QuestionsSommes-nous libres ?La dernière des libertés : choisir son attitude
Sommes-nous libres ?Le libre arbitre

La dernière des libertés : choisir son attitude

La liberté de prendre position ; le pan-déterminisme critiqué

Viktor Frankl 1905 · 1997Psychiatre rescapé des camps : on trouve le sens en se donnant à une cause, et le bonheur vient par surcroît.
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Ce qu'il soutient

L'homme n'est pas entièrement conditionné et déterminé : il « se détermine lui-même », selon qu'il cède aux conditions ou leur résiste. Cette liberté de choisir son attitude ne peut jamais lui être retirée.

Pourquoi

Même au camp, où l'on peut tout prendre à un homme, il reste de quoi décider de l'attitude qu'il prend, donc ce qu'il devient.

La même idée à travers l'histoire
Viktor Frankl1946Frankl, psychiatre juif viennois, survit à quatre camps (dont Auschwitz). Il publie son témoignage en 1946. L'idée est reprise dans la partie théorique de l'édition anglaise.
En bref

« La dernière des libertés : choisir son attitude » est un argument de Viktor Frankl (Ein Psycholog erlebt das Konzentrationslager (1946) ; Man's Search for Meaning, 1re partie et « Logotherapy in a Nutshell », 1946) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : le libre arbitre). Sa thèse : L'homme n'est pas entièrement conditionné et déterminé : il « se détermine lui-même », selon qu'il cède aux conditions ou leur résiste. Cette liberté de choisir son attitude ne peut jamais lui être retirée. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Ein Psycholog erlebt das Konzentrationslager (1946) ; Man's Search for Meaning, 1re partie et « Logotherapy in a Nutshell »
Valide avec une prémisse implicite

Le déterminisme dit que nos actes sont le produit de causes : hérédité, milieu, conditions. Frankl, neurologue et psychiatre, connaît ces causes. Mais il a aussi vécu dans les camps nazis, où le manque de sommeil, de nourriture et la terreur semblaient devoir faire de chacun un animal. Il a vu des prisonniers donner leur dernier morceau de pain, d'autres sombrer. Sa conclusion : la liberté n'est pas l'absence de conditions, c'est la liberté de prendre position face aux conditions. Cette marge, même minuscule, suffit à dire que l'homme se détermine lui-même.

P1Les expériences du camp montrent que l'homme a un choix d'action : certains détenus ont consolé les autres, donné leur dernier pain, surmonté l'apathie.
P2« Tout peut être pris à un homme, sauf une chose : la dernière des libertés humaines, choisir son attitude dans n'importe quelles circonstances, choisir sa propre voie. »
P3Il est vrai que l'homme est soumis à des conditions biologiques, psychologiques et sociales ; mais ce n'est pas une liberté « par rapport aux conditions », c'est une liberté « de prendre position envers elles ».
P4 · prémisse impliciteSi, dans les conditions les plus dures, la personne peut encore décider de son attitude, alors ses conditions ne la déterminent pas entièrement : elle se détermine elle-même en partie.
Donc l'homme n'est pas entièrement conditionné et déterminé : il « se détermine lui-même », selon qu'il cède aux conditions ou leur résiste. Cette liberté de choisir son attitude ne peut jamais lui être retirée.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide avec P4. P1 et P2 sont des témoignages ; P3 précise le sens de la liberté dont il parle ; P4, cachée, passe du témoignage à la thèse. Les points d'attaque : P4 (le déterministe répond que l'attitude choisie a elle-même des causes : le caractère, l'histoire, le cerveau) et la généralisation de quelques cas à tous les détenus (beaucoup n'avaient pas cette marge). Frankl ne nie pas les conditions ni la mort : il dit que la liberté est finie, mais réelle. C'est une liberté de position, pas un pouvoir de tout changer.
Analogie. Un navigateur ne choisit ni le vent ni la mer, mais il choisit comment il oriente ses voiles. Il ne peut pas aller n'importe où, mais le cap qu'il tient n'est pas décidé par le vent seul.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Arthur Schopenhauer 1839 · attaque la prémisse 4

Schopenhauer répondrait que la conscience nous dit seulement « je peux faire ce que je veux », pas que nous aurions pu vouloir autre chose. L'attitude « choisie » dans le camp découle du caractère de la personne et des motifs qui s'offrent : ce que Frankl appelle choix est l'expression d'un caractère déjà formé.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Frankl dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Frankl ne discute pas Schopenhauer. Réponse reconstruite d'après la partie sur le pan-déterminisme (notre lecture, sans citation) : l'homme décide toujours de ce qu'il sera dans l'instant suivant, et l'individu reste imprévisible. Le désaccord porte sur la nature de ce « décide » : cause comme une autre, ou commencement ?
Où en est le débat (notre résumé)Schopenhauer : le choix découle du caractère. Frankl : l'homme se détermine lui-même. Désaccord de fond : se déterminer soi-même, est-ce être libre ou seulement être sa propre cause nécessaire ?
R
Robert Sapolsky 2023 · attaque la prémisse 4

Dans Determined (2023), Sapolsky soutient que nos choix résultent d'une chaîne de causes biologiques et environnementales (gènes, hormones, enfance, culture) ; il n'y a pas de point de départ qui échappe à cette chaîne. Le courage d'un prisonnier a des causes comme n'importe quel autre acte.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 2023, après sa mort (1997).
Où en est le débat (notre résumé)Sapolsky : toute attitude a des causes. Frankl : la personne prend position. Désaccord de fond : la prise de position est-elle une cause parmi d'autres ou une exception à la chaîne ?
P
Primo Levi 1986 · attaque la prémisse 1

Levi, rescapé d'Auschwitz, se méfie des leçons morales tirées du camp. Dans « La zone grise », il refuse de juger à la légère les détenus qui ont collaboré, tant la pression était extrême ; dans « La honte », il soutient que ceux qui ont survécu n'étaient pas les meilleurs, et que les meilleurs sont morts. Le témoignage des survivants ne prouve donc pas qu'une liberté intérieure restait à tous.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Frankl dans ses textes.
Où en est le débat (notre résumé)Levi : les survivants n'étaient pas les meilleurs, et la pression du camp écrasait la plupart. Frankl : une marge reste, même minuscule. Désaccord de fond : une liberté qui n'existe que pour quelques-uns est-elle une liberté humaine ?