Libre, c'est avoir la volonté qu'on veut avoir
Les désirs de second ordre (le toxicomane malgré lui)
On peut avoir une volonté libre dans un monde déterminé : la liberté de la volonté, c'est l'accord entre la volonté qu'on a et celle qu'on veut avoir. Frankfurt note que sa conception est neutre sur le déterminisme.
On peut vouloir tel désir plutôt que tel autre : être libre, c'est avoir la volonté qu'on veut avoir, même dans un monde déterminé.
« Libre, c'est avoir la volonté qu'on veut avoir » est un argument de Harry Frankfurt (« Freedom of the Will and the Concept of a Person », 1971) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : libres sans libre arbitre absolu). Sa thèse : On peut avoir une volonté libre dans un monde déterminé : la liberté de la volonté, c'est l'accord entre la volonté qu'on a et celle qu'on veut avoir. Frankfurt note que sa conception est neutre sur le déterminisme. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 3 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un toxicomane qui déteste sa dépendance et un toxicomane content de la sienne prennent la même drogue pour la même raison physique. Pourtant on sent qu'ils ne sont pas libres de la même façon. En 1971, Harry Frankfurt en tire une idée : la liberté de la volonté ne consiste pas à pouvoir faire autrement, mais à avoir la volonté qu'on veut avoir. Et cela peut être vrai dans un monde où tout a des causes.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, on pourrait accepter la définition et dire pourtant que l'accord entre les ordres de désirs n'existe jamais vraiment si tout est déterminé, par exemple parce que la liberté demande de pouvoir faire autrement. Les incompatibilistes disent à peu près cela.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
GGary Watson 1975 · attaque la prémisse 2Frankfurt suppose que les désirs de second ordre parlent pour la personne, parce qu'on craint que ses désirs de premier ordre ne le fassent pas. Mais pourquoi le même doute ne reviendrait-il pas au second ordre ? Pourquoi s'arrêter à ce niveau, et pas au troisième, au quatrième, sans fin ? Un désir de plus haut rang est encore un désir : rien ne lui donne plus d'autorité.
Frankfurt répond
Frankfurt suppose que les désirs de second ordre parlent pour la personne, parce qu'on craint que ses désirs de premier ordre ne le fassent pas. Mais pourquoi le même doute ne reviendrait-il pas au second ordre ? Pourquoi s'arrêter à ce niveau, et pas au troisième, au quatrième, sans fin ? Un désir de plus haut rang est encore un désir : rien ne lui donne plus d'autorité.
AAlfred Mele 1995 · attaque la conclusionAnne a acquis ses préférences et ses valeurs de façon normale. Béatrice a été manipulée par des neurologues pour avoir exactement les mêmes, et après la manipulation, elle les approuve de façon réfléchie. Selon Frankfurt, Béatrice a l'accord entre ses ordres de désirs. Pourtant, dit Mele, elle n'a qu'un « simulacre » de gouvernement de soi, parce que ses valeurs lui ont été imposées. Une définition qui ne regarde que la structure du moment laisse donc passer des cas où l'on n'est pas libre.
Frankfurt répond
Anne a acquis ses préférences et ses valeurs de façon normale. Béatrice a été manipulée par des neurologues pour avoir exactement les mêmes, et après la manipulation, elle les approuve de façon réfléchie. Selon Frankfurt, Béatrice a l'accord entre ses ordres de désirs. Pourtant, dit Mele, elle n'a qu'un « simulacre » de gouvernement de soi, parce que ses valeurs lui ont été imposées. Une définition qui ne regarde que la structure du moment laisse donc passer des cas où l'on n'est pas libre.
DDerk Pereboom 2001 · attaque la conclusionL'argument des quatre cas. Plum tue White en remplissant les conditions que proposent les compatibilistes. Dans le cas 1, des neurologues le manipulent directement ; dans le cas 2, ils l'ont programmé ; dans le cas 3, c'est son éducation et sa culture qui fixent son caractère ; dans le cas 4, il est un humain normal dans un monde déterminé. Pereboom soutient qu'il n'y a pas de différence qui compte entre ces cas. Plum n'est pas responsable dans le cas 1 : il ne l'est donc pas dans le cas 4. Une volonté qui s'accorde avec ses volitions ne suffit pas à la liberté si tout est déterminé.
Frankfurt répond
L'argument des quatre cas. Plum tue White en remplissant les conditions que proposent les compatibilistes. Dans le cas 1, des neurologues le manipulent directement ; dans le cas 2, ils l'ont programmé ; dans le cas 3, c'est son éducation et sa culture qui fixent son caractère ; dans le cas 4, il est un humain normal dans un monde déterminé. Pereboom soutient qu'il n'y a pas de différence qui compte entre ces cas. Plum n'est pas responsable dans le cas 1 : il ne l'est donc pas dans le cas 4. Une volonté qui s'accorde avec ses volitions ne suffit pas à la liberté si tout est déterminé.