QuestionsSommes-nous libres ?L'homme, partie de la nature
Sommes-nous libres ?Pas de libre arbitre

L'homme, partie de la nature

La liberté, ignorance des causes

Paul Henri Thiry d'Holbach 1723 · 1789L'homme est une partie de la nature : tout en lui est nécessaire, la liberté est une illusion.
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Ce qu'il soutient

L'homme n'est libre dans aucun instant de sa vie, et le sentiment qu'il a de sa liberté est une illusion.

Pourquoi

L'homme fait partie de la nature et obéit à ses lois : ses volontés ont des causes, il n'est maître de rien de ce qu'il désire.

La même idée à travers l'histoire
Baruch Spinoza1677Il disait déjà que les hommes se croient libres parce qu'ils connaissent leurs désirs et ignorent les causes qui les déterminent. Holbach reprend l'idée sans le Dieu-Nature de Spinoza : pour lui, il n'y a que de la matière en mouvement.
Denis Diderot1756Dans une lettre à Landois, son ami Diderot écrit que le mot liberté est un mot vide de sens et qu'il ne peut y avoir d'êtres libres. Il en tire que le malfaisant est un homme qu'il faut détruire et non punir.
En bref

« L'homme, partie de la nature » est un argument de Paul Henri Thiry d'Holbach (Système de la nature, 1770, I, chap. 11) sur la question « Sommes-nous libres ? » (réponse : pas de libre arbitre). Sa thèse : L'homme n'est libre dans aucun instant de sa vie, et le sentiment qu'il a de sa liberté est une illusion. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Système de la nature, 1770, I, chap. 11
Valide avec une prémisse implicite

Le Système de la nature paraît en 1770 sous un faux nom (celui de Mirabaud, mort depuis dix ans). Holbach, matérialiste et athée, y défend que l'homme est un être physique comme les autres. Dans le chapitre 11, il s'attaque à la liberté : une volonté qui se choisirait elle-même serait un miracle dans la nature. Si on se croit libre, c'est parce qu'on ne voit pas les causes qui nous poussent. Le texte a fait scandale : il a été condamné et brûlé, et Voltaire lui a répondu.

P1L'homme est une partie de la nature, soumise comme tous les êtres à ses lois : il ne pourrait être libre que s'il était plus fort que la nature entière, ou hors d'elle.
P2Donc ses volontés ont des causes : il n'est maître ni de sa constitution, ni de ses idées, ni de ce qu'il désire.
P3Une volonté libre serait une volonté qui se meut d'elle-même et se détermine sans cause.
P4Si les hommes se croient libres, c'est faute de remonter aux causes qui les font agir : ce sentiment ne se fonde que sur leur ignorance.
P5 · prémisse impliciteUn sentiment qui s'explique entièrement par l'ignorance des causes ne prouve pas que nous soyons libres.
Donc l'homme n'est libre dans aucun instant de sa vie, et le sentiment qu'il a de sa liberté est une illusion.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où le sentiment de liberté naît de l'ignorance des causes et où pourtant il révèle quelque chose de vrai : la conclusion complète ne suit plus.
Avec P5, la conclusion suit. P1 et P2 disent que nos volontés ont des causes ; P3 dit ce que serait une volonté libre ; P2 et P3 excluent donc la liberté. P4 et P5 écartent le meilleur argument contraire, le sentiment intérieur d'être libre. Sans P5, on pourrait répondre : ce sentiment vient peut-être de l'ignorance, mais il pourrait quand même être juste.
Analogie. Holbach compare l'homme à la poudre à canon : elle a une activité propre, mais elle ne se déploie que si l'on approche le feu. De même, notre activité intérieure existe, mais il faut un motif pour qu'elle s'exerce. Si l'on ne voit pas ce motif, on croit que la poudre a pris feu toute seule.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Rousseau (par la bouche du vicaire savoyard) 1762 · attaque la prémisse 2

Le principe de toute action est dans la volonté d'un être libre, et on ne peut remonter au-delà. Ce n'est pas le mot de liberté qui ne signifie rien, c'est celui de nécessité. Supposer un acte qui ne vienne d'aucun principe actif, c'est supposer des effets sans cause. Attention : c'est un personnage qui parle, comme dans l'argument « La conscience, instinct divin ».

d'Holbach répond
H
Holbach Holbach (il ne nomme pas Rousseau)
L'âme a bien une activité propre, mais elle ne se déploiera jamais si un motif ou une cause ne la met à portée de s'exercer. À moins de prétendre que l'âme peut aimer ou haïr sans avoir été remuée, sans connaître les objets. La poudre à canon a aussi une activité propre, mais elle ne se déploie que si l'on approche le feu.
Le débat continue (notre résumé) Holbach répond à l'idée, pas à Rousseau en personne : son texte de 1770 ne le cite pas. Les deux s'accordent sur un point, qu'il ne faut pas d'effet sans cause. Ils se séparent sur la première cause : pour le vicaire, c'est la volonté de l'homme, qui commence quelque chose ; pour Holbach, c'est toujours un motif venu de la nature.
Hume (liberté et nécessité) 1748 · attaque la prémisse 3

Par liberté on ne peut entendre que le pouvoir d'agir ou de ne pas agir selon les déterminations de la volonté. Être libre n'est donc pas se déterminer sans cause : c'est agir sans contrainte, et cela est compatible avec la nécessité.

d'Holbach répond
H
Holbach Holbach (il répond à l'idée, sans nommer Hume)
On dit que la liberté est l'absence d'obstacles à nos actions. Mais il ne dépend pas de nous de mettre ou d'ôter les obstacles. Le motif qui nous fait agir n'est pas plus en notre pouvoir que l'obstacle qui nous arrête.
Le débat continue (notre résumé) C'est le cœur du débat entre déterministes et compatibilistes. Pour Hume, savoir si le motif est lui-même causé ne change rien : on est libre quand on agit selon sa volonté. Pour Holbach, ce qui compte est l'origine de la volonté. Les deux parlent de « liberté » en deux sens différents.
Kant 1788 · attaque la conclusion

La liberté est la raison d'être de la loi morale : sans elle, la loi morale ne pourrait pas se trouver en nous. Inversement, c'est par la loi morale que nous prenons conscience de notre liberté.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1788, après sa mort (1789).
Le débat continue (notre résumé) Kant écrit dix-huit ans après Holbach. Celui-ci avait défendu d'avance l'idée que la morale n'a pas besoin de libre arbitre : pour lui, « la morale est la nécessité des rapports qui subsistent entre les hommes ». Kant répond que sans liberté, le devoir n'a plus de sens. Le débat tient à ce qu'on appelle « responsable ».