QuestionsSommes-nous libres ?Faire ce qu'on veut, mais pas vouloir ce qu'on veut
Sommes-nous libres ?Pas de libre arbitre

Faire ce qu'on veut, mais pas vouloir ce qu'on veut

Arthur Schopenhauer 1788 · 1860La vie oscille entre la souffrance et l'ennui.
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Ce qu'il soutient

Il n'y a pas de libre arbitre dans nos actes, et la conscience ne prouve pas le contraire : on peut faire ce qu'on veut, mais on ne peut vouloir, à chaque instant, qu'une seule chose. (Schopenhauer place la liberté ailleurs : dans ce que nous sommes, notre caractère, pas dans ce que nous faisons.)

Pourquoi

Chaque acte résulte d'un caractère inné et d'un motif qui agit comme une cause : on peut faire ce qu'on veut, pas vouloir autre chose.

En bref

« Faire ce qu'on veut, mais pas vouloir ce qu'on veut » est un argument d'Arthur Schopenhauer (Essai sur le libre arbitre, chap. 1 à 3 et 5) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : pas de libre arbitre). Sa thèse : Il n'y a pas de libre arbitre dans nos actes, et la conscience ne prouve pas le contraire : on peut faire ce qu'on veut, mais on ne peut vouloir, à chaque instant, qu'une seule chose. (Schopenhauer place la liberté ailleurs : dans ce que nous sommes, notre caractère, pas dans ce que nous faisons.). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 6 prémisses. AskPhilosophy présente 5 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Essai sur le libre arbitre, chap. 1 à 3 et 5
Valide

Une académie norvégienne met une question au concours : peut-on prouver le libre arbitre par la conscience que nous avons de nous-mêmes ? Schopenhauer répond non, et gagne le prix en 1839. Notre conscience nous dit seulement que nous pouvons faire ce que nous voulons. Mais ce que nous voulons dépend de notre caractère et des motifs qui se présentent, aussi sûrement qu'un effet dépend de sa cause.

P1Le libre arbitre, au sens fort, ce serait pouvoir vouloir autre chose que ce qu'on veut : qu'un homme donné, dans une situation donnée, puisse vouloir une chose ou son contraire.
P2La conscience de soi nous dit seulement : « je peux faire ce que je veux ». Elle ne dit rien de plus : elle ne nous dit pas que nous aurions pu vouloir autre chose.
P3Chaque action est le produit de deux facteurs : le caractère de la personne et le motif qui se présente.
P4Le caractère est inné et ne change pas : il reste le même toute la vie.
P5Un motif agit sur la volonté comme une cause sur un corps : la motivation n'est que la causalité qui passe par la connaissance.
P6Si un même caractère rencontre un même motif, et que le motif agit comme une cause, une seule volonté est possible.
Donc il n'y a pas de libre arbitre dans nos actes, et la conscience ne prouve pas le contraire : on peut faire ce qu'on veut, mais on ne peut vouloir, à chaque instant, qu'une seule chose. (Schopenhauer place la liberté ailleurs : dans ce que nous sommes, notre caractère, pas dans ce que nous faisons.)

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide sans prémisse cachée. Le raisonnement a deux parties. P2 désarme le témoignage de la conscience : sentir qu'on peut faire ce qu'on veut ne prouve pas qu'on aurait pu vouloir autre chose. P3 à P6 établissent que la volonté est déterminée. Les points d'attaque sont donc la définition de la liberté (P1 : les compatibilistes disent que pouvoir faire ce qu'on veut suffit), la nécessité des motifs (P5 : Leibniz dit qu'ils inclinent sans forcer) et le caractère qui ne change jamais (P4 : l'éducation, l'effort, la conversion ?). Attention : Schopenhauer ne conclut pas que nous ne sommes responsables de rien. Pour lui, la liberté et la responsabilité sont dans ce que nous sommes, pas dans chacun de nos actes.
Analogie. Une girouette sur un axe bien huilé, par vent changeant : elle se tourne vers chaque vent l'un après l'autre. Si elle pouvait penser, elle croirait à chaque fois pouvoir s'arrêter où elle veut. L'image est de Schopenhauer : notre volonté se tourne ainsi vers chaque motif que l'imagination lui présente, et nous croyons à chaque fois que nous pourrions la fixer là. En réalité, le vent le plus fort l'emporte.

