QuestionsFaut-il toujours obéir à la loi ?On obéit par utilité et par habitude, pas par contrat
Faut-il toujours obéir à la loi ?Obéir

On obéit par utilité et par habitude, pas par contrat

La critique humienne du contrat social

Hume 1711 · 1776Ni la cause ni l'induction ne se prouvent : l'habitude nous guide.
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Ce qu'il soutient

Le devoir d'obéir au gouvernement établi repose sur l'utilité de la société (aidée par l'habitude), et non sur un contrat ou une promesse.

Pourquoi

Les gouvernements viennent de la force et vivre dans un pays n'est pas consentir : on obéit parce que la société ne tiendrait pas sinon.

La même idée à travers l'histoire
Socrate360 av. J.-C.Le Criton : les Lois soutiennent qu'en restant dans la cité, Socrate a promis d'obéir. Hume cite ce passage comme le seul de l'Antiquité qui fonde l'obéissance sur une promesse.
John Locke1689Second traité, §119 : celui qui jouit d'un bien ou d'une route sur le territoire d'un gouvernement lui donne son consentement tacite. C'est la cible de Hume.
Hume1748« Of the Original Contract » : la version présentée ici. Hume admet un « contrat » au sens d'un accord implicite entre sauvages égaux, mais nie qu'il fonde l'obligation d'obéir aujourd'hui.
En bref

« On obéit par utilité et par habitude, pas par contrat » est un argument de Hume (« Of the Original Contract » (Three Essays, Moral and Political, 1748), 1748) sur la question « Faut-il toujours obéir à la loi ? » (réponse : obéir). Sa thèse : Le devoir d'obéir au gouvernement établi repose sur l'utilité de la société (aidée par l'habitude), et non sur un contrat ou une promesse. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« Of the Original Contract » (Three Essays, Moral and Political, 1748)
Valide avec une prémisse implicite

Au XVIIIe siècle, deux camps politiques anglais fondent leur doctrine sur de grandes théories. Les uns disent que le pouvoir vient de Dieu et qu'on ne peut le toucher. Les autres disent que le pouvoir vient d'un contrat original, où le peuple a gardé le droit de résister. Hume trouve les deux théories justes « mais pas au sens que chaque parti leur donne ». Dans son essai sur le contrat, il examine les faits (comment les gouvernements sont-ils nés ?), puis la thèse du « consentement tacite » (rester dans un pays, est-ce consentir ?), puis il propose une autre base de l'obéissance : l'utilité. Sa thèse n'est pas qu'on doit obéir à n'importe quel pouvoir : le même critère d'utilité limite aussi l'obéissance (voir ses réponses ci-dessous). La forme P1 à P4 → C est notre reconstruction.

P1Presque tous les gouvernements sont nés de la conquête ou de l'usurpation, c'est-à-dire de la force. Quand il y a eu un consentement, il était irrégulier, restreint ou mêlé de fraude et de violence : il n'a pas de grande autorité. Donc un consentement original ne fonde pas le devoir actuel d'obéir.
P2Le « consentement tacite » du simple fait de vivre sous un prince n'est pas un vrai consentement. Celui qui pense, comme presque tous, devoir obéissance dès sa naissance n'imagine pas que cela dépende de son choix ; et un pauvre paysan n'a pas la liberté de quitter son pays.
P3Les gens sont pourtant liés : le devoir d'obéir au magistrat est reconnu partout. Et la raison est claire pour tous : sans magistrats, sans lois ni juges, la société ne pourrait subsister. Le devoir de fidélité (tenir sa promesse) repose sur le même fondement, l'intérêt général de la société. On ne gagne donc rien à ramener le premier au second.
P4 · prémisse impliciteSi nous sommes liés d'obéir, ce devoir doit avoir un fondement parmi les trois candidats : un consentement à l'origine, un consentement tacite, ou l'utilité de la société. Il n'y en a pas d'autre.
Donc le devoir d'obéir au gouvernement établi repose sur l'utilité de la société (aidée par l'habitude), et non sur un contrat ou une promesse.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'on est lié d'obéir sans qu'aucun des trois fondements ne le soit : par exemple un devoir naturel de justice. Les autres prémisses ne l'excluent pas.
L'argument est valide. Si l'obéissance a un fondement parmi trois (P4), que ni le consentement original (P1) ni le consentement tacite (P2) ne conviennent, et que l'obéissance est bien due (P3), alors c'est l'utilité. La force de l'argument est de partir des faits, et d'expliquer pourquoi des gens qui n'ont jamais entendu parler de contrat se sentent liés. Sa fragilité est P4 : on peut proposer d'autres fondements (équité, devoir moral naturel), ou un contrat idéal et non historique.
Analogie. On se lave les mains avant de manger. Certains disent que c'est parce qu'on l'a promis à sa mère ; mais la vraie raison est que cela évite des maladies, et la promesse n'ajoute rien. Pour Hume, il en va de même de l'obéissance : l'utilité de la société est la vraie raison, et la promesse supposée n'ajoute aucune force.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

John Locke 1689 · attaque la prémisse 2

Locke répond par avance à l'objection : tout homme qui possède un bien ou jouit d'une partie du territoire d'un gouvernement lui donne par là son consentement tacite et est tenu d'obéir à ses lois, aussi longtemps qu'il en jouit, qu'il possède des terres pour toujours ou seulement un logement pour une semaine, ou qu'il voyage librement sur la grand-route.

