Pourquoi y a-t-il de l'étant plutôt que rien ?
La logique ne peut pas déclarer vide la question « pourquoi y a-t-il de l'étant plutôt que rien ? » : elle naît d'une expérience du néant que la logique suppose.
Dans l'angoisse, le néant se révèle avant toute négation : le « non » repose sur lui, et pas l'inverse, donc la question garde un sens.
« Pourquoi y a-t-il de l'étant plutôt que rien ? » est un argument de Martin Heidegger (Qu'est-ce que la métaphysique ?, 1929) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : ce qui échappe aux mots). Sa thèse : La logique ne peut pas déclarer vide la question « pourquoi y a-t-il de l'étant plutôt que rien ? » : elle naît d'une expérience du néant que la logique suppose. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Dans sa leçon de 1929, Heidegger part de la science : elle étudie l'étant (ce qui existe) « et rien d'autre ». Pourtant, dit-il, en parlant d'elle-même elle fait appel au néant. Il se demande ce qu'est ce « rien ». Il soutient qu'on ne peut pas le saisir par un jugement, car ce n'est pas une chose, mais qu'il se révèle dans une disposition affective : l'angoisse (à ne pas confondre avec la peur d'un danger précis). C'est pourquoi nous classons l'argument sous « ce qui échappe aux mots » : pour lui, le néant ne se prouve pas par la logique, il se révèle dans une expérience. Ce rangement est approximatif : Heidegger ne répond pas ici à la question de la certitude. Sa conclusion est la question qui termine la leçon : « Pourquoi y a-t-il de l'étant et non plutôt rien ? »
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où le néant se montre dans l'angoisse sans venir de la négation, mais où la négation reste première (le « non » pourrait venir d'ailleurs, par exemple du langage). Sans P5, il trouve un cas où la logique n'est pas juge, mais où la question est vide quand même, pour une autre raison (par exemple parce que les mots n'ont pas de sens).
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Objection que Heidegger formule lui-même (1929) attaque la prémisse 1La question « qu'est-ce que le néant ? » détruit son propre objet : demander ce qu'« est » le néant, c'est le traiter comme un étant. Et la règle de non-contradiction, base de toute logique, interdit de penser le néant, puisque penser, c'est toujours penser quelque chose.
Heidegger répond
La question « qu'est-ce que le néant ? » détruit son propre objet : demander ce qu'« est » le néant, c'est le traiter comme un étant. Et la règle de non-contradiction, base de toute logique, interdit de penser le néant, puisque penser, c'est toujours penser quelque chose.
Rudolf Carnap, « Le dépassement de la métaphysique par l'analyse logique du langage » 1932 · attaque la prémisse 3Pour Carnap, « le néant néantit » n'est ni vrai ni faux : c'est un pseudo-énoncé. Il fait deux fautes. D'abord, il traite « rien » comme le nom d'un objet, alors que « il n'y a rien dehors » veut simplement dire qu'il n'y a pas de chose dehors. Ensuite, il invente un verbe, « néantir », sans dire à quelles conditions on pourrait vérifier qu'une phrase qui l'emploie est vraie. L'énoncé a la forme d'une phrase sans rien dire. Au mieux, il exprime un sentiment de vie, comme un poème ou une musique, mais il prétend à la connaissance. (Revue Erkenntnis, vol. 2, 1932 ; en paraphrase : l'extrait n'est pas dans notre corpus.)
sans réponse
Pour Carnap, « le néant néantit » n'est ni vrai ni faux : c'est un pseudo-énoncé. Il fait deux fautes. D'abord, il traite « rien » comme le nom d'un objet, alors que « il n'y a rien dehors » veut simplement dire qu'il n'y a pas de chose dehors. Ensuite, il invente un verbe, « néantir », sans dire à quelles conditions on pourrait vérifier qu'une phrase qui l'emploie est vraie. L'énoncé a la forme d'une phrase sans rien dire. Au mieux, il exprime un sentiment de vie, comme un poème ou une musique, mais il prétend à la connaissance. (Revue Erkenntnis, vol. 2, 1932 ; en paraphrase : l'extrait n'est pas dans notre corpus.)
NNishitani Keiji, La Religion et le Néant (école de Kyoto) 1961 · attaque la prémisse 1Nishitani, qui a suivi des cours de Heidegger, retient de lui que le néant se révèle à l'être humain, mais juge que ce néant garde encore une trace de représentation, comme s'il était quelque « chose » qu'on appelle néant. Pour lui, ce néant reste relatif, encore opposé à l'être ; il faut aller plus loin, jusqu'à la vacuité (śūnyatā) du bouddhisme, qui ne s'oppose plus à l'être. (En paraphrase : l'extrait n'est pas dans notre corpus ; les spécialistes discutent la justesse de ce reproche.)
Heidegger répond
Nishitani, qui a suivi des cours de Heidegger, retient de lui que le néant se révèle à l'être humain, mais juge que ce néant garde encore une trace de représentation, comme s'il était quelque « chose » qu'on appelle néant. Pour lui, ce néant reste relatif, encore opposé à l'être ; il faut aller plus loin, jusqu'à la vacuité (śūnyatā) du bouddhisme, qui ne s'oppose plus à l'être. (En paraphrase : l'extrait n'est pas dans notre corpus ; les spécialistes discutent la justesse de ce reproche.)