Croyances et désirs : une théorie fausse, comme l'alchimie
Le matérialisme éliminativiste, l'éliminativisme
Les croyances et les désirs (les « attitudes propositionnelles ») n'existent pas : la psychologie populaire et son vocabulaire seront éliminés par les neurosciences.
Nos croyances et désirs forment une vieille théorie qui échoue et stagne ; les neurosciences la remplaceront, comme l'alchimie.
« Croyances et désirs : une théorie fausse, comme l'alchimie » est un argument de Paul Churchland (« Eliminative Materialism and the Propositional Attitudes », 1981, 1981) sur la question « L'esprit est-il le cerveau ? » (réponse : l'esprit vient de la matière). Sa thèse : Les croyances et les désirs (les « attitudes propositionnelles ») n'existent pas : la psychologie populaire et son vocabulaire seront éliminés par les neurosciences. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4, P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Quand tu dis « il a pris son parapluie parce qu'il croyait qu'il allait pleuvoir et qu'il voulait rester sec », tu expliques son geste par une croyance et un désir. Paul Churchland pose une question qui dérange : et si cette façon de parler était une théorie, comme l'alchimie, et une théorie fausse ? Les alchimistes parlaient d'« esprits » du mercure et du soufre ; nous parlons de croyances et de désirs. Quand les neurosciences seront achevées, dit-il, ces mots pourraient disparaître comme ont disparu l'alchimie, le phlogistique ou l'« esprit vital ». C'est la version la plus radicale du matérialisme : l'esprit tel que nous le décrivons n'est pas le cerveau, il n'existe tout simplement pas.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la psychologie populaire est fausse et stagnante, où les neurosciences la dépassent, et où pourtant elle n'est pas remplacée mais traduite : le mot « croire » désignerait alors, en gros, un état du cerveau. Sans P5, il trouve un cas où la théorie est remplacée, mais où ce qu'elle posait existe quand même sous un autre nom, comme la chaleur, qui n'a pas disparu quand on a abandonné le « fluide calorique ».
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
LLynne Rudder Baker 1987 · attaque la conclusionL'éliminativisme se contredit lui-même. Pour affirmer « les croyances n'existent pas », il faut croire que c'est vrai et vouloir le dire aux autres. Si la thèse est vraie, personne ne peut la croire ni l'affirmer : elle se détruit en se disant. (Baker la décrit comme un « suicide cognitif ».)
Churchland répond
L'éliminativisme se contredit lui-même. Pour affirmer « les croyances n'existent pas », il faut croire que c'est vrai et vouloir le dire aux autres. Si la thèse est vraie, personne ne peut la croire ni l'affirmer : elle se détruit en se disant. (Baker la décrit comme un « suicide cognitif ».)
JJerry Fodor 1987 · attaque la prémisse 2Si la psychologie populaire s'effondrait, ce serait, sans comparaison, la plus grande catastrophe intellectuelle de l'histoire de notre espèce. Rien, sauf peut-être la physique du sens commun, ne touche d'aussi près le cœur de notre pensée. Il faut donc la défendre : on n'a aucune raison décisive de douter de ses explications.
Churchland répond
Si la psychologie populaire s'effondrait, ce serait, sans comparaison, la plus grande catastrophe intellectuelle de l'histoire de notre espèce. Rien, sauf peut-être la physique du sens commun, ne touche d'aussi près le cœur de notre pensée. Il faut donc la défendre : on n'a aucune raison décisive de douter de ses explications.
Daniel Dennett (la posture intentionnelle) 1991 · attaque la prémisse 2Même les adversaires s'accordent à dire que la psychologie populaire permet de prédire très bien le comportement. Prédire qu'une personne se baissera si on lui lance une brique est facile avec la posture intentionnelle ; ce sera toujours impraticable si on doit suivre les photons de la brique à l'œil et les neurotransmetteurs du nerf optique au nerf moteur. Les croyances sont donc de vrais « motifs » dans le comportement, même si elles ne sont pas des objets rangés dans le cerveau.
sans réponse
Même les adversaires s'accordent à dire que la psychologie populaire permet de prédire très bien le comportement. Prédire qu'une personne se baissera si on lui lance une brique est facile avec la posture intentionnelle ; ce sera toujours impraticable si on doit suivre les photons de la brique à l'œil et les neurotransmetteurs du nerf optique au nerf moteur. Les croyances sont donc de vrais « motifs » dans le comportement, même si elles ne sont pas des objets rangés dans le cerveau.
Objection que Churchland prévoit (les fonctionnalistes) 1981 · attaque la prémisse 1La psychologie populaire n'est pas à proprement parler une théorie empirique : elle n'est pas fausse, ou du moins pas réfutable par l'expérience, et on ne peut pas la dépasser comme une théorie périmée.
Churchland répond
La psychologie populaire n'est pas à proprement parler une théorie empirique : elle n'est pas fausse, ou du moins pas réfutable par l'expérience, et on ne peut pas la dépasser comme une théorie périmée.