Hume répond
Hume 1748 · Réponse de Hume, dans le même essai
Hume répond qu'un tel consentement impliqué n'a de sens que si l'homme croit que la chose dépend de son choix. Mais celui qui pense, comme tous les hommes nés sous un gouvernement établi, devoir obéissance par sa naissance, renonce expressément à tout choix : il serait absurde d'en inférer un consentement.
Le débat continue (notre résumé) Locke ne dit pas que ce consentement est parfait : il distingue lui-même un consentement exprès et un consentement tacite qui n'oblige que pendant la jouissance (§119). Hume y répond par des cas limites : le pauvre paysan qui ne peut pas partir, l'homme porté endormi sur un navire, qui ne pourrait le quitter qu'en sautant à la mer (notre résumé). Les défenseurs actuels du consentement (comme les théoriciens du « contrat hypothétique ») abandonnent le consentement réel et parlent de ce que des personnes raisonnables accepteraient.
Où en est le débat (notre résumé)Locke tient que jouir d'un territoire vaut consentement tacite. Hume répond que sans vrai choix il n'y a pas de consentement. Le désaccord de fond demeure : un consentement purement implicite, sans possibilité réelle de dire non, oblige-t-il vraiment ?
Jean-Jacques Rousseau 1762 · attaque la prémisse 1

Rousseau ne dit pas que le contrat a eu lieu un jour : c'est la règle de ce qui rend un pouvoir légitime. Le problème est de trouver une forme d'association où chacun, s'unissant à tous, n'obéit pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant. Que les gouvernements réels soient nés de la force n'y change rien : cela montre qu'ils ne sont pas légitimes, non que l'idée est fausse.

Hume répond
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Hume dans ses textes.
Hume 1748 · Ce que Hume écrivait en 1748, avant Rousseau
Hume vise la théorie du contrat telle qu'on la soutenait de son temps. Il écrit qu'une théorie de ce genre est erronée quand elle mène à des paradoxes contraires au sentiment commun des hommes et à la pratique et l'opinion de toutes les nations et de tous les âges.
Le débat continue (notre résumé) Hume (1748) précède Rousseau (1762) : il ne répond pas à la version idéale du contrat. Les défenseurs du contrat idéal répondent qu'une norme n'a pas à décrire les faits : elle sert à juger les gouvernements. Hume pourrait répondre que cette norme est alors une autre base de l'obéissance que l'utilité, et qu'il faut la justifier (notre résumé).
Où en est le débat (notre résumé)Rousseau fait du contrat une règle de légitimité et non un fait. Hume écarte les théories qui contredisent le sentiment commun. Le désaccord de fond demeure : un pouvoir doit-il être jugé sur ses origines réelles ou sur ce que des citoyens libres pourraient accepter ?
Jean-Jacques Rousseau 1762 · attaque la prémisse 3

Objection tirée du chapitre de Rousseau sur le « droit du plus fort » : obéir parce qu'un pouvoir est établi justifierait n'importe quel pouvoir. Rousseau écrit : « Obéissez aux puissances » : si cela veut dire « cédez à la force », le précepte est bon mais superflu, car il ne sera jamais violé. Le brigand au coin d'un bois tient un pistolet qui est aussi une puissance : on doit lui donner sa bourse, mais le fait-on en conscience ? Force ne fait pas droit.

Hume répond
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Hume dans ses textes.
Hume 1748 · Ce que Hume écrivait en 1748 dans l'essai suivant, avant Rousseau
Hume écrit dans l'essai suivant que, la résistance étant admise dans les urgences extraordinaires, la question ne porte plus que sur le degré de nécessité qui peut la justifier. Il reste du côté de ceux qui serrent le lien de l'obéissance, mais admet la résistance en dernier recours quand le public est en grand danger de violence et de tyrannie.
Le débat continue (notre résumé) Le critère d'utilité limite donc l'obéissance, mais Rousseau demande plus : une raison morale de distinguer la puissance légitime de la force. Pour Hume, la distinction se fait par l'opinion et l'utilité ; pour Rousseau, par la volonté générale (voir rousseau-pacte). Les deux acceptent que l'on puisse refuser d'obéir à un pouvoir ruineux, mais pour des raisons différentes (notre résumé).
Où en est le débat (notre résumé)Rousseau demande ce qui distingue le pouvoir légitime du brigand. Hume répond par l'utilité publique, qui limite aussi l'obéissance en cas de ruine. Le désaccord de fond demeure : l'utilité suffit-elle à rendre un pouvoir légitime, ou faut-il un principe moral distinct ?