Savoir pour prévoir, prévoir pour agir
Agir efficacement demande de prévoir à partir de lois observées, et non de connaître les causes premières : science, d'où prévoyance ; prévoyance, d'où action.
Nos moyens directs d'agir sont faibles ; connaître les lois, c'est pouvoir prévoir, et prévoir permet de modifier les phénomènes.
« Savoir pour prévoir, prévoir pour agir » est un argument d'Auguste Comte (Cours de philosophie positive, 2e leçon (1830) et 1re leçon) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : par l'expérience, avec prudence). Sa thèse : Agir efficacement demande de prévoir à partir de lois observées, et non de connaître les causes premières : science, d'où prévoyance ; prévoyance, d'où action. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
À quoi sert la science ? Pour Comte, à nous donner un pouvoir que notre corps n'a pas. Nos mains sont faibles, mais si nous savons comment les phénomènes s'enchaînent, une petite pression au bon moment suffit à changer le résultat. Un météorologue ne fait pas la pluie, mais il sait quand elle vient. Cette idée a une suite surprenante : si la science sert à prévoir et agir, elle n'a pas à chercher les « causes premières » ni l'essence des choses. Ses lois lui suffisent. Mais Comte ajoute que la science ne doit pas être cherchée seulement pour son utilité, et que la théorie pure a une dignité propre.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'on agit efficacement, en prévoyant à partir de lois, sans que ces lois viennent d'une observation : par exemple des lois découvertes par un raisonnement pur, comme celles des mathématiques appliquées au ciel avant toute mesure. C'est exactement ce que P5 écarte.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Pierre Duhem, La Théorie physique 1906 · attaque la prémisse 5Il n'y a pas de fait observé « pur ». Dans un laboratoire, chaque lecture d'un instrument suppose déjà des théories (sur l'instrument, sur la lumière, sur la matière). Un fait ne met donc jamais à l'épreuve une loi isolée : il met à l'épreuve tout un ensemble de théories. Les lois ne viennent pas de l'observation seule.
Comte répond
Il n'y a pas de fait observé « pur ». Dans un laboratoire, chaque lecture d'un instrument suppose déjà des théories (sur l'instrument, sur la lumière, sur la matière). Un fait ne met donc jamais à l'épreuve une loi isolée : il met à l'épreuve tout un ensemble de théories. Les lois ne viennent pas de l'observation seule.
JJean Perrin, Les Atomes (et l'analyse spectrale, Kirchhoff et Bunsen, 1859) 1913 · attaque la prémisse 4La science a souvent progressé en cherchant ce qui se cache derrière les phénomènes. Dans Les Atomes (1913), Perrin rassemble des mesures concordantes, obtenues par des méthodes très différentes, qui montrent que les atomes existent. Avant lui, beaucoup de savants les tenaient pour de simples outils de calcul. La physique moderne est faite d'entités qu'on n'observe pas directement. Dire que la science ne cherche pas les causes, c'est se priver de ses plus grandes découvertes.
sans réponse
La science a souvent progressé en cherchant ce qui se cache derrière les phénomènes. Dans Les Atomes (1913), Perrin rassemble des mesures concordantes, obtenues par des méthodes très différentes, qui montrent que les atomes existent. Avant lui, beaucoup de savants les tenaient pour de simples outils de calcul. La physique moderne est faite d'entités qu'on n'observe pas directement. Dire que la science ne cherche pas les causes, c'est se priver de ses plus grandes découvertes.
Aristote, Métaphysique 350 av. J.-C. · attaque la prémisse 4Pour Aristote, connaître vraiment, c'est connaître par les causes : celui qui sait pourquoi une chose est ainsi en sait plus que celui qui sait seulement qu'elle est ainsi. Ceux qui enseignent sont ceux qui disent les causes de chaque chose. Une science qui renonce au pourquoi renonce au savoir lui-même.
Comte répond
Pour Aristote, connaître vraiment, c'est connaître par les causes : celui qui sait pourquoi une chose est ainsi en sait plus que celui qui sait seulement qu'elle est ainsi. Ceux qui enseignent sont ceux qui disent les causes de chaque chose. Une science qui renonce au pourquoi renonce au savoir lui-même.