Helvidius Priscus : « Tu feras ton rôle, je ferai le mien »
Helvidius Priscus et Vespasien ; le fil de pourpre
Je peux désobéir à l'ordre de me taire et le payer de ma vie : la conscience passe avant l'ordre, et la peine se subit sans résistance ni peur.
L'empereur peut m'exclure ou me tuer, mais tant que je suis sénateur, mon rôle est de dire ce qui me semble juste, sans trembler.
« Helvidius Priscus : « Tu feras ton rôle, je ferai le mien » » est un argument d'Épictète (Entretiens I, 2 (selon Arrien, vers 108), 108) sur la question « Faut-il toujours obéir à la loi ? » (réponse : la conscience d'abord). Sa thèse : Je peux désobéir à l'ordre de me taire et le payer de ma vie : la conscience passe avant l'ordre, et la peine se subit sans résistance ni peur. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Vespasien, empereur de Rome, fait dire au sénateur Helvidius Priscus de ne pas venir au Sénat. Helvidius répond : « Il est en ton pouvoir de ne pas me laisser être du sénat ; mais tant que j'en serai, il faut que j'y aille. » L'empereur cède un peu : « Vas-y, mais tais-toi. » Helvidius : « Ne m'interroge pas et je me tairai. » Mais l'empereur l'interrogera, et il dira ce qu'il pense juste, quitte à mourir. Épictète en tire une leçon : chacun a un rôle, et ce qui est convenable à ce rôle ne dépend pas de l'ordre reçu. L'empereur fait son rôle (punir), Helvidius le sien (parler, puis accepter la peine sans trembler). Note : le texte vient d'Arrien, qui a noté les leçons d'Épictète, et Épictète ne dit pas ici que toute loi injuste doit être désobéie : il parle d'un homme à sa place.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, on peut accepter P1 à P3 et conclure autrement : mon rôle demande de parler, mais l'ordre du pouvoir passe quand même avant, et je dois me taire en attendant de pouvoir convaincre. C'est la position de Kant.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Platon (les Lois du Criton) 385 av. J.-C. · attaque la conclusionDans le Criton, les Lois disent à Socrate qu'il faut soit convaincre la cité, soit faire ce qu'elle ordonne. Obéir à l'ordre et chercher à le faire changer, c'est la règle ; désobéir parce que « je juge juste » ruinerait toute loi, puisque chacun pourrait en dire autant.
sans réponse
Dans le Criton, les Lois disent à Socrate qu'il faut soit convaincre la cité, soit faire ce qu'elle ordonne. Obéir à l'ordre et chercher à le faire changer, c'est la règle ; désobéir parce que « je juge juste » ruinerait toute loi, puisque chacun pourrait en dire autant.
Emmanuel Kant 1797 · attaque la prémisse 4Kant écrit que le peuple a le devoir de supporter même un abus du pouvoir suprême qu'on dit insupportable, parce que toute résistance à la législation suprême est contraire à la loi et détruit tout l'ordre légal. Un sénateur qui passe outre à l'ordre de l'empereur sape l'ordre légal, même au nom de sa conscience.
un défenseur répond
Kant écrit que le peuple a le devoir de supporter même un abus du pouvoir suprême qu'on dit insupportable, parce que toute résistance à la législation suprême est contraire à la loi et détruit tout l'ordre légal. Un sénateur qui passe outre à l'ordre de l'empereur sape l'ordre légal, même au nom de sa conscience.
Épictète (objection qu'il se fait lui-même) 108 · attaque la conclusion« À quoi servit cette conduite de Priscus, seul comme il était ? » Un seul homme ne change rien à l'empereur, et sa mort ne sert à personne.
Épictète répond
« À quoi servit cette conduite de Priscus, seul comme il était ? » Un seul homme ne change rien à l'empereur, et sa mort ne sert à personne.