La loi des trois états
Il n'y a de connaissances réelles que celles qui reposent sur des faits observés.
Le savoir passe par trois états : les deux premiers sont provisoires, seul l'état positif cherche les lois par l'observation.
« La loi des trois états » est un argument d'Auguste Comte (Cours de philosophie positive, 1re leçon (1830)) sur la question « La science peut-elle tout expliquer ? » (réponse : elle peut tout expliquer). Sa thèse : Il n'y a de connaissances réelles que celles qui reposent sur des faits observés. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un enfant explique l'orage par la colère d'un dieu. Plus tard, il parle d'une « force » de la foudre. Plus tard encore, il mesure l'électricité. Comte croit que l'humanité tout entière suit ce chemin, et que chaque science le parcourt à son tour : un âge théologique, un âge métaphysique, un âge positif. Il en tire une conclusion sur le savoir : l'âge positif est l'âge définitif, et il ne retient comme connaissance réelle que ce qui repose sur des faits observés. Mais est-ce une loi de l'histoire, ou une manière de décider à l'avance que ses adversaires sont du passé ?
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où la connaissance est réelle tout en étant dans un état provisoire (par exemple une explication théologique ou métaphysique vraie), sans reposer sur des faits observés. Il montre que la loi des trois états, à elle seule, ne dit rien de la vérité de chaque état.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Karl Popper, Misère de l'historicisme 1957 · attaque la prémisse 1L'histoire humaine est un processus unique, qui ne se répète pas. On peut y repérer des tendances, mais une tendance dépend de conditions qui peuvent changer : ce n'est pas une loi. Annoncer une suite nécessaire en trois étapes, c'est pour Popper un cas d'historicisme, une prophétie qui se donne pour de la science.
sans réponse
L'histoire humaine est un processus unique, qui ne se répète pas. On peut y repérer des tendances, mais une tendance dépend de conditions qui peuvent changer : ce n'est pas une loi. Annoncer une suite nécessaire en trois étapes, c'est pour Popper un cas d'historicisme, une prophétie qui se donne pour de la science.
PPeter Berger (dir.), The Desecularization of the World 1999 · attaque la prémisse 1Les sociologues attendaient la fin des religions avec le progrès des sciences. Or, dans la plus grande partie du monde (États-Unis, Afrique, Inde, monde musulman), la religion reste forte, et elle coexiste avec la science et la technique. Les trois états ne se remplacent pas : ils vivent ensemble dans les mêmes sociétés, parfois dans la même tête.
sans réponse
Les sociologues attendaient la fin des religions avec le progrès des sciences. Or, dans la plus grande partie du monde (États-Unis, Afrique, Inde, monde musulman), la religion reste forte, et elle coexiste avec la science et la technique. Les trois états ne se remplacent pas : ils vivent ensemble dans les mêmes sociétés, parfois dans la même tête.
Averroès, Discours décisif (vers 1179) 1179 · attaque la prémisse 2Pour Averroès, des esprits différents atteignent le vrai par des chemins différents, au même moment, dans la même société : certains par la démonstration, d'autres par la discussion, d'autres par l'éloquence et les images. La raison et la religion ne se succèdent pas comme deux âges de l'humanité : elles parlent à des natures différentes. Les états de Comte seraient des types d'esprits, pas des étapes.
sans réponse
Pour Averroès, des esprits différents atteignent le vrai par des chemins différents, au même moment, dans la même société : certains par la démonstration, d'autres par la discussion, d'autres par l'éloquence et les images. La raison et la religion ne se succèdent pas comme deux âges de l'humanité : elles parlent à des natures différentes. Les états de Comte seraient des types d'esprits, pas des étapes.
John Stuart Mill, Auguste Comte et le positivisme 1865 · attaque la conclusionMill admire la méthode du Cours, mais il refuse que les « faits observés » excluent les faits intérieurs. Comte avait écrit que l'esprit peut observer tous les phénomènes, sauf les siens, car « par qui serait faite l'observation ? » (1re leçon, §52). Mill répond : nous connaissons nos pensées et nos sentiments, sinon pendant qu'ils ont lieu, du moins juste après, par la mémoire. Interdire la psychologie fondée sur l'observation intérieure, c'est priver la science d'une source de faits réelle.
sans réponse
Mill admire la méthode du Cours, mais il refuse que les « faits observés » excluent les faits intérieurs. Comte avait écrit que l'esprit peut observer tous les phénomènes, sauf les siens, car « par qui serait faite l'observation ? » (1re leçon, §52). Mill répond : nous connaissons nos pensées et nos sentiments, sinon pendant qu'ils ont lieu, du moins juste après, par la mémoire. Interdire la psychologie fondée sur l'observation intérieure, c'est priver la science d'une source de faits réelle.
EEdmund Husserl, La Crise des sciences européennes 1936 · attaque la conclusionRéduire le savoir aux faits observés, c'est laisser de côté les questions de sens : ce que valent la raison, la vérité, la liberté, la vie humaine. Une science de simples faits ne peut rien dire à ceux qui se demandent pourquoi vivre. Pour Husserl, le positivisme coupe la philosophie de sa tête.
sans réponse
Réduire le savoir aux faits observés, c'est laisser de côté les questions de sens : ce que valent la raison, la vérité, la liberté, la vie humaine. Une science de simples faits ne peut rien dire à ceux qui se demandent pourquoi vivre. Pour Husserl, le positivisme coupe la philosophie de sa tête.