suppose l'identité (P2), et ce qui suppose une chose ne peut pas la constituer (P3). Seconde voie : si la conscience constituait l'identité, on n'aurait existé qu'aux moments dont on se souvient (P4), ce qui est faux (P5). P1 donne la partie positive : la conscience révèle l'identité. Retirer une des deux voies ne suffit donc pas à rejeter la conclusion.
Analogie. Un thermomètre indique la température, il ne la fait pas. Si l'on disait qu'il fait la chaleur de la pièce, on aurait oublié qu'il doit déjà y avoir une température pour qu'il puisse l'indiquer. La mémoire est le thermomètre de l'identité.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

John Locke (faux souvenirs) 1694 · attaque la prémisse 2

On ne peut pas exclure qu'une substance pensante se représente comme faite par elle une action qu'elle n'a jamais faite, comme dans un rêve que l'on prend pour vrai. Un souvenir, même vécu de l'intérieur, ne garantit donc pas que c'est bien moi qui ai fait l'action.

Butler répond
Butler Réponse de Butler
Butler reconnaît la question : ne pourrions-nous pas nous tromper ? Mais on peut la poser à la fin de n'importe quelle démonstration, car elle porte sur la vérité de la mémoire. Qui doute de la mémoire ici peut aussi douter du raisonnement et de l'intuition. Il est ridicule de vouloir prouver la vérité de nos facultés autrement que par ces facultés elles-mêmes.
Où en est le débat (notre résumé)Butler ne montre pas que les faux souvenirs sont impossibles : il soutient que douter de la mémoire en général ne laisse plus rien à prouver. Locke, lui, s'en remet à la bonté de Dieu. Le désaccord de fond : faut-il garantir la mémoire avant d'en tirer des conclusions, ou la prendre comme point de départ ? Point ouvert, sans réponse largement acceptée.
David Hume 1739 · attaque la prémisse 1

Quand j'entre le plus intimement dans ce que j'appelle moi, je tombe toujours sur une perception particulière, chaud ou froid, lumière ou ombre, amour ou haine, douleur ou plaisir. Je ne me surprends jamais sans une perception et je n'observe jamais rien d'autre que la perception. Il n'y a donc pas de conscience du moi qui puisse nous faire discerner un même moi à deux moments.

un défenseur répond
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1739, après sa mort (1752).
Thomas Reid défenseur de l'argument · 1785
Reid, qui approuve entièrement Butler, répond que mes pensées, mes actions et mes sentiments changent à chaque instant et n'ont qu'une existence successive. Je ne suis pas l'une d'elles : je suis ce à quoi elles appartiennent, et ce moi est permanent.
Où en est le débat (notre résumé)Hume ne trouve en lui que des perceptions, jamais un moi qui les porte ; Reid affirme au contraire que nous sommes ce qui pense, agit et souffre, et que ce moi est permanent. Le désaccord de fond : y a-t-il une expérience du moi, ou un faisceau de perceptions suffit-il ? Point ouvert, sans réponse largement acceptée.
Sydney Shoemaker (le quasi-souvenir) 1970 · attaque la prémisse 3

Le souvenir ordinaire suppose bien l'identité : se souvenir d'avoir fait quelque chose, c'est penser que c'est moi qui l'ai fait. Mais on peut définir un quasi-souvenir, un souvenir qui vient de l'expérience d'une personne, sans supposer que cette personne est moi. Une chaîne de quasi-souvenirs peut alors expliquer l'identité sans cercle : le reproche de Butler ne vaut que pour le souvenir ordinaire.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1970, après sa mort (1752).
Où en est le débat (notre résumé)Shoemaker accorde à Butler que le souvenir ordinaire est circulaire, et change de notion pour l'éviter. On discute encore si le quasi-souvenir échappe vraiment au cercle, et s'il suffit à rendre compte de ce qui fait l'identité. Point ouvert, sans réponse largement acceptée.