Auguste Comte
Ne connaître que les faits : l'âge positif de la science.
Auguste Comte (1798 – 1857, France) : positivisme. L'esprit humain a connu trois âges. Au premier, il explique le monde par des dieux et des volontés surnaturelles. Sur AskPhilosophy : 3 arguments reconstruits, 6 citations vérifiées mot pour mot dans ses textes originaux et 4 idées reçues examinées ; chaque texte porte un badge d'authenticité (écrit par l'auteur, posthume, notes d'élèves, transmis, apocryphe).
Pourquoi il compte
Il a donné son nom à une façon de penser : le positivisme, pour qui seul compte ce que l'observation et la science peuvent établir. Il a aussi inventé deux mots que nous employons tous les jours, sociologie et altruisme. Sa formule « l'ordre et le progrès » est devenue la devise du drapeau du Brésil. Il est un des grands penseurs du XIXe siècle que l'on cite, que l'on critique, et que l'on lit trop peu : ses idées sur la science sont souvent séparées de sa religion, alors qu'il tenait à les garder ensemble.
Son époque
Né à Montpellier, il entre à 16 ans à l'École polytechnique. Il est le secrétaire du penseur Saint-Simon de 1817 à 1824, puis donne son Cours de philosophie positive (60 leçons, publiées de 1830 à 1842). Il vit de leçons particulières et de postes modestes, traverse une grave crise de santé en 1826-1827, et perd ses postes à l'École polytechnique (en 1844, puis en 1851). En 1844, il rencontre Clotilde de Vaux : un amour sans mariage, que la mort de celle-ci arrête en 1846, et qui change sa pensée : le cœur passe avant l'esprit. Il écrit alors le Système de politique positive (1851-1854) et le Catéchisme positiviste (1852). Beaucoup de ses lecteurs, dont Mill, aiment le Cours et rejettent cette seconde partie.
Ses positions
clique sur une ligne pour voir la preuveIl écarte Dieu, mais d'une façon particulière : chercher l'origine du monde et ses causes premières est pour lui « inaccessible et vide de sens », et les opinions théologiques sont « indémontrables ». Il ne dit pas d'abord « Dieu n'existe pas » : il dit que la science n'a pas à s'en occuper et ne peut s'accorder avec les théologies. Athée ou agnostique ? Les lecteurs hésitent. Il a fini par remplacer Dieu par l'Humanité.
Il n'y a de connaissances réelles que celles qui reposent sur des faits observés. Mais il refuse l'empirisme pur : pour observer, l'esprit a besoin d'une théorie, et une simple accumulation de faits n'est pas de la science.
Le savoir positif est solide, mais relatif : l'esprit renonce aux notions absolues, aux causes premières et à l'origine de l'univers. Il tient les lois établies par l'observation pour fiables, sans prétendre à un savoir définitif sur l'essence des choses.
Il rejette la psychologie par l'introspection, « dernière transformation de la théologie » : l'esprit ne peut pas s'observer lui-même. Il faut l'étudier par ses organes (la physiologie) et par ses œuvres (les sciences). Il rattache donc la pensée au cerveau, sans écrire une théorie complète de la matière et de l'esprit.
Pour la science positive arrivée à maturité, la volonté elle-même est soumise à de véritables lois. Il écrit pourtant que la fatalité naturelle est « modifiable » : l'humanité agit en connaissant les lois. Il ne parle guère du libre arbitre au sens métaphysique.
Sa morale tient en une phrase : « vivre pour autrui ». Elle est fondée sur la nature sociale de l'homme et sur ce que nous devons à ceux qui nous ont précédés, pas sur un commandement divin. Elle n'est donc ni purement subjective ni un ordre venu d'au-delà du monde. Les lecteurs la classent différemment.
Dans le Cours, la raison et la science jugent tout. Dans le Catéchisme, il met le cœur au-dessus de l'esprit (« la prépondérance continue du cœur sur l'esprit »), mais veut une religion fondée sur des doctrines « démontrables », pas sur un surnaturel. Beaucoup y voient deux Comte ; il soutenait qu'il n'y en avait qu'un.
La vie a un sens, qui ne vient pas de Dieu mais de notre place dans l'Humanité : vivre pour elle, avec ses morts et ses descendants. C'est un sens « donné » par ce que nous devons aux autres, pas inventé par chacun. Nietzsche, entre autres, y verrait une ombre de l'ancienne religion.
Il pense que l'homme est d'abord plutôt égoïste, mais perfectible : tout le progrès humain consiste à faire dominer peu à peu l'altruisme sur l'égoïsme. Pour lui l'éducation et la religion sont faites pour cela.
La société passe avant l'individu. Le positivisme « ne reconnaît à personne d'autre droit que celui de toujours faire son devoir » : à ses yeux, les droits individuels sont une notion métaphysique, et chacun naît chargé d'obligations envers l'Humanité. Ses lecteurs libéraux, Mill en tête, jugent ce programme autoritaire.
Une morale de l'altruisme : « vivre pour autrui » est un « devoir continu » qui découle d'un fait, nous vivons tous « par autrui ». On pourrait aussi la rapprocher de la morale du devoir ; c'est pourquoi nous la rangeons dans « autre ».