Objections

5

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Descartes 1644 · attaque la prémisse 2

Nous avons une conscience si nette de notre liberté et de notre indifférence qu'il n'y a rien que nous connaissions plus clairement. Il serait absurde de douter de ce que nous éprouvons intérieurement.

Schopenhauer répond
Schopenhauer
Schopenhauer cite ce passage pour le refuser : Descartes tranche le nœud au lieu de le défaire. Ce que la conscience atteste sans aucun doute, c'est « je peux faire ce que je veux ». Or cela ne contient et ne décide absolument rien sur la liberté de la volonté elle-même.
Hume (les compatibilistes) 1748 · attaque la prémisse 1

Par liberté, on ne peut entendre qu'une chose : le pouvoir d'agir ou de ne pas agir selon ce que l'on veut. Cette liberté, tout le monde l'a, et elle s'accorde très bien avec la nécessité des causes. Le reste est une querelle de mots.

Schopenhauer répond
Schopenhauer
C'est le sens courant du mot « libre » : « je suis libre si je peux faire ce que je veux ». Mais dans « ce que je veux », la question est déjà tranchée. Ce qu'on demande, c'est si la volonté elle-même est libre : peux-tu aussi vouloir ce que tu veux ?
Le débat continue (notre résumé) Un compatibiliste répondrait que la question « peux-tu vouloir ce que tu veux ? » mène à une régression sans fin, Schopenhauer le dit lui-même. Si la liberté forte est impossible à concevoir, la seule liberté qui compte est celle d'agir selon sa volonté, sans contrainte : c'est elle que la morale et le droit supposent.
Leibniz (les motifs inclinent sans nécessiter) 1686 · attaque la prémisse 5

Nos choix ont toujours des raisons, mais ces raisons inclinent la volonté sans la forcer. Une action peut être certaine sans être nécessaire : le contraire n'implique pas contradiction.

Schopenhauer répond
Schopenhauer
Schopenhauer cite Leibniz et répond qu'un tel chemin du milieu n'est pas tenable. On ne peut pas dire que les motifs déterminent la volonté seulement jusqu'à un certain point, après quoi elle pourrait s'y soustraire. Dès qu'on accorde à un motif le pouvoir d'agir, il suffit qu'il soit plus fort pour l'emporter : celui qui hésite à se laisser acheter pour 10 ducats cédera pour 100.
Kant 1788 · attaque la conclusion

Si nos actes suivent nécessairement de ce qui les précède, notre « liberté » ne vaut pas mieux que celle d'un tourne-broche, qui une fois remonté tourne tout seul. Sans une vraie liberté, il n'y a plus de responsabilité morale.

Schopenhauer répond
Schopenhauer
Schopenhauer reprend ici la solution de Kant lui-même. Nous nous sentons responsables, et avec raison. Mais cette responsabilité vise d'abord l'acte seulement en apparence : au fond, elle vise notre caractère. C'est de ce que nous sommes que nous nous sentons responsables. La liberté est donc dans notre être, pas dans nos actes.
Le débat continue (notre résumé) Un kantien répondrait que la difficulté n'est que déplacée : si mon caractère est inné et ne change jamais, je ne l'ai pas choisi, et l'on voit mal pourquoi j'en serais responsable. Schopenhauer répond que ce caractère est lui-même l'acte libre de notre volonté, hors du temps ; beaucoup de lecteurs trouvent cette idée très difficile à penser.
Nietzsche 1886 · attaque la prémisse 5

Le libre arbitre absolu est une absurdité, mais son contraire aussi. Parler de causes qui « forcent » la volonté, c'est transformer en choses des mots qui ne servent qu'à décrire. Le « serf arbitre » est une mythologie : dans la vie réelle, il n'y a que des volontés fortes et des volontés faibles.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1886, après sa mort (1860).