Homo homini lupus : une part d'agression est dans la nature
« L'homme est un loup pour l'homme » ; le malaise dans la culture ; la pulsion d'agression
La nature humaine comporte une hostilité primaire des hommes les uns envers les autres : la société est sans cesse menacée de se défaire, et la civilisation doit la contenir par des renoncements.
L'homme n'est pas doux : il a une forte part d'agression, qui se montre dès que rien ne la retient et précède la propriété.
« Homo homini lupus : une part d'agression est dans la nature » est un argument de Sigmund Freud (Das Unbehagen in der Kultur (Le Malaise dans la culture), 1930, chap. V, 1930) sur la question « L'être humain est-il bon par nature ? » (réponse : porté au mal). Sa thèse : La nature humaine comporte une hostilité primaire des hommes les uns envers les autres : la société est sans cesse menacée de se défaire, et la civilisation doit la contenir par des renoncements. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Freud écrit en 1930, après la Première Guerre mondiale. Au chapitre V du Malaise dans la culture, il part de l'ordre « Aime ton prochain comme toi-même » et se demande pourquoi nous avons tant de mal à l'appliquer. Sa réponse est une thèse sur l'être humain : nous ne sommes pas des êtres doux qui se défendent seulement quand on les attaque. Parmi nos dispositions, il y a une part de penchant à l'agression, qui fait du prochain une tentation autant qu'un aide. Pour lui, la civilisation n'a pas pour fonction de faire disparaître cette tendance, mais de la contenir, et elle le fait en nous imposant des renoncements, d'où le « malaise ». Le texte n'est pas présenté sous forme de prémisses : la forme P1 à P5 est notre reconstruction. Nous citons le texte allemand, la traduction est la nôtre.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'agression est réelle, spontanée quand rien ne la retient et antérieure à la propriété, mais où elle n'est qu'une réaction à des conditions de rareté et de peur, et non un trait de la nature : la conclusion ne suit plus.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Les communistes, tels que Freud les présente attaque la prémisse 4Résumé : Freud rapporte la thèse des communistes. L'homme est entièrement bon et bienveillant envers son prochain, mais l'institution de la propriété privée a corrompu sa nature. La propriété donne à l'un la puissance et la tentation de maltraiter l'autre, et l'exclu se révolte contre l'oppresseur. Si l'on abolit la propriété, la malveillance et l'hostilité disparaîtront.
Freud répond
Résumé : Freud rapporte la thèse des communistes. L'homme est entièrement bon et bienveillant envers son prochain, mais l'institution de la propriété privée a corrompu sa nature. La propriété donne à l'un la puissance et la tentation de maltraiter l'autre, et l'exclu se révolte contre l'oppresseur. Si l'on abolit la propriété, la malveillance et l'hostilité disparaîtront.
Rousseau 1755 · attaque la prémisse 5Résumé : Rousseau reconnaît que les hommes sont méchants, une triste et continuelle expérience dispensant de la preuve. Mais il dit que l'homme est naturellement bon, et que ce qui l'a dépravé, ce sont les changements survenus dans sa constitution, les progrès qu'il a faits et les connaissances qu'il a acquises. Un penchant à l'agression, présent partout dans les sociétés, ne prouve pas qu'il soit naturel.
sans réponse
Résumé : Rousseau reconnaît que les hommes sont méchants, une triste et continuelle expérience dispensant de la preuve. Mais il dit que l'homme est naturellement bon, et que ce qui l'a dépravé, ce sont les changements survenus dans sa constitution, les progrès qu'il a faits et les connaissances qu'il a acquises. Un penchant à l'agression, présent partout dans les sociétés, ne prouve pas qu'il soit naturel.
Pierre Kropotkine 1902 · attaque la conclusionRésumé : Kropotkine écrit que l'entraide est le vrai fondement de nos conceptions éthiques. Il y voit un instinct qu'on suit jusqu'aux plus bas degrés du monde animal et à travers tout le développement humain. Il admet pourtant que l'autre courant, l'affirmation de soi, a toujours existé et qu'une seule guerre peut faire plus de mal que des siècles d'entraide ne font de bien.
Freud répond
Résumé : Kropotkine écrit que l'entraide est le vrai fondement de nos conceptions éthiques. Il y voit un instinct qu'on suit jusqu'aux plus bas degrés du monde animal et à travers tout le développement humain. Il admet pourtant que l'autre courant, l'affirmation de soi, a toujours existé et qu'une seule guerre peut faire plus de mal que des siècles d'entraide ne font de bien.
LLes signataires de la Déclaration de Séville 1986 · attaque la prémisse 5Résumé : un groupe international de scientifiques de plusieurs disciplines a adopté à Séville en 1986 un texte qui juge scientifiquement incorrect de dire que nous avons hérité de nos ancêtres animaux une tendance à faire la guerre, que la guerre ou tout autre comportement violent est programmé génétiquement dans la nature humaine, ou que la guerre est causée par un « instinct ». Ils concluent que l'espèce qui a inventé la guerre est capable d'inventer la paix.
un défenseur répond
Résumé : un groupe international de scientifiques de plusieurs disciplines a adopté à Séville en 1986 un texte qui juge scientifiquement incorrect de dire que nous avons hérité de nos ancêtres animaux une tendance à faire la guerre, que la guerre ou tout autre comportement violent est programmé génétiquement dans la nature humaine, ou que la guerre est causée par un « instinct ». Ils concluent que l'espèce qui a inventé la guerre est capable d'inventer la paix.
John Dewey 1922 · attaque la prémisse 5Dewey écrit, huit ans avant Freud, que la guerre ne serait pas possible sans la colère, la pugnacité, la rivalité, le goût de se montrer, mais que croire que ces tendances doivent aboutir à la guerre, c'est comme si un sauvage pensait que, parce que les fibres qu'il tresse pour faire des paniers ont des propriétés fixes, les modèles de sa tribu étaient eux aussi des nécessités naturelles. Pour lui, la nature d'origine fournit les matériaux, et la coutume fournit la machinerie et les plans.
sans réponse
Dewey écrit, huit ans avant Freud, que la guerre ne serait pas possible sans la colère, la pugnacité, la rivalité, le goût de se montrer, mais que croire que ces tendances doivent aboutir à la guerre, c'est comme si un sauvage pensait que, parce que les fibres qu'il tresse pour faire des paniers ont des propriétés fixes, les modèles de sa tribu étaient eux aussi des nécessités naturelles. Pour lui, la nature d'origine fournit les matériaux, et la coutume fournit la machinerie et les plans.