QuestionsL'Histoire a-t-elle un sens ?L'humanité se perfectionne sans limite fixée : l'Esquisse de Condorcet
L'Histoire a-t-elle un sens ?Le progrès

L'humanité se perfectionne sans limite fixée : l'Esquisse de Condorcet

La perfectibilité indéfinie

Nicolas de Condorcet 1743 · 1794Mathématicien et homme politique des Lumières, il pense que l'humanité peut se perfectionner sans limite fixée.
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Ce qu'il soutient

L'histoire a une direction : le progrès de l'esprit humain, vers plus de savoir, d'égalité et de vertu, sans terme assignable.

Pourquoi

Les lois du développement de l'esprit humain sont constantes et le passé n'y montre aucune limite : le progrès peut se poursuivre.

En bref

« L'humanité se perfectionne sans limite fixée : l'Esquisse de Condorcet » est un argument de Nicolas de Condorcet (Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain (1795), Introduction et dixième époque) sur la question « L'Histoire a-t-elle un sens ? » (réponse : le progrès). Sa thèse : L'histoire a une direction : le progrès de l'esprit humain, vers plus de savoir, d'égalité et de vertu, sans terme assignable. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain (1795), Introduction et dixième époque
Valide avec une prémisse implicite

Condorcet écrit ce livre en 1793-1794, caché pendant la Terreur, quelques mois avant sa mort en prison. Il y suit l'histoire humaine en dix « époques », des tribus de chasseurs à la Révolution française, puis jette un regard sur l'avenir. Son idée : si nous pouvons prévoir les phénomènes de la nature parce que ses lois sont constantes, nous pouvons aussi, d'après l'histoire, prévoir la marche de l'espèce humaine. Elle va vers plus de savoir, plus d'égalité, plus de vertu, à un rythme variable, mais sans terme assignable. Attention : l'ouvrage est posthume (1795) et certains passages jugent durement des peuples que l'auteur dit encore « barbares ».

P1Les lois qui règlent le développement des facultés intellectuelles et morales de l'homme sont, comme celles de la nature, constantes : on peut donc, d'après l'histoire, tracer avec vraisemblance les destinées futures de l'espèce.
P2L'observation du passé montre qu'aucun terme n'a été marqué au perfectionnement des facultés humaines : la perfectibilité de l'homme est réellement indéfinie.
P3Ce perfectionnement porte sur trois points : la destruction de l'inégalité entre les nations, les progrès de l'égalité dans un même peuple, le perfectionnement réel de l'homme.
P4 · prémisse impliciteSi les lois du développement humain sont constantes et que le passé n'y montre aucune limite, alors l'espèce continuera à avancer vers ces trois buts, à un rythme variable.
Donc l'histoire a une direction : le progrès de l'esprit humain, vers plus de savoir, d'égalité et de vertu, sans terme assignable.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où les lois sont constantes, où le passé n'a rencontré aucune limite, et où l'avenir s'arrête ou recule : une régularité passée qui ne prouve rien pour la suite.
Valide avec P4. P4 est un pari d'induction : il suppose que ce qui a été vrai du passé le restera. Sans elle, on peut admettre que les lois sont constantes et que le passé n'a pas montré de limite, sans en conclure que l'avenir ira dans le même sens. Condorcet admet lui-même que le progrès peut être plus ou moins rapide.
Analogie. Un grimpeur qui monte une pente depuis dix heures sans jamais trouver de sommet. Il peut dire qu'il n'a pas rencontré de limite, et que la pente continue. Ses adversaires demandent s'il est sûr de ne pas arriver à un col, ou à un précipice, derrière la prochaine crête.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Rousseau 1750 · attaque la prémisse 3

Le progrès des sciences et des arts n'a pas rendu les hommes meilleurs : nos âmes se sont corrompues à mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés vers la perfection. Savoir plus ne veut pas dire valoir plus.

