QuestionsPeut-on être certain de quelque chose ?Une idée vraie est une idée qui se vérifie : la vérité arrive à une idée
Peut-on être certain de quelque chose ?Par l'expérience, avec prudence

Une idée vraie est une idée qui se vérifie : la vérité arrive à une idée

La théorie pragmatiste de la vérité

William James 1842 · 1910Les expériences religieuses sont des faits psychologiques à étudier sérieusement, et la croyance peut être un pari légitime.
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Ce qu'il soutient

La vérité n'est pas une qualité immobile de l'idée : elle lui arrive. Une idée devient vraie par le processus qui la vérifie, et « le vrai » est ce qui, au bout du compte, nous guide bien dans notre manière de penser.

Pourquoi

Dire qu'une idée est vraie, c'est dire qu'elle nous guide bien : on peut la vérifier, la confirmer, s'en servir sans qu'elle nous trompe.

La même idée à travers l'histoire
William James1907Huit conférences à Boston et à Columbia, publiées en 1907. La leçon VI défend la conception de la vérité que James attribue à Schiller et à Dewey. Il la précise ensuite dans The Meaning of Truth (1909), pour répondre à ses critiques.
En bref

« Une idée vraie est une idée qui se vérifie : la vérité arrive à une idée » est un argument de William James (Pragmatism, leçon VI, 1907, 1907) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : par l'expérience, avec prudence). Sa thèse : La vérité n'est pas une qualité immobile de l'idée : elle lui arrive. Une idée devient vraie par le processus qui la vérifie, et « le vrai » est ce qui, au bout du compte, nous guide bien dans notre manière de penser. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Pragmatism, leçon VI, 1907
Valide avec une prémisse implicite

Tout le monde, dit James, accepte que la vérité est un « accord » entre une idée et la réalité. Le désaccord commence quand on demande ce que veut dire « accord ». L'opinion courante répond : une copie. Pour l'horloge accrochée au mur, c'est vrai : je peux en garder l'image. Mais mon idée de ses rouages est bien moins une copie, et pour le passé ou pour une « force », on ne voit pas ce qu'elle copierait ; pourtant je parle vrai ou faux. James propose alors de poser la question habituelle des pragmatistes : quelle différence concrète cela fait-il, dans une vie, qu'une idée soit vraie ? Sa réponse : une idée vraie est celle qu'on peut assimiler, valider, confirmer et vérifier. La vérité n'est donc pas une qualité immobile qui dormirait dans l'idée. Elle lui arrive, par les expériences qui la confirment. Cette thèse a été violemment attaquée, notamment parce que la formule « le vrai est ce qui est avantageux » semble confondre vérité et utilité. C'est le débat ci-dessous.

P1On dit communément qu'une idée est vraie quand elle « s'accorde » avec la réalité. Pragmatistes et intellectualistes acceptent cette définition. Ils se séparent sur le sens du mot « accord ».
P2« S'accorder » ne peut pas toujours vouloir dire « copier ». Notre idée des rouages cachés d'une horloge est à peine une copie, et l'on ne voit pas comment copier le passé ou la puissance. Dans le sens le plus large, s'accorder avec une réalité, c'est être guidé vers elle, ou dans ses environs, de façon à mieux la manier que si nous étions en désaccord.
P3Pour savoir ce que veut dire un mot comme « vrai », il faut demander quelle différence concrète il fait, dans l'expérience de quelqu'un, qu'une idée soit vraie plutôt que fausse.
P4Cette différence, c'est que les idées vraies sont celles que nous pouvons assimiler, valider, confirmer et vérifier, et que les fausses sont celles que nous ne pouvons pas.
P5 · prémisse impliciteLa différence pratique que la vérité fait dans l'expérience est tout ce que « vrai » signifie pour nous : la vérité n'est rien de plus que ce qui se manifeste ainsi, il n'y a pas, en plus, une propriété cachée d'accord que l'expérience ne pourrait jamais atteindre.
Donc la vérité n'est pas une qualité immobile de l'idée : elle lui arrive. Une idée devient vraie par le processus qui la vérifie, et « le vrai » est ce qui, au bout du compte, nous guide bien dans notre manière de penser.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'on reconnaît toujours les idées vraies à leur vérification, mais où la vérité est autre chose que cette vérification : par exemple si une idée est vraie parce que les choses sont ainsi, et si la vérification n'est que notre moyen de l'apprendre.
Avec P5, l'argument est valide : le vrai est un accord (P1), l'accord est un guidage (P2), le guidage se mesure à la vérification (P3 et P4), et P5 dit que cette différence pratique épuise le sens de « vrai ». Sans P5, il ne l'est pas : de « on reconnaît une idée vraie à ce qu'elle se vérifie » on ne tire pas encore « une idée vraie n'est rien d'autre qu'une idée qui se vérifie ». Les critiques, comme Russell, contestent justement ce pas : un critère de la vérité n'est pas sa définition.
Analogie. Une carte routière est « vraie » si elle nous mène à bon port. On ne la juge pas en la comparant, d'un regard, au pays tout entier, ce qui est impossible : on la juge à l'usage. Chaque fois qu'elle nous conduit bien, elle se vérifie un peu plus ; si elle nous perd, elle est fausse. Pour James, la vérité d'une idée est de ce genre : un trajet qui réussit, et non un portrait immobile. Les adversaires répondent que la carte est bonne parce que le pays est ainsi fait, et que c'est ce fait qui la rend vraie, avant tout trajet.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Bertrand Russell 1910 · attaque la conclusion

