QuestionsQu'est-ce que le bonheur ?Le bonheur, un idéal de l'imagination
Qu'est-ce que le bonheur ?Pas de bonheur durable

Le bonheur, un idéal de l'imagination

Le concept indéterminé du bonheur ; « idéal non de la raison, mais de l'imagination »

Kant 1724 · 1804Fixer les limites de la raison ; agir par devoir.
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Ce qu'il soutient

Le bonheur est un idéal de l'imagination, non de la raison, et la morale ne peut pas reposer sur lui.

Pourquoi

Le bonheur exige un tout absolu, mais nos éléments viennent de l'expérience : personne ne sait précisément ce qu'il veut.

La même idée à travers l'histoire
Kant1785Fondements de la métaphysique des mœurs, section II. Kant ne dit pas que le bonheur est mauvais ni qu'il est impossible d'être heureux : il dit qu'on ne peut pas dire avec précision en quoi il consiste, donc qu'on ne peut pas en tirer de loi.
John Stuart Mill1861L'utilitarisme de Mill prend le chemin inverse : il définit le bonheur (plaisir, absence de peine) et en tire la morale. C'est la principale réponse à Kant sur ce point.
En bref

« Le bonheur, un idéal de l'imagination » est un argument de Kant (Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), section II (4:417-419, 4:441), 1785) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : pas de bonheur durable). Sa thèse : Le bonheur est un idéal de l'imagination, non de la raison, et la morale ne peut pas reposer sur lui. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), section II (4:417-419, 4:441)
Valide avec une prémisse implicite

Tout le monde veut être heureux, dit Kant, mais personne ne sait vraiment ce que cela veut dire. Veux-tu la richesse ? Elle attire l'envie et les soucis. La connaissance ? Elle peut te montrer plus clairement des maux que tu ne peux pas éviter. Une longue vie ? Ce peut être une longue souffrance. La santé ? Elle peut te laisser tomber dans des excès. Pour savoir ce qui te rendrait vraiment heureux, il faudrait tout savoir de l'avenir. Le bonheur n'est donc pas un idéal de la raison, mais de l'imagination. Conséquence : on peut donner des conseils pour être heureux, pas des commandements. Et la morale, qui doit valoir pour tous, ne peut pas reposer sur lui.

P1Tous les éléments du concept de bonheur sont empiriques : ils doivent être tirés de l'expérience.
P2Pourtant, l'idée du bonheur demande un tout absolu : un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future.
P3Aucun être fini, si perspicace et si puissant qu'on le suppose, ne peut se faire un concept déterminé de ce qu'il veut ici véritablement. Il lui faudrait l'omniscience.
P4Donc, bien que tout homme désire être heureux, personne ne peut dire de façon précise et cohérente ce qu'il désire, et aucune règle sûre pour être heureux n'est possible, seulement des conseils tirés de l'expérience.
P5 · prémisse impliciteUn objet dont la raison ne peut tirer aucune règle sûre, et qui repose seulement sur des principes tirés de l'expérience, n'est pas un idéal de la raison mais de l'imagination.
P6Des principes tirés de l'expérience ne peuvent jamais fonder une loi morale, car une loi morale doit valoir sans exception pour tous les êtres raisonnables, avec une nécessité qui ne dépend ni de la nature particulière de l'homme ni de circonstances contingentes.
Donc le bonheur est un idéal de l'imagination, non de la raison, et la morale ne peut pas reposer sur lui.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où le bonheur est trop indéterminé pour donner une règle sûre, mais où on peut quand même le compter parmi les idéaux de la raison (par exemple parce que la raison pourrait le déterminer par une autre voie). Les prémisses sont vraies, la conclusion ne l'est pas.
Valide avec P5. P1 à P4 établissent qu'aucune règle sûre pour être heureux n'est possible ; P5 relie cela à la formule de Kant (« idéal de l'imagination »), et P6 à la morale. Sans P5, on a la moitié de la conclusion. La partie la plus discutée est P1 à P4 : P2 impose au bonheur une exigence très forte (un maximum, pour toute la vie). Si on le définit autrement, plus modestement, la preuve ne tient plus. Notons aussi que P4 n'affirme pas qu'être heureux est impossible, seulement qu'on ne peut pas en faire une règle.
Analogie. Quelqu'un te dit : « Dessine-moi la maison de tes rêves, avec tout ce qui te plaira dans vingt ans. » Tu peux imaginer une belle maison, mais tu ne peux pas la dessiner pour de bon, car tu ne sais pas qui tu seras, ni ce qui te manquera. Kant dit : une image, pas un plan. Et on ne construit pas une loi sur une image.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Aristote 330 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Aristote affirme au contraire qu'on peut dire ce qu'est le bonheur. C'est la fin la plus haute, celle qu'on désire pour elle-même et jamais en vue d'autre chose, et on la définit en cherchant ce qui est propre à l'homme. Le bien de l'homme est l'activité de l'âme dirigée par la vertu. Cette définition ne dépend pas d'un calcul de tous les plaisirs à venir.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Kant dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Dans les Fondements, Kant ne répond pas à Aristote sur ce point. Un kantien dirait qu'Aristote définit le bonheur par la vertu, c'est-à-dire par autre chose que le bien-être : ce n'est plus l'idée que Kant critique (un maximum de satisfaction des penchants). Un aristotélicien répondrait que c'est justement la bonne idée du bonheur, et que Kant attaque une version appauvrie. Les deux refusent, au fond, de faire du simple plaisir la mesure du bien.
John Stuart Mill 1861 · attaque la prémisse 2

Pour Mill, le bonheur est le plaisir et l'absence de peine, et il n'a pas à être un maximum absolu. Les philosophes qui font du bonheur le but de la vie ne parlent pas d'une vie d'extase continue : ils parlent d'une existence où les peines sont peu nombreuses et brèves, et les plaisirs nombreux et variés. Cette idée est précise et accessible, et beaucoup de gens la réalisent pendant une bonne partie de leur vie.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1861, après sa mort (1804).
Le débat continue (notre résumé) Kant est mort en 1804 et ne pouvait pas répondre à Mill. Les kantiens répondent que, même défini comme « beaucoup de plaisirs, peu de peines », le bonheur dépend du goût de chacun et des circonstances : il ne peut pas fournir une loi valable pour tous (P6). Les défenseurs de Mill répondent que l'utilitarisme ne cherche pas un bonheur personnel mais le bonheur de tous, et que cette question de départ (qu'est-ce qui est bon pour tous ?) est précisément ce qu'une morale doit traiter. Voir l'argument « Mieux vaut être Socrate insatisfait ».
John Stuart Mill 1861 · attaque la prémisse 3

Pour Mill, il n'est pas nécessaire d'être omniscient pour savoir ce qui mène au bonheur. L'humanité a eu, pour l'apprendre, toute la durée de son histoire : elle a appris par expérience les effets des actions, et c'est de cette expérience que dépendent la prudence aussi bien que la morale de la vie. Il répond ici à l'objection qu'on n'aurait pas le temps de calculer avant d'agir, pas à Kant lui-même.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1861, après sa mort (1804).
Le débat continue (notre résumé) Mill répond à une autre objection que celle de Kant : celle du temps, pas celle de la certitude. Un kantien relèverait que l'expérience de l'humanité donne des règles générales, pas la certitude demandée par une loi morale (P6), et que cela redonne exactement des « conseils » (Kant) et non des « commandements ». Un défenseur de Mill répondrait que personne ne demande une certitude absolue, en morale comme en médecine, et que des règles solides, apprises par l'expérience, suffisent.