Condorcet répond
Condorcet Passage de Condorcet qui vise cette thèse (Rousseau n'est pas nommé)
Condorcet décrit des gens qui se plaignaient sans cesse de la décadence des lumières au milieu de leurs progrès, et qui gémissaient sur la dégradation de l'espèce humaine à mesure que les hommes se ressouvenaient de leurs droits et se servaient de leur raison.
Le débat continue (notre résumé) Condorcet ne nomme pas Rousseau dans ce passage, et il le range ailleurs parmi les penseurs qui ont fixé les principes des droits du peuple (IX, 22). Le désaccord n'est donc pas sur la liberté politique mais sur la morale : le savoir rend-il meilleur ? Rousseau voit dans les sciences une cause de corruption ; Condorcet y voit la condition de la vertu éclairée. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : le progrès du savoir et des techniques entraîne-t-il un progrès moral ? Les deux auteurs s'accordent sur la valeur de la vertu. Question ouverte, reprise par Kant, Freud et les critiques contemporains de la technique.
T
Thomas Malthus 1798 · attaque la prémisse 2

Condorcet décrit lui-même le moment où le nombre des hommes dépasserait leurs moyens de subsistance et marquerait la limite de tout progrès. Mais ce moment est déjà arrivé depuis longtemps : la population croît plus vite que la nourriture, et la misère qui en résulte existe depuis que l'on tient une histoire de l'humanité. La perfectibilité a donc un terme.

Condorcet répond
Condorcet Passage de Condorcet, écrit avant l'objection
Condorcet prévoit lui-même cette limite et la juge lointaine. Si elle arrivait, dit-il, il n'en résulterait rien d'effrayant : les hommes sauraient alors que leurs obligations envers les êtres qui ne sont pas encore ne consistent pas à leur donner l'existence, mais le bonheur.
T
Thomas Malthus 1798
Malthus dit ne pas comprendre cette façon de lever la difficulté. Il y voit une allusion à un moyen contre nature d'éviter les naissances, qui détruirait la vertu et la pureté des mœurs que les partisans de la perfectibilité disent vouloir.
Le débat continue (notre résumé) Les deux auteurs s'accordent sur la logique : une limite physique existerait si la population croissait sans frein. Ils diffèrent sur le moment, et sur les freins possibles : Condorcet compte sur une raison qui maîtrise les naissances, Malthus sur la misère et le vice (il n'ajoutera la « contrainte morale » qu'en 1803). Les données de démographie historique des deux derniers siècles sont lues en sens contraire par leurs héritiers. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : la raison peut-elle maîtriser durablement la croissance de la population et des besoins, ou la nature impose-t-elle une limite ? Les deux camps invoquent l'histoire des deux derniers siècles. Question ouverte.
Schopenhauer 1844 · attaque la prémisse 2

L'idée d'un progrès de l'humanité vers toujours plus de perfection se contredit : une durée infinie s'est déjà écoulée avant chaque instant, donc tout ce qui devait arriver avec le temps devrait déjà être là. L'histoire n'avance pas vers un but : elle redit la même chose sous d'autres formes.

sans réponse
voir l'argument
Pas de réponse possible : objection formulée en 1844, après sa mort (1794).
Le débat continue (notre résumé) Condorcet parle d'un perfectionnement « indéfini », non infini : il envisage lui-même (X, 45-47) qu'un terme lointain puisse exister, sans le tenir pour certain. L'argument de Schopenhauer vise un devenir sans commencement ; Condorcet pose un début (le premier état de civilisation, Introduction, 8) et une marche de l'humanité dans le temps réel. Les défenseurs jugent donc l'objection hors de portée ; ses partisans répondent que le raisonnement vaut pour tout progrès supposé sans fin. (Notre résumé.)
Où en est le débat (notre résumé)Point disputé : l'argument du temps infini touche-t-il un progrès qui a commencé dans le temps ? Les défenseurs du progrès répondent que non ; Schopenhauer répond que l'histoire redit la même nature humaine. Voir aussi son argument.