Russell juge que James confond le sens du mot « vrai » avec les effets de la croyance : « A existe » et « il est utile de croire que A existe » ne disent pas la même chose. Et l'utilité d'une croyance est bien plus difficile à établir que le fait qu'elle énonce. Une croyance fausse peut être très avantageuse, et une vraie très gênante. L'utile peut être un signe du vrai, il n'en est pas la définition.

James répond
William James 1907 · Réponse de James (le vrai se heurte au réel)
James ne dit pas qu'on peut croire n'importe quoi parce que c'est agréable. Pour lui, nos idées sont prises entre deux contraintes : celle des faits sensibles et celle des relations idéales. Elles doivent s'accorder avec ces réalités, sous peine d'incohérence et de frustration sans fin. Le vrai est l'expédient dans notre manière de penser, mais « à long terme et dans l'ensemble » : ce qui satisfait une expérience ne satisfera pas forcément les suivantes.
George Edward Moore 1907 · Contre-réponse (une idée vraie peut ne servir à rien)
Moore soutient, contre James, qu'une idée peut être vraie sans que la croire ait la moindre conséquence heureuse, et qu'une croyance qui a des suites heureuses peut être fausse. Si « vrai » voulait dire « utile à croire », ces deux choses seraient contradictoires, ce qu'elles ne sont pas. Pour lui, la vérité d'une idée ne dépend pas de ses effets : la vérification nous la fait connaître, elle ne la fait pas.
Le débat continue (notre résumé) On peut répondre pour James (leçon VI) que, dans la vie, « utile » veut d'abord dire « conduit aux faits qu'on cherche » : une idée qui ne nous mène nulle part n'est pas vraie en pratique. Mais ce que Moore et James entendent par « vérité » n'est pas la même chose, et le débat reste ouvert entre une théorie qui définit la vérité par la vérification et une autre qui la définit par le fait.
Objection anticipée par James (le passé) attaque la prémisse 4

Si le vrai est ce qu'on a vérifié, que dire de toutes les vérités que personne ne vérifie jamais, comme le passé, ou la nature des rouages d'une horloge qu'on n'ouvre pas ? Doit-on les appeler « pas encore vraies » ?

James répond
William James 1907 · Réponse de James (le crédit)
Non. La vérité vit surtout à crédit, comme les billets de banque : nos pensées passent tant que personne ne les conteste. Il suffit qu'elles puissent être vérifiées, directement ou par les effets qu'elles ont encore aujourd'hui. Pour le passé, une idée du passé est vraie si elle s'accorde avec les traces qu'il a laissées : « aussi vrai que le temps passé lui-même l'était, autant Jules César a existé ».
Le débat continue (notre résumé) La difficulté ne disparaît pas tout à fait : « vérifiable en principe » semble supposer que le fait est déjà là, avant la vérification. C'est ce que l'adversaire de James appelle un fait indépendant, et ce que James appelle une réalité « déjà faite » qu'il refuse de poser.
C
Charles Sanders Peirce 1905 · attaque la conclusion

Peirce, à qui James doit le mot « pragmatisme », juge que la satisfaction dont parle James est trop individuelle. Pour lui, le vrai est l'opinion sur laquelle tous les chercheurs finiraient par s'accorder, si l'enquête allait assez loin. Une croyance qui satisfait un seul homme ne suffit pas. En 1905, il rebaptise sa propre doctrine « pragmaticisme », un nom assez laid pour ne pas être volé.

James répond
William James 1907 · Réponse de James (la vérité « absolue » comme limite)
James garde cette idée : la vérité « absolue », celle qu'aucune expérience future ne changera, est le point de fuite vers lequel nous imaginons que nos vérités provisoires finiront par converger. En attendant, il faut vivre avec la vérité d'aujourd'hui, prête à être corrigée demain.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : James rejoint Peirce sur l'horizon de l'enquête, mais il garde un rôle à la satisfaction de chacun dans la vérité d'aujourd'hui, que Peirce juge trop faible pour définir le vrai.